Sur Gaza, quelques suggestions à François Hollande, par Jean-Pierre Bensimon

Depuis la Pologne où il était en voyage officiel, le président français s'est dit "très préoccupé par ce qui se passe dans la zone de Gaza." Et il a poursuivi : "J'ai donc, tout au long de la journée de jeudi, avec le ministre des Affaires étrangères, pris toutes les initiatives pour éviter ce déchaînement de la violence..." Pour lui la violence s'est déchaînée, mais il ne dit pas qui est à l'origine de cette violence. Il renvoie donc Israël et le Hamas dos à dos.

 

Cette position est totalement différente de celle de l'Union européenne exprimée dans la note de Mme Ashton (16 nov), où la responsabilité de l'agression est clairement imputée au Hamas.: " Les tirs de roquettes du Hamas et d'autres factions de Gaza qui ont déclenché la crise actuelle sont totalement inacceptables pour tout gouvernement et doivent cesser. Israël a le droit de protéger sa population de ces types d'attaques." Elle est différente, aussi, de celle des autorités anglaises, allemandes en Europe, mais aussi américaines ou canadienne outre-Atlantique. Tous imputent explicitement aux groupes palestiniens de Gaza l'origine de l'escalade, et réaffirment "le droit d'Israël de se défendre" absent de la parole présidentielle.

Certes des déclarations bien antérieures de fonctionnaires du Quai d'Orsay dénonçaient des tirs "en provenance de Gaza". Et Laurent Fabius affirmait qu'Israël " bien sûr, a droit à se défendre, mais on n'arrive à rien en pratiquant un regain de violence." Fabuleux exercice de jésuitisme, où Israël sous le feu de 150 tirs de missiles et mortiers en fin de semaine dernière, peut se défendre, mais sans violence. Notre savant ministre expliquera ce genre de recette à la CEDEAO qui prépare une intervention pour éliminer la menace terroriste au Mali.

 

En un mot, à la différence des plus notables démocraties occidentales, François Hollande a décidé de ne pas formuler la moindre déclaration publique de solidarité avec une démocratie attaquée, mais plutôt, comme son ministre des affaires étrangères, de retenir son bras et d'épargner par là au possible ses très cruels adversaires.

On ne peut s'empêcher de penser à la pantalonnade qui a suivi la grande communion avec Netanyahou lors de son déplacement à Toulouse, dans le collège Ohr Torah, à la mémoire du père et des enfants juifs assassinés par Mohamed Merah. Le premier ministre israélien à peine sorti du territoire, des déclarations convergentes "fuitaient" de toutes part dans la presse. Un article du "Canard enchainé" révélait des propos curieux tenus par le président français dans l'avion qui le conduisait au Liban: Netanyahou n'aurait pas été "correct", et pire encore il se serait "servi du discours de Toulouse pour faire avancer sa campagne électorale." Les propos tenus devant plusieurs média étaient délibérément destinés à la diffusion, ce qui se produisit, l'AFP et d'autres media attestant de la véracité du texte du "Canard".

L'attaque était extrêmement diffamatoire, car accuser Netanyahou d'avoir mené sa campagne électorale en spéculant sur des enfants assassinés, c'est le dépeindre comme un individu sans affectivité, égoïste, sans principes, sans morale, à peu près le tableau qu'en feraient les penseurs du Hamas. Ce faisant Hollande regagnait les faveurs des Verts de sa coalition, de la gauche de son parti, de l'opinion arabe intérieure radicalisée, et, last but not least celle de ses interlocuteurs libanais, saoudiens, etc.
 

