Camille Pissarro (1830-1903), un peintre charismatique, par Véronique Chemla

Paysagiste-phare de l’impressionnisme et du post-impressionnisme, Camille Pissarro (1830-1903), est né en 1830 dans une famille Juive des Antilles. Doté d’une grande curiosité artistique, ce Dreyfusard polyglotte a influé sur l’art de nombreux artistes impressionnistes, dont Paul Cézanne (1839-1906). Camille Pissarro est né le 10 juillet 1830 dans une famille juive de l’ile de Saint-Thomas, alors danoise (Antilles)

Il suit sa scolarité en France, puis reprend la succession de son père, négociant.

En 1855, il se consacre à sa passion : le dessin. Il découvre la peinture d’avant-garde française à l’Exposition Universelle à Paris.

Sur les conseils de Camille Corot, un artiste alors peu connu, Camille Pissarro peint « sur le motif », face à la nature. Déjà, apparaissent certaines qualités de Pissarro : la sûreté de son jugement, son goût pour l’innovation et la finesse de son analyse artistique.

En 1859, Pissarro présente pour la première fois une œuvre au Salon : un paysage peint à Montmorency.

Dans des Académies libres, il rencontre Cézanne et Guillaumin.


« Un homme à consulter » (Cézanne)
Dès 1866, Camille Pissarro se brouille avec Corot et, au café Guerbois, il participe avec Monet, Cézanne, Sisley, Manet et d’autres artistes aux réunions du futur groupe « impressionniste » qui peint l’homme dans la Nature.

A Pontoise, où Pissarro vit de 1866 à 1869 et de 1872 à 1883, séjournent des peintres pré-impressionnistes (Corot), ou post-impressionnistes (Vincent Van Gogh), via Paul Cézanne (1872), Paul Gauguin (1879, 1881) et Henri Matisse (1897).

Réfugié à Londres lors la guerre de 1870 et de la Commune, Pissarro y fait la connaissance du marchant d’art Durand-Ruel.

De retour dans sa maison de Louveciennes, il découvre que 1 500 œuvres ont été détruites.

Aîné du groupe impressionniste, polyglotte, doté d’une grande curiosité artistique, ce maître paysagiste y est en position de professeur. Se renforcent des amitiés emplies d’estime.

Apprécié pour la sûreté de son jugement, ce « catalyseur de talents » manifeste son goût pour l’innovation et une analyse artistique particulièrement fine.

Principal organisateur des expositions dites « impressionnistes » de 1874 à 1884, il impose en juin 1896 la présence, lors de la 8e exposition de ce groupe, des œuvres de néo-impressionnistes : Georges Seurat, Paul Signac et son fils, Lucien Pissarro.

Si Camille Pissarro s’adonne au pointillisme (ou divisionnisme), il y renonce dès 1890 en restant « fidèle à l’opposition des complémentaires, l’autonomie de la touche, la recherche d’une plus grande luminosité et de l’exaltation des contrastes ». 

En 1871, Pissarro épouseJulie Vellay, enceinte de leur quatrième enfant. Le couple Pissarro aura quatre autre enfants.

Camille Pissarro défend le capitaine Dreyfus et se définit plutôt comme anarchiste.

Il meurt le 13 novembre 1903.

Au musée Tavet-Delacour(Musée de Pontoise), environ 150 tableaux et gravures de Camille Pissarro et ses contemporains – issues de collections publiques et privées d’Europe et des Etats-Unis – ont révélé pour le centenaire de la mort de cet artiste (2003) l’évolution de la peinture des paysages sur une quarantaine d’années dans l'exposition Camille Pissarro et les peintres de la vallée de l’Oise. La scénographie, qui suivait la chronologie, assurait une progression vers la lumière. Présentée à l’automne 2003 en Allemagne, cette exposition a été remontée partiellement au Japon au printemps 2004.

Cet anniversaire avait curieusement et injustement fait l’objet de peu de célébrations. L’exposition du Musée de Pontoise était donc d’autant plus précieuse.

En 2006, le musée d’Orsay avait présenté les relations entre l’art de Pissarro et celui de Paul Cézanne (1839-1906) de 1865 à 1885.

A la fin de sa vie, Camille Pissarro (1830-1903) écrit : « Cézanne [...] a subi mon influence à Pontoise et moi la sienne. [...] Parbleu, nous étions toujours ensemble ! Mais ce qu'il y a de certain, chacun gardait la seule chose qui compte, "sa sensation"... ce serait facile à démontrer » (lettre à son fils Lucien, 22 novembre 1895).

Suivant le conseil de Pissarro, Cézanne a éclairci sa gamme chromatique. Peu avant sa mort, Cézanne dit de celui qu’il appelait « l’humble et colossal Pissarro » : « Quant au vieux Pissarro, ce fut un père pour moi. C’était un homme à consulter, et quelque chose comme le bon Dieu ».

Camille Pissarro et les peintres de la vallée de l’Oise. Somogy Editions d’art, 2003. 174 pages. 110 illustrations. ISBN : 2-85056-682-9

« Correspondance de Camille Pissarro », de Janine Bailly-Herzberg. Editions du Valhermeil