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Colloque de l'UPJF: Réflexions sur l'islam radical, en France et dans le monde, par Ilana Ferhadian

[N.d.R. Ilana Ferhadian a assisté au colloque de l'UPJF et nous en donne un compte-rendu détaillé. D'autres suivront.] Compte-rendu du colloque de l'UPJF du 9 juin 2013.

A la mémoire d'Henri Boret.

Comment définir de manière claire ce qu'est le problème de l'islam radical ? Quelle analyse peut-on faire face à ceux qui, au nom de l'islam et au nom de Dieu, perpètrent des crimes et des attentats, comme on l'a vu à Toulouse, mais aussi plus récemment à Londres et à Paris ? L'expression "islam radical" semble familière mais elle est rarement employée avec précision.

 


Colloque de l'UPJF: Réflexions sur l'islam radical, en France et dans le monde, par Ilana Ferhadian

Colloque de l'UPJF: Réflexions sur l'islam radical, en France et dans le monde, par Ilana Ferhadian

"Islam radical", qu'est-ce que ça signifie ? Dans les termes, c'est tout simplement revenir aux racines de l'islam et à sa nature profonde, tant dans son identité que dans sa spiritualité. L'islam radical se traduit également par les actes d'individus, d'organisations ou d'états qui se considèrent comme membres de la communauté musulmane.

Ce phénomène a aujourd’hui en Occident une connotation extrêmement négative ; on pense alors à la violence, au djihad, à la charia ; et donc au rejet de la démocratie, des droits de l'homme mais également à une volonté d'imposer ses lois. Alors, existe-t-il une différence entre islam et islam radical ? Peut-on parler exclusivement de l'islamisme si ce dernier tire toute sa substance de l'islam dit modéré ?

Comment les religieux mais à la fois les médias et la classe politique traitent le sujet ? Pour répondre à cette question, l'UPJF a décidé d'organiser, sous la houlette de Michel Zerbib, le débat autour de 3 tables rondes.

Le point de vue théologique

Le premier débat exprimait l'avis théologique. Plusieurs religieux ont ainsi expliqué ce qu'ils pensent du problème et quels sont les outils pour vaincre la haine et pour essayer de vivre dans la paix et le dialogue.

"Les religieux ont une responsabilité de surveillance". Mgr Jean Pierre Batut

C'est l'évêque auxiliaire de Lyon, Mgr Jean-Pierre Batut qui a entamé le débat et nous a donné quelques éclairages. Selon lui, quelqu'un qui sombre dans la radicalité est quelqu'un qui tente de retrouver ses racines. L'islam n'apporte pas seulement une spiritualité mais également une identité. La plupart des actes terroristes de ces derniers mois est en effet le fait de convertis ; dans le phénomène de l'islam radical, il y a une recherche évidente de racines.

Pour Mgr Jean Pierre Batut il y a "un décalage entre les racines authentiques et l'idée que l'on s’en fait." Car l'homme qui parle en la parole de Dieu peut transformer cette dernière en slogan et en mot d'ordre. On trouve tout et son contraire dans les textes fondateurs. Les religieux ont donc une responsabilité de surveillance, et la nécessité d'une instance interprétative des textes.

"L'islam n'est pas anthropologiquement et génétiquement générateur de violence". Tareq Oubrou

Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux, a expliqué qu'il y avait une différence distincte entre "l'islam identitaire" et "l'islam spirituel". Il y a aujourd'hui une tentation du radicalisme et l'islam est la religion la plus touchée par ces sentiments identitaires qui "biaisent la religion". Pour l'imam, l'islam radical n'est évidemment pas l'islam puisqu'il signifie l'exclusion et l'intolérance. Mais Tareq Oubrou blâme ceux qui voient en sa religion un générateur de violence car dans l'islam, "l'homme est libre et doit assumer sa liberté".

Pour Tareq Oubrou, l'islam a subit l'effondrement de sa civilisation, et cela se répercute aujourd'hui sur la religion. Les musulmans n'auraient pas fait "le deuil de la civilisation arabo-musulmane" et n'auraient donc pas de perspective à venir pour renouveler la perception de leur religion.

Les radicaux qui perpètrent des crimes au nom de l'islam sont selon Tareq Oubrou des gens qui se sentent exclus du monde et de la société. Il se servent des textes religieux comme bouclier. Pour l'imam de Bordeaux, ceux-ci "asphyxient" la religion et ne sont pas capables de suivre un raisonnement.

Pour Tareq Oubrou, l'antisémitisme est un blasphème. L'antisémitisme dans le monde arabo-musulman s'est selon lui aggravé après la fondation d'Israël. Pour lui, la plupart des antisémites musulmans ne sauraient pas faire la différence entre la politique et la spiritualité.

