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Les combattants de l’ombre : une nuit avec le commando anti-terroriste de Tsahal

Les lumières des phares des jeeps brisent soudainement l’obscurité dans laquelle nous sommes plongés depuis plusieurs heures. Il est minuit et les combattants de ‘Lotar‘, les forces spéciales anti-terroriste d’Eilat, arrivent sur place. Des terroristes infiltrés de Jordanie et d’Égypte en Israël ont gagné la ville d’Eilat et pris en otage des adolescents dans un parc d’attraction. Un exercice ? Oui. Mais pourtant, tout a l’air bien vrai. Une centaine de combattants cagoulés, armés et entraînés ont été mobilisés. Alors que nous nous faufilons parmi les soldats, certains détails attirent d’emblée notre attention. Des tignasses aux cheveux grisonnants, des barbes mal rasées et des rides aux coins des yeux : une chose est sûre, ces soldats ont dépassé la tranche 18-21 ans. Il s’agit de réservistes, âgés de 25 ans à 70 ans. Une sorte de camp mobile est rapidement monté avec une salle de surveillance indépendante. Chaque combattant récupère son arme, soigneusement entreposée dans les coffres des camions.

Les combattants de l’ombre : une nuit avec le commando anti-terroriste de Tsahal

Les combattants de l’ombre : une nuit avec le commando anti-terroriste de Tsahal

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Tendus ?

Retour à l’exercice et à nos combattants. L’atmosphère est détendue, les discussions vont bon train. Il ne fait aucun doute qu’ils se connaissent tous.

“Vous avez devant vous une famille, des frères’’, explique l’un des combattants.

“Notre équipe ne change pas tous les trois ans comme c’est le cas dans les autres unités de Tsahal. Nos entraînements améliorent nos capacités, mais nous ne repartons jamais de zéro. Nous avons l’habitude de travailler ensemble, nous avons confiance en nos camarades. Alors non, nous ne sommes pas anxieux. Simplement concentrés.

Les soldats de l’unité sont mobilisables à tout moment. Ils disposent de 7 minutes, dès que l’alerte est donnée pour se rendre à l’endroit demandé, puis de 7 autres minutes pour revêtir l’uniforme et s’équiper du matériel nécessaire.

14 minutes pour quitter son lieu de travail. 14 minutes pour s’éclipser d’un dîner de famille. 14 minutes pour se justifier auprès de sa femme et ses enfants. Quatorze minutes pour éviter une catastrophe. Pas une de plus.

La particularité d’Eilat

Eilat est une ville de 55 000 habitants, située à l’extrême sud de l’État d’Israël, aux portes du désert du Néguev et au bord du golfe d’Aqaba, entre l’Égypte et la Jordanie. Du fait de son éloignement par rapport au centre du pays, la ville a besoin de forces anti-terroristes indépendantes, sur place. Des réservistes d’Eilat issus des meilleures unités combattantes de l’armée israélienne ont décidé de créer l’unité Lotar dans les années 70.

Au départ, quelques réservistes, tous volontaires, habitant la ville d’Eilat, et ayant servi dans les meilleures unités combattantes de l’armée se réunissent et forment la première force anti-terroriste dans la région.  ”Peu de gens y croyait“, confie A., le plus vieux soldat de l’unité. En 1989, un soldat jordanien s’infiltre en Israël et prend en otage une jeune femme originaire du kibboutz Lotan. Tsahal fait appel aux réservistes de Lotar qui éliminent rapidement le terroriste et libèrent l’otage. Depuis, l’unité a pris part à de nombreuses opérations. L’unité Lotar figure depuis les années 2000 sur la liste des meilleures unités d’élite du pays, aux côtés des forces spéciales Sayeret Matkal, ou du commando d’élite de la marine Shayetet 13.

L’attentat du 18 août dernier, un tournant pour la région et pour l’unité

Le 18 août 2011, 8 Israéliens sont tués et quarante autres blessés dans la triple attaque terroriste qui a lieu à 20 km au nord de la ville d’Eilat. Dans ces attaques, les frères d’armes de l’unité Lotar ont aussi perdu l’un des leurs.

Pascal Abrahami, l’un des plus vieux agents de l’unité, a été abattu par une balle ennemie alors qu’il s’était rendu avec une équipe réduite sur les lieux de l’attaque. Pascal tenait à rester un agent de terrain, un combattant malgré son âge, mobilisable de jour comme de nuit à tout moment. Véritable référence au sein de son unité, il suscitait l’admiration de ses camarades pour sa détermination, son professionnalisme et sa modestie. Ses compagnons ne l’ont pas oublié.

Pascal Abrahami, mort dans l’attaque du 18 août dernier

La construction d’une nouvelle clôture de sécurité le long de la frontière israélo-égyptienne a été accélérée, son édification jugée désormais urgente à la lumière des troubles régionaux de ces derniers temps et des attaques terroristes meurtrières qui ont eu lieu au mois d’août dernier.

“A de nombreux endroits, la construction de la clôture est presque terminée et la situation sur le plan sécuritaire s’est nettement améliorée”, explique un réserviste de l’unité.

Des pères et des fils

Pascal Abrahami était également père de trois enfants avec qui il entretenait des liens très forts. Ils occupaient à chaque instant son esprit. Il chérissait son foyer et son épouse. Au fil des conversations, nous comprenons que c’est le lot de chaque combattant de l’unité.

Père de famille, chef d’entreprise, employé, grand-père, frère ou même étudiant,  les soldats de l’unité ont deux vies en parallèle. “Nous avons deux familles : nos femmes et nos enfants, et nos compagnons d’armes.

“Mon fils a l’habitude de me voir en uniforme. Il ne me pose pas de questions, mais lorsqu’on lui demande ce je fais dans la vie, il répond ‘mon père a deux jobs’’, confie D., un réserviste d’une quarantaine d’années, père de trois enfants en bas âge, résident de la ville d’Eilat.


Les combattants de Lotar en plein entraînement

Après l’exercice nous retrouvons les combattants. Le soleil se lève et la réalité reprend le dessus.  D’un côté la Jordanie, de l’autre l’Égypte : une situation géographique qui exige une surveillance de tous les instants.

Cette nuit blanche n’a visiblement pas ébranlé l’énergie des soldats qui tirent déjà un premier bilan de l’exercice. Nous ne pouvons pas en dire autant : épuisés, nous rangeons rapidement notre matériel avant de reprendre la route vers Tel Aviv.

Vu de l’extérieur, difficile de comprendre d’où ces soldats puisent leur force. La réponse se trouve peut-être dans cette phrase entendue pendant l’exercice, et qui résonne dans nos esprits pendant les cinq heures de route qui séparent Eilat de Tel Aviv : “Si nous ne protégeons pas notre maison, qui le fera ?

Article mis à jour le 10-07-2012

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