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Les trompettes de la renommée, par Line Tubiana

L'historien Alain Michel a relevé 7 inexactitudes dans le discours que M. François Hollande a prononcé lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, et il est intéressant de revenir point à point sur ce qu’il énonce dans cet article qui est publié sur herodote.net. 1. Les allemands demandaient la déportation des enfants à partir de 15 ans, et le gouvernement de Vichy a outrepassé cette demande pour ne pas avoir la charge des enfants plus jeunes dont les parents auraient été déportés (déclaration de Bousquet).

Les trompettes de la renommée, par Line Tubiana

Les trompettes de la renommée, par Line Tubiana

2. Certes M. Jacob Kaplan n’était pas Grand Rabbin à cette époque : un minimum d’intelligence permet de comprendre qu’il s’agit simplement d’un titre donné avec le respect porté aux fonctions qu’il a longtemps exercées après.

3. Si la France a établi les listes, si la gendarmerie française a effectué les rafles, ainsi que toute la suite de l’opération jusqu’à la prise en charge par l’Allemagne dans les convois pour les destinations finales, les contestations du 3ème point n’ont aucun sens.

4. M. François Hollande a eu la décence de parler des « juifs de France », ce qui inclut tous les juifs se trouvant sur le sol français, et non des « juifs français », notion qui permet de mettre en exergue l’action accomplie pour sauver les juifs « français de souche ».

5. Les phrases de M. François Hollande mises en cause en point 6 et 7 sont séparées de celles qu’il prononce avant et après. Il s’agit de les replacer dans le contexte plus général de l’honneur de la France de ne pas s’être soumise à l’occupant, d’avoir cru qu’il existait une autre voie, et que la victoire du Reich n’était ni souhaitable, ni inéluctable.

6. Quand M. François Hollande parle du danger du « relativisme », il ne fait pas forcément allusion (mais la connaît-il seulement) à l’œuvre historique d’Alain Michel que lui même semble considérer comme tellement importante, que notre président juge bon d’y faire allusion. On peut penser plus raisonnablement qu’il s’agit de ne pas employer à tort et à travers le mot Shoah, de ne pas taxer de nazisme tout et n’importe quoi, afin de conserver à la Shoah son caractère unique.

Et cela amène à une deuxième question, d’ordre malheureusement plus général qui porte sur les comportement humains, quand on touche à un sujet aussi brûlant que la reconnaissance et la notoriété.

Un travail historique énorme a été accompli sur l’histoire de Vichy et la Shoah par Alain Michel, et il affirme lui-même ne pas vouloir juger. Soit.

Néanmoins, une thèse ressort de tout ce travail : « le régime de Vichy, incontestablement raciste et xénophobe, est condamnable sur le plan éthique, il n’empêche que Pétain, Laval, Bousquet et les autres ont, en choisissant de sacrifier les Juifs étrangers ou apatrides, permis, d’une certaine façon, de sauver bon nombre de Juifs français » (http://www.crif.org/alireavoiraecouter/vichy-et-la-shoah-enqu%C3%AAte-sur-le-paradoxe-fran%C3%A7ais-par-alain-michel-1/31283)

Il affirme clairement son désintérêt de savoir si « tel ou tel milieu va récupérer (ses) affirmations pour servir ses propres objectifs » (p375), ce qui est encore compréhensible dans une logique de travail scientifique d’historien.

On comprend aisément que justement les milieux qui récupèrent ces affirmations sont des milieux bien particuliers, pour lesquels la réhabilitation du régime de Vichy par un historien rabbin, israélien, n’est que pain bénit.

Mais est-il nécessaire pour autant d’accepter de livrer sa pensée à tous les médias, quels qu’ils soient? Une interview d’une heure et demi sur Radio Courtoisie qui se définit comme « la radio libre du pays réel et de la francophonie » en référence à Charles Maurras me fait penser que non.

Cette interview est réalisée par Jacques Trémolet de Villers, ancien collaborateur de Jean-Louis Tixier Vignancourt et avocat de Paul Touvier lors de son procès en 1992. Alain Michel, historiographe de Vichy, ne pouvait pas ignorer qui se tenait en face de lui. Ou pense-t-il qu’il faut aussi exonérer Touvier de tous les crimes qu’il a commis?

Cette volonté de « non récupération » énoncée à l’ultime seconde de l’interview ferait pleurer de rire, si l’interview elle-même ne faisait pas pleurer de rage à la lecture des réactions qu’elle a suscitées. On la retrouve sur ce site : http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art1364 , en bonne place auprès de tous les éloges funéraires de Roger Garaudy. Elle est reprise sur le site fdesouche.com dont les opinions sont connues.

Mais il y a aussi le compte rendu fait de l’ouvrage d’Alain Michel sur le site egaliteetreconciliation.fr qui diffuse l’idéologie de l’association égalité et réconciliation dont le président est Alain Soral, candidat du parti anti-sioniste aux élections cantonales de 2011.

