Israel
Israël prend position en faveur des insurgés syriens, par Marc Henry
L'État hébreu renonce à sa «neutralité» en estimant que la chute de Bachar el-Assad affaiblirait aussi l'Iran. «Je souhaite la victoire des rebelles syriens que j'admire pour leur courage»: cette petite phrase du président Shimon Pérès traduit le changement de ton d'Israël. Il y a un mois encore, la discrétion restait de rigueur. Mais cette prudence n'est plus de mise. Bachar el-Assad a été longtemps considéré comme un moindre mal. Officiellement les deux pays sont en état de guerre. Mais la frontière sur le plateau du Golan conquis et annexé par Israël sur la Syrie est la plus calme de toutes depuis près de quarante ans. La coalition des opposants avec des islamistes, voire de sympathisants d'al-Qaida évoquée par des responsables des services de renseignements israéliens, n'avait pas de quoi susciter un élan de sympathie
Israël prend position en faveur des insurgés syriens, par Marc Henry
Malgré tout, les dirigeants israéliens ont choisi leur camp. Officiellement, ce tournant a été provoqué par la «barbarie» des partisans de Bachar el-Assad, qui apparaît de plus en plus comme un homme aux abois. «Nous n'agissons pas par opportunisme, mais tout simplement parce que les massacres ont atteint un niveau sans précédent», assure Yigal Palmor, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
D'autres considérations entrent aussi en ligne de compte. Selon Moshé Maoz, spécialiste du Moyen-Orient à l'Université hébraïque de Jérusalem, la nouvelle tactique résulte d'un calcul: «Pendant longtemps, les responsables israéliens ont caressé l'espoir que la Syrie renonce à son alliance avec l'Iran chiite et devienne plus modérée en se rapprochant des pays sunnites du Golfe. Or ce scénario est désormais impensable. L'ampleur des tueries commises contre les sunnites, qui forment le gros des insurgés, rend désormais tout renversement d'alliances impossible», affirme cet universitaire. Bref, plus la répression se durcit, plus le régime de Bachar el-Assad se trouve pieds et poing liés vis-à-vis de l'Iran, considéré par Israël comme l'ennemi le plus dangereux avec son programme nucléaire.
Éviter une attaque syrienne
Meïr Dagan, ancien patron du Mossad, les services de renseignements, qui est hostile à une attaque militaire israélienne contre les installations nucléaires iraniennes, estime lui aussi que «la chute de Bachar el-Assad constituerait le meilleur moyen d'affaiblir l'Iran». Il n'est toutefois pas question pour Israël d'intervenir directement. «Nous sommes considérés comme des satans par les deux côtés. Le régime syrien nous accuse de soutenir les insurgés et les insurgés proclament que nous soutenons Bachar el-Assad», affirme Yigal Palmor. Israël se contente de proposer une aide humanitaire et médicale, notamment pour les réfugiés syriens en Jordanie - offre rejetée jusqu'ici. Israël espère ainsi éviter de donner le moindre prétexte à une attaque syrienne. La menace est prise très au sérieux. «Si la Syrie en avait la possibilité, elle nous traiterait de la même façon qu'elle traite son peuple. Or ce pays dispose du plus grand arsenal d'armes chimiques au monde, ainsi que des missiles capables d'atteindre l'ensemble du territoire israélien», a prévenu lundi le général Yaïr Naveh, le chef d'état-major adjoint. L'autre hantise des responsables israéliens serait de voir cet armement tomber dans les mains du Hezbollah libanais, allié de Damas.
http://www.lefigaro.fr/international/2012/06/11/01003-20120611ARTFIG00751-israel-prend-position-en-faveur-des-insurges-syriens.php
Article mis à jour le 13-06-2012
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