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Les Nétouré Karta : une secte antisioniste ultraminoritaire et malfaisante, par Pierre Itshak Lurçat

Derrière les images choquantes de Juifs orthodoxes habillés en noir, donnant l'accolade au président iranien Ahmadinejad, lors d'une conférence négationniste sur la Shoah à Téhéran, se trouvent les "Nétouré Karta", groupuscule juif extrémiste qui se désigne du nom de "gardiens de la Cité", mais dont toute l'action politique et médiatique est fondée sur une haine viscérale de l'Etat juif, qui l'a conduit à pactiser avec les pires ennemis d'Israël et du peuple juif à l'époque contemporaine. Quelles sont l'histoire et l'idéologie de cette secte ultraminoritaire, mais très active, et quelle place occupe-t-elle au sein du monde juif orthodoxe?

Les Nétouré Karta : une secte antisioniste ultraminoritaire et malfaisante, par Pierre Itshak Lurçat

Les Nétouré Karta : une secte antisioniste ultraminoritaire et malfaisante, par Pierre Itshak Lurçat

"Nétouré Karta" : ce nom signifie en araméen les "gardiens de la Cité", d'après une citation du Talmud. Ils sont apparus en 1938, à la suite d'une scission au sein de l'Agoudath Israël. En effet, à partir des années 1930, le parti politique juif orthodoxe créé en Pologne en 1912 a été amené à tempérer progressivement son opposition au sionisme, en raison de la montée du nazisme en Allemagne et aussi de l'apparition du mouvement Poalé Agoudath Israël (branche ouvrière de l'Agouda), beaucoup plus pragmatique.

L'évolution du judaïsme orthodoxe vers une attitude plus pragmatique se traduit par l'instauration d'une collaboration avec les institutions sionistes, notamment pour organiser l'alyah des communautés juives d'Europe de l'Est. Lors de la proclamation de l'Indépendance de l'Etat d'Israël, l'Agouda entre dans le gouvernement provisoire. Depuis cette date, le parti juif orthodoxe a toujours maintenu sa politique de participation au pouvoir, tout en se définissant comme "non sioniste".

 


 

Face à cette évolution de l'Agoudath Israël, les Juifs orthodoxes les plus intransigeants se sont regroupés autour des rabbins Aharon Katzenellenbogen et Amram Blau. Ultraminoritaire, y compris au sein du monde juif orthodoxe, cette mouvance antisioniste radicale est présente en Israël (à Jérusalem, Ramat Beit Shemesh et Bnei Brak), aux Etats-Unis et en Europe. Les Nétouré Karta sont parfois confondus avec le groupe hassidique Satmar, dont l'hostilité au sionisme est cependant beaucoup moins radicale.


Intransigeance idéologique et extrémisme politique

L'évolution des Nétouré Karta depuis la fondation de l'Etat d'Israël se caractérise par une intransigeance idéologique toujours plus grande. Après 1948, ils refusent toute participation aux institutions étatiques, allant même jusqu'à refuser de percevoir des allocations familiales et de payer des impôts. Cette attitude de refus absolu les conduit à mener une existence autarcique, vivant de collectes (halouka) à l'instar des communautés juives de "l'Ancien Yishouv" au dix-neuvième siècle.

Pendant de nombreuses années, le dirigeant des Nétouré Karta était le rabbin Amram Blau. Descendant d'une famille originaire de Hongrie, venue au dix-neuvième siècle à Jérusalem, il épousa en secondes noces une convertie française d'origine catholique, Ruth Blau. Celle-ci joua un rôle important dans l'affaire du petit Yosselé Shoumaher, qui défraya la chronique en Israël dans les années 1960. 

Alors que le monde juif orthodoxe en Israël est marqué par une attitude de plus en plus pragmatique envers les institutions étatiques, qui a abouti notamment à la création d'unités orthodoxes au sein de l'armée (le "Nahal haredi"), les Nétouré Karta évoluent quant à eux dans le sens inverse. Leur intransigeance idéologique les amène à prendre des positions politiques toujours plus extrêmes, et à s'allier aux pires ennemis de l'Etat d'Israël. 

En Israël, le rabbin Moshe Hirsh, installé dans le quartier de Méa Shéarim à Jérusalem, s'autoproclame "ministre des Affaires étrangères" des Nétouré Karta. En 1974, il rencontre pour la première fois Yasser Arafat, dont il devient un proche. En 1993, Hirsh assiste à la signature des accords entre Israël et l'OLP à Washington. Après l'installation à Gaza du chef terroriste palestinien, Moshe Hirsh est nommé "ministre des Affaires juives" au sein du cabinet palestinien.