Dieudonné et Alain Soral

Pourquoi justement ne pas exprimer son désaccord sur la récupération de son travail à des fins politiques? Rien, pas un mot dessus. Tant de promptitude à tancer M. François Hollande sur de prétendues inexactitudes historiques, tant de désintérêt pour l’usage fait de son travail laisse penser que le plus important est que l’on parle de lui, peu importe où et pourquoi.

L’essentiel est-il dans la satisfaction d’accomplir ce fameux travail scientifique d’historien, ou dans l’accession à une notoriété de grande envergure, pas encore vraiment acquise? Finalement qu’est-ce qui distingue vraiment son attitude de celle de Matthieu Kassovitz, qui voyant son étoile cinématographique décliner égrène des provocations qui ont le mérite de faire encore parler de lui?

Le désir de reconnaissance médiatique, la sensibilité aux sirènes de la célébrité, tout cela n’est ni rare ni nouveau. Léon Zitrone l’avait bien identifié quand il avait affirmé « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ! ». On peut préférer ce que Georges Brassens chantait sur les « Trompettes de la renommée ».

Par Line Tubiana

http://www.tribunejuive.info/politique/les-trompettes-de-la-renommee

LIRE AUSSI SUR NOTRE SITE

http://www.upjf.org/fr/5146-a-propos-de-vichy-et-la-shoah-d-alain-michel:-etait-ce-bien-utile--par-david-ruzie.html

Article mis à jour le 31-07-2012

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1 Commentaires pour "Les trompettes de la renommée, par Line Tubiana"

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Rene Fievet :

15/08/2012 14:54 #1

Qu’Alain Michel soit sensible aux trompettes de la renommée, c’est bien possible. Je pense même que c’est une réaction assez naturelle pour un historien qui écrit un livre, le fait publier et souhaite (comme son éditeur, d’ailleurs…) qu’il soit lu par le plus grand nombre. J’ajoute qu’il n’est pas le seul dans ce cas dans la profession des historiens ; car que dire des Jean-Pierre Azéma, Henry Rousso, Annette Wieworka, personnages incontournables des media français, et grands propagateurs la pensée historiquement correcte sur Vichy et la responsabilité de la France et du peuple français dans la Shoah ? Ce qui me trouble d’ailleurs dans cette histoire, c’est cette volonté obsessionnel de vouloir re-légitimer le régime de Vichy, et le réintroduire dans la normalité française (alors que ce régime n’a existé qu’en raison de la défaite militaire et l’occupation allemande, que le vote du 10 juillet 1940 fut grossièrement inconstitutionnel, et qu’il y eut le coup d’Etat du 11 juillet 1940 supprimant la République). Même si c’est un discours de condamnation dans la forme et dans l’intention, cette re-légitimation du régime de Vichy est un discours pétainiste dans son essence. Dire que Pétain c’était la France, c’est ce que n’ont cessé de proclamer les Isorni, Tixier Vignancourt, et autres défenseurs de ce régime. Et on se demande bien pourquoi la France a condamne Pétain à mort, si Pétain c’était la France. Tout ceci est absurde, n’a plus aucun sens. On ne comprend plus rien à cette histoire.
Mais revenons à Alain Michel. J’ai lu son livre, et je trouve qu’il apporte des réponses à des questions que je me pose depuis longtemps. Le fait qu’il y ait eu un Armistice en 1940 a-t-il, au bout du compte, sauve la vie de nombreux Juifs en France ? La réponse est oui, nous dit Alain Michel, et apparemment il n’est ni le seul ni le premier à le dire (Hilberg, Poliakov). Mais Alain Michel va peut-être encore plus loin : au delà même de l’Armistice (qui préservait une certaine forme de souveraineté française), c’est la combinaison de la xénophobie de ce régime, et de la politique de Collaboration, qui a permis de sauver tant de Juifs français (au détriment des Juifs étrangers). Conclusion dérangeante, presqu’inacceptable tant elle heurte les consciences.
Que vaut la démonstration d’Alain Michel ? Son livre existe, soumis à la critique de ses confrères historiens (fort nombreux, et prolixes, sur cette période), et attendons de voir comment le débat prend corps. Mais pour l’instant, je n’ai encore vu aucune réfutation sérieuse- au strict plan de la recherche historique - de la thèse qu’il développe (du moins d’après les recherches sur internet que j’ai pu faire). Les seules réfutations que j’ai pu voir sont d’ordre idéologique (au sens non péjoratif du terme).
Pour finir, juste un point d’information. Vous écrivez ceci : « les Allemands demandaient la déportation des enfants à partir de 15 ans, et le gouvernement de Vichy a outrepassé cette demande pour ne pas avoir la charge des enfants plus jeunes dont les parents auraient été déportés (déclaration de Bousquet). » De quelle déclaration de Bousquet faites-vous état ? Et faites-vous uniquement référence à la rafle du Vel d’ Hiv ? Car cela semble entrer en contradiction avec ce qu’écrit Alain Michel dans son livre.
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