Sports
Le monde préfère oublier les onze athlètes israéliens… Par Laly Derai
Le 5 septembre 1972, la trêve olympique a été violée, lorsque les terroristes palestiniens de Septembre noir ont assassiné onze membres de la délégation israélienne aux Olympiades de Munich. Hamodia revient sur cet épisode tragique et se penche sur le douloureux dossier de la commémoration du souvenir de ce massacre que le Comité olympique international préfère manifestement oublier. Les Jeux olympiques de Munich 1972 auraient dû être une véritable revanche pour Israël. Trente-six ans après ceux de Berlin, qui servirent à Adolf Hitler de théâtre pour exhiber sa propagande nazie, la délégation de l'État d'Israël se rendait en terre d'Allemagne, espérant y récolter des médailles, mais aussi montrer au monde que le peuple juif était bien vivant. Les organisateurs eux-mêmes, désireux de faire oublier « les Jeux olympiques de la honte de 36 », surnommèrent ceux de 1972 « les Jeux joyeux ».
Le monde préfère oublier les onze athlètes israéliens… Par Laly Derai
Mais le 5 septembre, vers 5 h du matin, au douzième jour des compétitions, tous ces rêves et toute cette joie ont volé en éclats pour laisser place à la terreur.
Profitant de failles dans le dispositif de sécurité déployé dans le village olympique, les terroristes palestiniens du Fatah prennent en otages 11 membres de la délégation israélienne - 5 sportifs, 4 entraîneurs et 2 arbitres. Le commando terroriste compte huit membres pour cette opération planifiée par Abou Daoud et Attef Bsisso.
Ils pénètrent dans le bâtiment où a été installée la délégation israélienne. Derrière la porte se trouve Moché Weinberg, entraîneur de l'équipe de lutte, qui tente de s'opposer à eux, mais qui reçoit une balle dans la joue.
Les six autres occupants de l'appartement sont pris en otage : Weinberg, les entraîneurs Amitsour Shapira, Kehat Schor, Andreï Spitzer et les arbitres Yaacov Shpringer et Josef Gottfreund.
Les terroristes ordonnent à Weinberg, blessé, de leur indiquer où se trouvent les autres Israéliens. Weinberg garde son sang-froid et parvient à convaincre ses agresseurs que l'appartement n°2, qui jouxte le leur, est occupé par des sportifs d'un autre pays. Ils les mènent directement à l'appartement n°3, où se trouvent les lutteurs et les haltérophiles, pensant manifestement que ces sportifs musclés et forts parviendraient peut-être à lutter contre les armes des terroristes. Mais les sportifs israéliens, Yossef Romano, David Berger, Zeev Friedman, Mark Slavin et Éliezer Halfen, sont plongés dans un profond sommeil quand les terroristes pénètrent dans l'appartement. Ils sont immédiatement neutralisés.
Weinberg essaie à nouveau de s'en prendre à ses ravisseurs et réussit même à frapper l'un d'entre eux jusqu'à ce qu'il s'évanouisse.
Weinberg paiera cher son héroïsme : il est assassiné et son corps sanglant défenestré. Cette image sera diffusée sur toutes les télévisions du monde. Les otages sont parqués dans l'appartement n°1. Romano blesse un des terroristes avec un couteau de cuisine. Les balles des complices le blessent très grièvement, mais les ravisseurs refusent de lui accorder des soins, le laissant se vider de son sang jusqu'à ce qu'il décède.
Les otages encore en vie sont attachés et le resteront durant 17 heures.
Les terroristes exigent la libération de 232 terroristes enfermés en Israël et de deux autres emprisonnés en Allemagne. En cas de refus, le lendemain à midi, deux sportifs israéliens seront exécutés. Israël, fidèle à ses principes selon lesquels on ne négocie pas avec des terroristes, refuse d'accéder à ces demandes ni même de parlementer avec les preneurs d'otages. L'Allemagne, elle, libère immédiatement les deux terroristes qui sont transférés vers la Tunisie.
L'ultimatum est repoussé à cinq reprises. Le commandant de la police de Munich, Manfred Schreiber, parvient finalement à un accord avec les ravisseurs selon lequel ils quitteront le territoire allemand avec leurs otages vers Le Caire. L'Allemagne, affirme Schreiber, souhaite se « débarrasser du problème » que constitue cette prise d'otages bien désagréable pour la bonne tenue des J.O. Mais il s'agit là d'un stratagème visant à dissimuler le plan allemand consistant à appréhender le groupe terroriste dans l'enceinte de l'aéroport militaire de Fürstenfeldbruck où il devait se rendre en hélicoptère depuis le village olympique.
