Le silence criminel de l’Europe face au terrorisme contre Israël, Pierre Lurçat

Quand ils sont venus chercher les communistes, Je n’ai rien dit, Je n’étais pas communiste.  Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, Je n’ai rien dit, Je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les juifs, Je n’ai pas protesté, Je n’étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les catholiques, Je n’ai pas protesté, Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher, Et il ne restait personne pour protester.”

 

Ces mots terribles du pasteur Martin Niemöller, écrits en 1942, alors qu’il était interné à Dachau, me sont venus en mémoire ces derniers jours, en voyant comment les médias français ont rendu compte des attentats en France et comment ils avaient rendu compte au cours des semaines précédentes, de la vague d’attentats en Israël, désignée sous le nom de “guerre des couteaux”.

 

Comme dans le fameux poème de Niemöller, les médias et les dirigeants politiques français n’ont pas protesté contre les attentats quotidiens perpétrés en Israël contre des citoyens juifs. Ils ne sont pas Juifs…

 

Au lendemain même des attentats du 13 novembre, les médias français ont maintenu leur blackout sur les attentats anti-juifs en Israël, une dépêche de l’AFP allant jusqu’à dresser une liste des pays victimes d’attentats islamistes des dernières années, dont Israël était délibérément absent… Les Juifs victimes du terrorisme palestinien en Israël n’ont pas même le droit, selon l’AFP et le gouvernement français, au statut de victimes.

 

Cette attitude n’est pas seulement moralement abjecte ; elle est politiquement suicidaire. Car aux yeux des chefs et des partisans de l’Etat islamique, les “croisés” qui ont été frappés vendredi dernier à Paris ne valent pas mieux que les “sionistes” qui sont tués à Jérusalem ou à Hébron. Ils sont des victimes tout aussi légitimes.

 

Les mêmes médias français qui ont refusé aux Israéliens juifs le statut de victimes, ont tenté de trouver un “marqueur” juif aux attentats du 13 novembre, en mettant en avant l’identité juive des anciens propriétaires du Bataclan et le fait que cette salle avait accueilli des galas de soutien aux garde-frontière israéliens, qui avaient suscité de violentes manifestations islamistes et des menaces d’attentats. Au-delà de son intérêt journalistique, cette information illustre la volonté de créer un lien, aussi ténu soit-il, entre les attentats et le conflit israélo-palestinien.

 

De son côté, l’islamologue Gilles Kepel abonde dans la même direction en soulignant que les attentats ont été commis un vendredi soir, début du shabbat juif. En cherchant à tout prix un “marqueur” juif aux attentats du 13 novembre, ces commentateurs refusent d’admettre que les terroristes de l’Etat islamique visent aujourd’hui la France en tant que telle, considérée comme le pays de la Croix, comme le souligne Alexandre Del Valle dans un article éclairant (*).

 

La configuration des attentats de novembre est très différente de celle des attentats de janvier, qui visaient avant tout les journalistes de Charlie Hebdo, blasphémateurs du prophète, et les Juifs de l’Hypercasher. Aujourd’hui c’est la France en tant que telle qui est visée. Comme disait le poète John Donne :

 

« Aucun homme n’est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble ; si la mer emporte une motte de terre, l’Europe en est amoindrie, comme si les flots avaient emporté un promontoire, le manoir de tes amis ou le tien ; la mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain ; aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : c’est pour toi qu’il sonne. »

 

(*) http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-etat-islamique-est-pas-dans-fuite-en-avant-desordonnee-mais-dans-strategie-extremement-pensee-declenchement-guerre-2443592.html