"Il faut inscrire dans le programme de formation des imams, la formation au judaïsme". Michel Serfaty

Michel Serfaty, rabbin de la communauté de Ris-Orangis dans l'Essonne et président de l'association AJMF, pour le dialogue judéo-musulman, a parlé de son expérience. Il a fait huit fois le tour d'Ile-de-France pour aller à la rencontre de communautés juives et musulmanes. Des centaines de mosquées l'ont accueilli et d'autres ont refusé de l'accueillir. Un jour, un homme musulman lui a dit : "Je prie 5 fois par jour pour que tu deviennes musulman afin que je ne sois pas obligé de te tuer". Le problème n'est pas près d'être résolu... Pour lui, il faut d'abord lutter contre les discriminations et les préjugés. Il demande notamment "d'inscrire dans le programme de formation des imams, la formation au judaïsme."

Le point de vue médiatique

Plusieurs intervenants de différents médias étaient aussi présents pour évoquer le problème de l'islam radical.

"Il existe une salafisation des esprits aujourd'hui en France..." Ivan Rioufol

Pour Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, il y a un aveuglement volontaire de la plupart des grands médias. Préserver l'islam de toute critique sert de diversion et évite d'aller au fond du problème. Le journaliste prend pour exemple les derniers évènements du Trocadéro en mai dernier. La totalité des grands médias avaient relaté les razzias sur le Trocadéro en mettant en cause les supporters du PSG. Ils ont, selon lui, omis de préciser d'où venaient les violences et de quels milieux étaient issus les casseurs... Des centaines de vidéos stupéfiantes ont été mis en ligne sur internet où l'on voit clairement des jeunes de banlieues caillasser des voitures et des magasins tout en criant "Paris est à nous !". Libération avait traité le problème dans la rubrique sportive...

Ivan Rioufol et l'écrivain Alexandre Del Valle ont blâmé la responsabilité financière du Qatar dans "l'islamisation des cités françaises". Selon eux, nous sommes dans un système qui s'est "incliné devant la tyrannie des minorités" (il analyse notamment les dessous de l’arrêt de la cour de cassation, sur la crèche Baby-Loup). Il y aurait donc "une salafisation des esprits" qui gagneraient les cités mais aussi une partie des politiques français et des médias, qui persisteraient à ne rien voir ou à ne pas décrire qu'ils voient.

Claude Berger, journaliste et auteur du livre "Pourquoi l'antisémitisme" parle clairement d'un "fascislamisme", une sorte d'aveuglement et de complaisance qui nous empêcherait de parler.

"La doctrine d'apaisement ne résoudra rien, les tensions risquent de s'exacerber". Guy Millière

Pour Guy Millière, écrivain et politologue, l'islam est une religion bloquée et stérilisée. L'effondrement graduel de la civilisation arabo-musulmane a débouché sur des mouvements de réactions et sur un nationalisme arabe teinté fortement de national-socialisme. La phase du déferlement de l'islam radical est venue avec l'arrivée au pouvoir de l'ayatollah Khomeiny et la prise du pouvoir par l'islam chiite. Pour Guy Millière, l'islam radical pénètre l'espace européen via internet et la télévision (ex : Al-Jazeera qui est notamment la propriété du Qatar). Nous avons à la fois une doctrine chiite développée par l'imam Khomeiny et une doctrine sunnite contractée par les Frères Musulmans.

L'effondrement de la civilisation arabo-musulmane va selon lui continuer car il n'y a pas de réponse politique, économique et culturelle dans le monde musulman. Selon Guy Millière, la doctrine d'apaisement ne résoudra rien et les tensions risquent au contraire de s'exacerber.

Selon Alexandre Del Valle, écrivain et auteur du livre " Le totalitarisme islamiste à l'assaut des démocraties", il faut proposer des solutions concrètes et créer par exemple" une charte des musulmans de France", qui reconnaitrait les modérés.

Guy Konopnicki, chroniqueur à l'hebdomadaire Marianne était aussi présent pour nous faire part de son opinion.

Le point de vue politique

Le débat autour de cette troisième table ronde a confronté les idées de quelques hommes politiques sur le problème de l'islam radical.

"Le plus grand danger vient de l'extérieur". François Pupponi

François Pupponi, député maire de Sarcelles dans le Val-d'Oise a décrit son point de vue et ses inquiétudes. Il a tout d'abord parlé de l'infiltration dans notre territoire de personnes venues de l'extérieur et appartenant à des réseaux dangereux. Ces personnes se servent en effet des outils juridiques mis à disposition par notre démocratie pour appliquer leurs lois. Un des problèmes pour François Pupponi se situe au niveau éducatif. Il a notamment évoqué la problématique concernant l'ouverture de certaines écoles coraniques. Ces écoles seraient tenues par des réseaux salafistes et ne seraient pas contrôlées. François Pupponi a aussi fait allusion au phénomène des convertis à l'islam radical, pris dans des réseaux structurés et puissants et auteurs de la plupart des attentats terroristes ces derniers mois en France.

