Les Igbos Juifs du Nigéria reviennent à leurs racines

Lorsque je pense à mon départ pour l'Amérique afin d'étudier pour obtenir une maîtrise en Etudes des religions à l'Université internationale de Floride, je pense à une autre opération, d'une toute autre ampleur, que sera l'alyah du peuple Igbo du Nigeria. Je fais le parallèle avec l'Opération Salomon, par laquelle le peuple juif, représenté par les Israéliens, amena des dizaines de milliers de Juifs éthiopiens, mis en danger par le régime de Mengistu en Ethiopie, à la maison en Israël. Mon "opération" personnelle, a une très faible échelle, comporte certaines ressemblances avec celle-ci; elle implique également des non-juifs amis fervents d'Israël travaillant avec des Juifs et des Igbos pour planifier et réaliser ce retour.

30 millions "de Juifs perdus " au Nigeria ?

 

Les Igbos sont l'un des plus importants groupes ethniques du Nigeria, au nombre de 30 millions, peut-être plus. Des millions d'Afro-Américains aux USA et dans les Caraïbes ont des racines Igbos, comme des millions en Sierra Leone, au Libéria et en Gambie.

 

En 1966 un coup d'état militaire au Nigeria fut suivi d'un important pogrom contre les Igbos, ce que l'on appela la "Guerre du Biafra qui dura de 1967 à 1970. Durant cette guerre, les Igbos perdirent environ trois millions d'entre eux, par la famine, les exécutions, les bombardements et une campagne militaire qualifiée par beaucoup de génocidaire.

 

Des observateurs comparèrent les souffrances des Igbos à la shoah et plusieurs firent référence aux Igbos comme les "Juifs de l'Afrique". Mais ce n'est pas seulement cette analogie entre les tragédies qui justifie cette appellation, il y a d'autres raisons.

 

Déjà durant la traite transatlantique des esclaves et la colonisation de l'Afrique, beaucoup trouvaient les Igbos "étranges" par bien des aspects de leurs coutumes, leur apparence physique, leur vision du monde. De nombreux textes furent écrits durant cette période par des Européens et des Igbos, parlant de l'origine juive des Igbos. Le Dr. Daniel Lis, un Anthropologue social Israélo-suisse qui étudia cette période de l'histoire des Igbos, compila ces sources dans un livre qui fait autorité.

 

On considère aujourd'hui qu'environ 30000 Igbos pratiquent une forme de judaïsme, dont 1500 à 2000 qui pratiquent un judaïsme rabbinique orthodoxe. Ces Juifs igbos se dénomment eux-mêmes les "Benei-Yisrael". La plupart vivent dans une zone à cheval sur le fleuve Niger, près des états d'Anambra.

 

On pense que les Juifs igbos sont venus de Syrie, du Portugal et de Libye aux environs de l'année 740. Il est dit que les premiers immigrants venus du territoire de ce qui est aujourd'hui la Syrie, étaient des membres des tribus de Gad, Asher, Dan et Naphtali. Plus tard, ils furent rejoints par des immigrants juifs du Portugal en 1484 et de Libye en 1667.

 

Le légendaire voyageur juif du 9ème siècle Eldad ben-Mahli (appelé Eldad le Danite) écrivit que les Juifs igbos en Afrique disposaient d'un ensemble de textes juifs, ne contenant pas les livres d'Esther ni celui des Lamentations. Ils ne connaissaient pas le Talmud, mais avaient compilé un livre semblable contenant toutes les lois citées dans le livre biblique de Josué.

 

Depuis des années j'étudie les liens entre le peuple igbo et les Juifs en effectuant une comparaison systématique avec le judaïsme de la culture igbo (appelée "Omenana", ce qui signifie en Anglais "les commandements devant être observés dans le pays"), en me basant sur les sources historiques. J'ai ainsi pu publier 5 livres sur le sujet. Le dernier, publié en 2014, s'intitule The Igbos And Israel-An Inter-Cultural Study of the Largest Jewish Diaspora.

 

Trouver le Judaïsme

 

J'ai aussi participé à un phénomène “étrange” qui se développe chez les Igbos : beaucoup d'entre eux abandonnent le christianisme qui leur avait été imposé par les colonisateurs britanniques, et je crée chez eux des congrégations juives rabbiniques. J'ai ressenti le besoin alors d'approfondir mes connaissances du judaïsme et de retourner à l'école pour cela.

 

J'informai le Professeur Nathan Katz, un ami Facebook qui avait écrit des critiques élogieuses de les livres, de mon désir de retourner à l'école pour approfondir ma connaissance du judaïsme, ce qui me permettait d'en savoir plus sur ma propre culture igbo.