 

Lors de l'Opération "Mur de protection" en 2002, l'armée israélienne a saisi des documents à la Moukata (quartier général d'Arafat) faisant état de tranferts de fonds à destination de Moshe Hirsh. Selon ces documents, Arafat a personnellement ordonné le transfert de sommes importantes à son "ministre des Affaires juives", pour un montant total de 55 000 dollars (les documents saisis par Tsahal sont publiés sur le site www.intelligence.org.il).

 

Les amis des Nétouré Karta : Arafat, Farrakhan, Dieudonné et Ahmadinejad

netoure karta,antisionisme,ahmadinejadMais leur collaboration avec les ennemis d'Israël ne s'est pas limitée au seul Arafat. Aux Etats-Unis, le rabbin Moshe Beck de Monsey, dans l'Etat de New York, membre des Nétouré Karta, a rencontré le dirigeant de la "Nation de l'Islam", Louis Farrakhan, connu pour ses diatribes contre Israël et contre les Juifs. Au Royaume-Uni, le rabbin Goldstein a quant à lui déclaré entretenir des relations amicales avec Abou Hamza al-Masri, prêcheur islamiste radical de la mosquée de Finsbury Park.

Lors de la mort d'Arafat et de sa longue agonie à Paris, plusieurs membres des Nétouré Karta se sont regroupés devant l'hôpital militaire Percy, organisant une très médiatique "veillée de prière" pour le chef terroriste palestinien. Les Nétouré Karta se sont également affichés aux côtés du bateleur antisémite Dieudonné, avec lequel ils ont organisé plusieurs conférences de presse conjointes, dans son théâtre de la Main d'Or.

Cette politique de collaboration avec les ennemis les plus acharnés de l'Etat d'Israël a culminé avec les visites de membres de la secte antisioniste à Téhéran, et avec leur participation à la conférence sur la Shoah organisée à Téhéran par le dirigeant Ahmadinejad. Lors de cette dernière conférence, les membres des Nétouré Karta présents à Téhéran se sont ainsi affichés publiquement aux côtés de négationnistes et d'autres ennemis d'Israël, et ont donné l'accolade au président iranien.

 

La présence des Nétouré Karta à la conférence de Téhéran sur la Shoah a suscité des réactions virulentes en Israël et dans le monde juif. Le grand rabbin ashkénaze d'Israël, Yonah Metzger, a appelé à l'excommunication de tous les Juifs présents à cette conférence. Les membres de la mouvance hassidique antisioniste Satmar se sont également désolidarisés de l'initiative des Nétouré Karta.

Contrairement à ce que laissent en effet penser certains comptes-rendus dans les médias occidentaux, les Nétouré Karta sont unanimement dénoncés au sein du monde juif, y compris parmi les communautés juives orthodoxes non sionistes. Il n'y a rien de commun entre l'attitude de ces dernières vis-à-vis du sionisme - qui peut être définie comme une opposition théorique et pragmatique - et l'hostilité obsessionnelle et radicale des Nétouré Karta.

Le rejet de l'extrémisme des Nétouré Karta au sein du monde juif orthodoxe est apparu notamment lors de la mort d'Arafat et des prières publiques organisées par ceux-ci devant l'hôpital où agonisait le chef terroriste. En réaction à cette manifestation médiatique, l'Union des communautés orthodoxes de New York a publié un communiqué de presse virulent pour dénoncer l'initiative des Nétouré Karta. Signé par de nombreux groupes hassidiques (Satmar, Bobov, Belz, Vishnitz...) et congrégations religieuses juives, le communiqué dénonçait une poignée de "traîtres au judaïsme" et appelait à l'excommunication des membres des Nétouré Karta. 

Pierre Itshak Lurçat 


Article mis à jour le 27-06-2012

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1 Commentaires pour "Les Nétouré Karta : une secte antisioniste ultraminoritaire et malfaisante, par Pierre Itshak Lurçat"

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Schönberg :

27/06/2012 23:58 #1

Excellent article précis qui remet les pendules à l'heure;effectivement,gens à excommunier! il serait urgent de préciser aux radios juives de ne pas parler d'eux comme "ultra-orthodoxes" quand on cite aussi leurs méfaits répugnants à Yad Vashem ces derniers jours,mais nommer leur groupe explicitement,car sinon les auditeurs mettront tous les "ultra-orthodoxes dans le "même sac"!!!D'ailleurs l'extrême-gauche israélienne, shalom achshav,qui reçoit de l'argent de l'Europe pour faire son sale travail de délateurs, ou certains députés arabes islamistes ne valent pas beaucoup mieux!...
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