La suite est plus intéressante. Un responsable proche de l'Élysée, parfaitement anonyme, démentait ces propos. Anonyme. Aucun responsable identifiable n'a officialisé le démenti. En politique, ce démenti n'a donc pas d'existence. Un mystérieux message présidentiel aurait été aussi transmis à Netanyahou en personne, sans que son contenu ait été rendu public, car il aurait fait office de réel démenti, très mal vu par les Verts et consorts. C'était le second volet de l'opération. Conserver malgré l'attaque hautement diffamatoire envers le visiteur israélien, le crédit du déplacement et des effusions de Toulouse auprès des Juifs français et d'Israël. Quelques sites Internet juifs sont malheureusement tombés dans la trappe qui leur était tendue en imputant la manœuvre au Quai d'Orsay. Il faut qu'ils comprennent que le Quai n'est qu'une administration d'exécution d'un État napoléonien, où tout le monde obéit strictement à la règle venue des hautes sphères de l'autorité, ce qui garantit d'ailleurs la cohésion de l'état. Mais la règle, elle se fait entre quelques hommes à l'Élysée et nulle part ailleurs. Que l'on se souvienne de la notion de "domaine réservé" du Président...

Le problème pour M. Hollande, c'est que l'on ne gouverne pas la France comme on anime le secrétariat du parti socialiste.

Si François Hollande veut la désescalade et la paix, il ne peut pas se contenter de prendre des initiatives le " jeudi ... pour éviter ce déchaînement de la violence." En effet, le jeudi, le lendemain des premières frappes israéliennes, était précédé du samedi et du dimanche, et de leurs 150 tirs sur la population civile d'Israël, sans que visiblement le président y ait vu une quelconque escalade, ni un "déchainement de violence", ni un motif d'alarme... Toujours cette satanée solidarité des démocraties qui passe si mal au sommet de l'État français.

Alors que peut faire ce président s'il désire vraiment d'autres résultats qu'accuser Israël ou retenir son bras?

Il doit bien comprendre que le Hamas est une organisation terroriste au sein d'un système terroriste, soit plusieurs organisations jihadistes en coopération et en concurrence, s'imputant tout à tour la responsabilité et les bénéfices de leurs forfaits. Ce système terroriste est dédié à la guerre contre l'état hébreu et non à l'administration de la population de Gaza qui lui sert avant tout de bouclier.

Il doit comprendre que ce système terroriste dispose aujourd'hui d'armes hyper modernes d'une extrême dangerosité, que ces armes rendent infernale la vie d'un million d'hommes, qu'elles étendent à présent leur menace à plus de la moitié du pays avec les frappes sur Jérusalem et Tel Aviv, et qu'une démocratie souveraine ne peut pas tolérer une telle menace ennemie à ses frontières.

S'il veut contribuer à la paix, le président Hollande doit donc:

1) Prendre publiquement une position sans ambigüité, désignant clairement les vrais responsables de la situation à Gaza et dans le sud d'Israël;

2) Prendre une initiative internationale pour condamner le Hamas et ses séides, à l'ONU, au sein de l'Union européenne, et dans le contexte de l'Otan;

2) Collaborer activement avec Israël et tous les partenaires mobilisables pour concevoir une action de désarmement effectif de tous les groupes de Gaza;

3) Enjoindre les soutiens les plus emblématiques des terroristes de Gaza, l'Iran de khamenei, l'Égypte de Morsi, la Turquie d'Erdogan, le Qatar d'El-Thani, de changer radicalement d'orientation et de bien comprendre que les démocraties n'accepteront plus la coalition du totalitarisme islamique contemporain contre Israël avec l'appui de grands pays (Russie, Chine) pas vraiment convertis à la liberté.

Que ces attitudes et ces mesures semblent lointaines et improbables !

De savants experts avanceront le jeu international compliqué des puissances et des intérêts. L'existence d'une opinion arabe, des Chinois, des Russes, etc.

Leur discours est aussi convaincant, en première analyse, que creux dans une perspective historique. Se compromettre avec le terrorisme et le totalitarisme, fermer les yeux, ne pas désigner les instigateurs de la violence, paralyser la défense d'une démocratie, c'est surement préparer la violence et la guerre. On a aimé les "kamikaze" de Arafat. On a eu un Merah. Et beaucoup d'autres brandissent dans l'ombre un révolver contre la démocratie.

par Jean-Pierre Bensimon, le samedi 17 novembre 2012

http://fim13.blogspot.fr/2012/11/sur-gaza-quelques-suggestions-francois.html