 

Le Professeur Katz me mit en relation avec le Professeur Tudor Parfitt, qui avait exploré de nombreux aspects des communautés juives en Afrique, et avec l'aide du Professeur Oren Stier, il organisa cette "opération."

Igbo "Benei Yisrael"

 

Avraham Van Riper, un ami juif de longue date, ancien de l'armée américaine, et le Dr. Daniel Lis m'aidèrent à définir mon programme d'étude et à passer les obstacles à ce qu'un avocat en exercice dans un pays faisant face à une insurrection de grande ampleur, en charge de famille, puisse venir s'inscrire en maîtrise dans le département des études des religions d'une université en Floride et passer les examens préalables nécessaires pour cela.

 

D'autres personnes apportèrent leur soutien à ce projet et je dois mentionner Herman Storick, vétéran de l'armée américaine, Andria Spindel, Juif canadien, membre du conseil d'administration de Kulanu, et l'ONG Kulanu elle-même, avec laquelle j'avais travaillé pendant plus de 10 ans comme point de liaison au Nigeria. Il faut aussi mentionner les Professeurs Samuel Klausner, de l'Université de Pennsylvanie, Jonathan Sarna de Brandeis, William Miles de Northwestern University, et Dr. Nathan Paul de l'Université de l'Utah. Et bien d'autres.

 

Des membres de la communauté Igbo dans le monde m'apportèrent aussi leur aide décisive : Ikechukwu Amobi, un ingénieur pétrolier Igbo basé en Ecosse, Ihuoma and Ijeoma Inwere, des amis de mon épouse travaillant dans le secteur pétrolier au Nigeria, Hon Oji, ancien législateur de l'état Igbo d'Abia, Chioma Osuji, qui vit et travaille à Dallas; Bechikka Charles Ogamanya, lieutenant-colonel dans l'armée nigérienne

 

Une autre Opération Salomon ?

 

Pendant de nombreuses années j'ai joué le rôle de stratégiste et porte-parole des Igbos revenant à leur judaïsme, associé à leur culture traditionnelle “ome na ana”. Depuis des années un dialogue s'est poursuivi entre le peuple Igbo et le peuple juif. Le Dr. Daniel Lis a découvert des lettres écrites il y a plus de 200 ans par des rabbins européens adressées aux Igbos. Récemment j'ai découvert qu'il y a 130 ans un descendant des Igbos, appelé Edward Wilmot Blyden, avait soutenu les efforts pour établir une patrie juive sur la terre d'Israël.

 

De nombreux Juifs, comme le Rabbin Howard Gorin, qui fut un temps le grand-rabbin d'une communauté Igbo, le Dr. Jack Zeller, qui fonda l'ONG Kulanu, Daniel Limor, qui travaille avec Shavei Israe,; Daniel Lis, qui écrivit l'histoire des Igbos, le Rabbin Capers Funnye, Grand-Rabbin d'une communauté de juifs noirs, Harriet Bograd, présidente de Kulanu, Jeff Lieberman, qui fit un film sur les Juifs igbos, Irene Orleansky, qui enregistra de la musique de synagogue des Igbos et bien d'autres ont participé à ce dialogue. comme des Igbos tels que le Professeur d'anthropologie Eleazer Alaezi et d'autres.

 

Ce dialogue se poursuit maintenant dans les tribunaux et cercles dirigeants religieux et de l'administration en Israël. De nombreux liens personnels ont aussi été créés ainsi.

 

Déjà avant la tragédie du Biafra, le Dr. Michael Okpara, important leader politique des Igbos, se décrivait lui-même comme ‘presque un Israélite’ et déclarait vouloir se rendre en Israël aussi souvent que possible, dans un temps où le Nigeria avait des lois interdisant aux Israéliens de visiter certaines villes nigérianes.

 

Mon séjour aux US permettra d'accélérer ce dialogue et renforcera les liens avec les cercles qui comptent dans le judaïsme américain et pour les Juifs du monde entier.

 

Certains pensent que ce qui se passe actuellement chez les Igbos est le signe précurseur d'une autre Opération Salomon, et mon action en Amérique devrait permettre d'en huiler les rouages. Je pense qu'effectivement une opération de sauvetage se prépare, même si celle-ci ne nécessitera ps de présence israélienne au sol ni d'avions pour être réalisée. Je l'espère fortement.

 

Remy Ilona, avocat, auteur, étudiant et assistant à l'Université Internationale de Floride à Miami, leader et activiste du judaïsme igbo.


http://www.bbdp.org/news/news-3309.html


http://www.israelnationalnews.com/News/News.aspx/199864 - par Rémy Ilona - Traduit par N. Lipszyc