Jimmy Carter, l'apartheid et Israël, par Benjamin Pogrund

ll y a 36 ans, le président américain Jimmy Carter a fait des pieds et des mains pour aider Israël à signer un accord de paix avec l'Egypte, ce qui a permis de mettre fin aux menaces d'une possible attaque arabe concertée. Il y a 9 ans, le même Jimmy Carter a infligé des dommages incommensurables à Israël en publiant son livre, Palestine: la paix, pas l’apartheid.

En utilisant le terme "apartheid” dans le titre, Carter faisait un lien entre le comportement d'Israël envers les Palestiniens et le racisme du régime d’Apartheid en Afrique du Sud. Les pourfendeurs d'Israël y ont saisi l’opportunité pour valider leur condamnation de l’État hébreu et leur appels à l'ostracisme et au boycott. L’ouvrage demeure encore aujourd’hui une arme puissante et souvent citée.

 

Pourtant, toute personne qui a réellement lu le livre sait que l'apartheid n’en est pas le thème majeur. Le mot est utilisé seulement deux fois dans l'index et trois fois dans le texte lorsque Carter s’en sert pour expliquer qu’Israël n’est pas l’équivalent de la raciste Afrique du Sud de l’époque, mais signifie le mécanisme d’acquisition de terres.

 

Donc, s’il ne voulait pas vraiment parler d’”apartheid”, pourquoi a-t-il utilisé un terme aussi chargé émotionnellement et si dommageable? C’était très certainement une stratégie marketing gagnante et, associé à la notoriété de son statut d’ancien président, cela a propulsé le livre au sommet des best-sellers.

 

Carter a expliqué avoir délibérément choisi un titre "provocateur" pour faire connaître le "traitement horrible" des Palestiniens, ignoré selon lui aux États-Unis. Il a insisté pour que le terme “apartheid” décrivant la politique d'Israël en Cisjordanie se soit pas utilisé pour “aider ou conforter ceux qui tentent d'assimiler le sionisme au racisme".

 

Ce qui a suscité un commentaire ironique de Roger Cohen du New York Times: "Bien essayé, Jimmy. Essayer d’extirper la dimension raciste du mot “apartheid” est aussi farfelu que d'essayer d’extraire la dimension juive du mot “sionisme”. Ca ne marche pas”.

 

Mais les provocations de Carter font mouche. Alors que beaucoup l'ont applaudi et se sont servi de lui, il a aussi engendré une violente réaction de colère à son égard, qui s’est traduite par la perte d'anciens partisans et la démission de membres du conseil d'administration du Carter Centre à Atlanta, en Géorgie.

 

Alors qu’il doit se rendre en Israël le 30 avril, le président Reuven Rivlin et le Premier ministre Benyamin Netanyahou refusent de le rencontrer.

 

Mise à part la question de l'apartheid, le livre se réume à une série d’attaques contre Israël, en particulier contre l'occupation de la Cisjordanie.

 

Rien d’exceptionnel, car nombreux sont ceux qui font pareils, sauf que Carter présente une vision simpliste de décennies de conflit, comme si un événement n'avait pas conduit à un autre et comme si plusieurs coupables n’étaient pas impliqués.

 

Carter répète avec insistance, page après page, qu'Israël est le seul à blâmer pour tout ce qui va mal dans le Moyen-Orient et pour le manque de progrès vers la paix.

 

En outre, le livre contient des erreurs factuelles, certaines aussi élémentaires comme d’affirmer qu’Israël a lancé une attaque préventive contre la Jordanie en 1967 (alors que, souvenez-vous, ce fut l’inverse). Sa chronologie des événements historiques cruciaux ne mentionne pas, étonnamment, le sionisme ni Theodor Herzl.

 

Les passages qui sont sans doute les plus douteux (et dont la précision a en outre été contestée par d'anciens collaborateurs) concernent les conversations de Carter avec des dirigeants arabes. Il rapporte sans commentaire et sans critiques, les douces paroles du président syrien de l’époque Hafez al-Assad, père de Bachar, sur son désir de paix, ce qui s’inscrit en faux avec la façon dont il se comportait en réalité.

 

Carter cite aussi Yasser Arafat, qui aurait dit en 1990: "l'OLP n'a jamais prôné l'anéantissement d'Israël." Il ne précise pas s’il a demandé à Arafat de justifier cette déclaration à la lumière du Pacte national palestinien de 1964, qui avait fait de la destruction d’Israël son but. Pourtant, Carter prêche aussi pour la paix dans le livre et présente les principes de base pour la réalisation d’une solution à deux Etats.

 

Son message était puissant et il aurait pu continuer à jouer un rôle de médiation important pour la paix.

 

Mais pour un titre trompeur et en raison d’une recherche bâclée ainsi que d’une pensée et d’une écriture confuses, il a perdu toute chance de jouer ce rôle.

 

Il s’agit non seulement d’une occasion ratée, mais aussi du fait que son nom est dorénavant inextricablement lié à ceux qui veulent détruire Israël.

 

Carter a également critiqué Israël après que les parents de Rachel Corrie ont perdu leur procès au civil contre Israël pour la mort de leur fille à Gaza en 2003. Rachel Corrie, une militante américaine pro-palestinienne, a été tuée en tentant d'arrêter un bulldozer. Le juge Oded Gershon a statué que l'Etat d'Israël n’était pas responsable de sa mort. Ce à quoi Carter a répondu que “le meurtre d'une militante américaine pour la paix est inacceptable" et dit espérer que "justice soit faite pour la famille Corrie". Le conducteur du bulldozer a témoigné qu'il n’avait pas vu Rachel Corrie devant son véhicule. Il a soit dit la vérité ou il a menti.

 

Le juge a choisi de croire qu’il avait dit la vérité et a mis fin à la requête. S’il a attaqué la décision, cela veut dire que Carter croit que le conducteur a menti et/ou que le juge était corrompu. Il n'a présenté aucune preuve de cela. C’est un comportement douteux de la part d’un ancien président d'une grande démocratie fondée sur le droit.

 

Benjamin Pogrund est né en Afrique du Sud. Il est l'auteur de l’ouvrage "Is Israel Apartheid? Reporting the Facts on Israel and South Africa" (Israël, un apartheid ? Enquête sur les faits concernant Israël et l’Afrique du Sud). Son dernier livre est: "Drawing Fire: Investigating the accusations of apartheid in Israel", publié aux éditions Rowman & Littlefield à New York


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