"Dégoupiller l'antisémitisme initial, c'est défendre la paix et la sérénité d'Israël". Claude Goasguen

Claude Goasguen, député maire du 16è arrondissement de Paris était aussi présent. Il a rappelé que le nouvel antisémitisme est né de l'anti-sionisme. Il a par ailleurs mis en cause le Quai d'Orsay qui serait, selon lui, structurellement antisémite et antisioniste. Pour Claude Goasguen, "dégoupiller l'antisémitisme initial, c'est défendre la paix et la sérénité d'Israël." Défendre Israël, c'est aussi défendre les valeurs de notre démocratie, et les valeurs de la France. Le député maire a également expliqué que si Israël tombait, l'Europe serait contrainte de partir en guerre contre le monde arabo-musulman.

"La charia est incompatible avec la démocratie". Alain Wagner

Alain Wagner, président de l'ONG ICLA, consultant international sur les libertés civiles et les violations de ces dernières par l'application des règles de la Charia – la loi islamique – a par ailleurs fait cette remarque : "Dès que le mot islam est dit, des lumières rouges s'allument". En effet, le sujet est politiquement sensible. Même si la montée de l'islam radical dans notre société actuelle inquiète, la plupart des grands médias et de la classe politique se tassent dans un "politiquement correct". Selon Alain Wagner c'est une "insulte à l'intelligence" et une "atteinte à la démocratie."

Le ton est donné : "la ligne rouge c'est la charia". Pour Alain Wagner, président de l'ICLA et sollicité en tant que consultant international sur les libertés civiles, il n'existe pas de différence entre islam et islamisme. Selon lui l'islam radical dans notre pays est fidèle à l'intégralité de la doctrine islamique. La Charia, la loi islamique, détruit les droits et légitime l'usage de la violence, ce qui est inacceptable dans une société occidentale et donc incompatible avec les principes fondamentaux de la démocratie.

Alain Wagner a par ailleurs souligné que c'est la Cour européenne des droits de l'homme, qui dans un arrêt du 31 juillet 2001 a fait observer l’incompatibilité de la charia avec les principes fondamentaux de la démocratie. Un arrêt qui avait été confirmé par la Grande chambre de la Cour européenne des droits de l'homme, le 13 février 2003.

Alain Wagner a reproché aux organisations internationales comme l'OCI et les Frères Musulmans de financer et de promouvoir par milliards de dollars la doctrine de la charia, qui est parfaitement identifiable dans les pays musulmans. Pour le président de l'ICLA, si la majorité des musulmans en France, donc des musulmans dits "modérés", n'appliquent pas les aspects désagréables de l'islam, c'est tout simplement parce qu'ils ne les connaissent pas.

On notera au passage la vivacité des participants. Ils étaient en effet près de 250 à s'être réunis et des voix se sont élevées dans le public pour s'exprimer. Une femme a notamment interpellé Alain Wagner ; ce dernier a été très critique envers l'intervenant Tareq Oubrou, l'imam de Bordeaux qu'il a qualifié de "faux-ami". La participante lui a demandé quelle était la solution si on ne dialoguait pas avec des gens qui n'étaient pas forcément d'accord avec nous - Wagner a répliqué qu'il était pour l'application simple de la loi, des règles de laïcité et de la défense des droits de l'homme.

Claude Barouch, le président de l'UPJF, a conclu en affirmant que son organisation était ouverte aux idées et à la confrontation. En effet ouvrir les voix de la réflexion en affrontant les opinions a toujours fait partie de la mentalité de l'UPJF. La visite de l'imam Tareq Oubrou n'était donc pas fortuite.

On soulignera également la présence de Roger Cukierman, président du CRIF et de Joel Mergui, président du Consistoire central.

Ilana Ferhadian

Journaliste à Radio J


NB Vidéos du colloque à visionner ici:

http://www.israel-flash.com/2013/06/videoscolloque-islam-radical/#axzz2Vz8uRmH4

Article mis à jour le 12-06-2013

2 Commentaires pour "Colloque de l'UPJF: Réflexions sur l'islam radical, en France et dans le monde, par Ilana Ferhadian"

Sabine :

12/06/2013 21:34 #1

Monsieur François Pupponi, maire socialiste a démontré sa parfaite connaissance du contexte, sa grande lucidité quant aux dangers présents et à venir, pour dresser un constat d'impuissance. Le droit positif français ne permettant, selon lui, de lutter efficacement contre les dérives et menaces qui planent sur nous, il nous vend avec un aplomb indécent "qu'il va falloir restreindre un peu les libertés"... pour en venir à bout. Depuis 1975, nos politiques s'obstinent à ouvrir toutes les boites de Pandore; ils ont libéré un monstre qu'ils ne maîtrisent plus. Ils devront tous rendre un jour des compte devant le peuple.
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Georges :

13/06/2013 10:48 #2

Par rapport au titre du colloque, c'est bien d'avoir invité l'iman de bordeaux.
parler de l'islam est bien quand des notables religieux de cette religion sont invités.

il y a débat; meme si tout le monde ne s'entend pas , au moins les personnes s'écoutent les unes les autres. c'est dejà un progres. le dialogue est important, en attendant le primtemps de l'islam de france, qui doit trouver son identité et son équilibre avec les lois de la république.
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