À 22 h 10, les otages et leurs ravisseurs sortent du bâtiment. Mais arrivés à la base militaire, ils se rendent compte de la supercherie. Deux des terroristes sont tués sur le coup par la police. Les autres se cachent derrière et sous les hélicoptères.
Lorsque les blindés allemands arrivent, les terroristes comprennent qu'ils ne parviendront pas à quitter le territoire allemand et décident d'assassiner les otages. Quatre sont tués à bout portant, cinq autres sont tués par une rafale de mitraillettes dont l'origine reste aujourd'hui encore incertaine : certains affirmeront que ce sont les policiers allemands qui ont tiré.
À minuit passé, le bilan est annoncé : les onze otages sont morts ainsi qu'un policier. Cinq terroristes ont été éliminés.
Au terme de massacre, le comité international olympique, dirigé par Avery Brundage, décide de suspendre le déroulement des Jeux pendant 24 heures et d'organiser une cérémonie du souvenir dans l'enceinte du stade olympique.
Un réveil partiel de la scène internationale
Une minute, ce n'est rien. 60 secondes qui passent si vite. Mais pour les familles des victimes du massacre de Munich, une minute signifie beaucoup.
Voici maintenant 40 ans qu'à chaque Olympiade, elles demandent qu'une minute de silence soit consacrée au souvenir de leurs proches lors de la cérémonie d'ouverture des J.O. À chaque fois, leur demande est rejetée.
Alors que les Jeux olympiques de Londres 2012 vont débuter le 27 juillet prochain, 40 ans après le drame, les familles ne sont plus seules face au COI : elles ont reçu le soutien du vice-ministre des Affaires étrangères, Dany Ayalon, qui a envoyé une lettre officielle aux responsables du comité, mais aussi du Sénat américain, qui a voté à l'unanimité en faveur de la tenue d'une cérémonie du souvenir durant les Jeux.
En parallèle, le président du parlement allemand, le Bundestag, Dr Norber Herbert, a transmis au Président de la Knesset, Réouven Rivlin, un courrier dans lequel il affirme officiellement son soutien à cette initiative.
En Australie, une centaine de députés, parmi lesquels la Premier ministre Julia Gillard, et le chef de l'opposition Tony Abbott, ont voté en faveur d'une décision quasiment identique à celle adoptée par le Sénat américain.
Deux semaines auparavant, le parlement canadien avait voté en faveur de la tenue d'une cérémonie, ainsi que le conseil municipal de la ville de Londres.
Une pétition, signée par près de 100 000 personnes, circule également sur Internet.
Mais pour le moment, le COI campe sur ses positions. Son président, l'ancien athlète Sébastian Coe, a bien laissé entendre qu'il organiserait certes « une sorte de mémorial », sans rentrer dans les détails. Pour les familles et le gouvernement israélien, une cérémonie de '' derrière les fagots '', organisée dans le seul but de faire taire les protestataires, ne constitue en rien une marque de respect envers les sportifs morts parce qu'Israéliens, morts parce que juifs…
« Une minute donnée pour onze vies volées »
En France, une initiative citoyenne, menée par Jonathan Curiel et Michael Marciano, maire Adjoint de Massy, nommée « Une minute donnée pour onze vies volées », a porté quelques fruits même si, pour le moment, la France refuse de se prononcer en faveur de la minute de silence.
Dans une lettre adressée au président de la République, François Hollande, les deux hommes écrivent : « M. le président,ne serait-il pas juste, ne serait-il pas à votre honneur, et à celui de la France, de commencer votre quinquennat par ce geste qui ferait de vous celui qui a demandé, et obtenu, du comité international olympique, une minute de silence »?
Marciano et Curiel ont obtenu le soutien de François Lamy, ministre délégué chargé de la ville, des députés Jérôme Guedj, Nathalie Kosciusko Morizet et Jérôme Chartier, de Brigitte Kuster, maire du 17e arrondissement, et de Richard Prasquier, président du CRIF. Trois sénateurs centristes, Vincent Delahaye, Hervé Marseille et Hervé Maurey (Eure), ont sollicité l’intervention du ministre des Affaires étrangères auprès du comité international olympique. Selon Claude Goasguen, député maire du 16e arrondissement de Paris, « il est impératif que la France se joigne à cette initiative, car observer une minute de silence à la mémoire des athlètes israéliens symbolisera un geste humanitaire et portera le message que la violence et le terrorisme sont incompatibles avec l'idéal olympique ».
http://www.hamodia.fr/article.php?id=3419
Article mis à jour le 22-07-2012
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