Yariv Oppenheimer, ou la Gauche Caviardée, par Agathe Adar Sarfati

Yariv Oppenheimer en est le Directeur Général et il est venu récemment s’adresser à de jeunes étudiants d’IDC, Herzlyia en Israël. Une dizaine d’étudiants de tous bords politiques étaient présents. Le but de cette rencontre était d’enrichir leur connaissance du paysage politique israélien. Je me réjouissais par avance de pouvoir écouter ses propos et enfin obtenir des réponses à des interrogations que je me pose en tant qu’étudiante de Sciences-Politiques en Israël. Yariv Oppenheimer nous distribue des cartes de la Cisjordanie criblées de points bleus, rouges, marron… qui illustrent la situation complexe de ce territoire. En contraste avec cette réalité complexe, la rhétorique d’Oppenheimer est simple. Ce dernier qualifie de « colons » les citoyens Israéliens vivant en Cisjordanie, dénombrant ces derniers par «unité d’habitation», sans les humaniser. Son discours est clair et obsessif, il faut se débarrasser des territoires « occupés» pour deux raisons. La première: il s’agit du seul moyen logique pour qu’Israël reste un Etat juif et démocratique. La seconde concerne l’obtention de la paix, d’abord avec les Palestiniens puis avec le monde Arabe. En effet, il fait confiance à la Ligue Arabe qui a déclaré que lorsqu’Israël et les Palestiniens auront résolu leur conflit, elle sera prête à faire la paix avec Israël. Evidemment ces déclarations suscitent beaucoup de questions.

Je demande donc à Mr. Oppenheimer pour qui la démocratie semble être une priorité (il a en effet particulièrement insisté sur l’importance du caractère démocratique d’Israël, et j’en suis heureuse), si, dans son idéal, la future Palestine serait démocratique. La réponse du directeur de « La paix maintenant » ne se fait pas attendre : ce n’est pas l’affaire d’Israël que la Palestine soit démocratique ou non. Etonnante réponse pour un défenseur de la démocratie et de la paix. Je lui rétorque que la moindre des choses serait de ne pas laisser le peuple palestinien aux mains de représentants illégitimes et dangereux aussi bien pour eux, que pour nous. « Je ne veux pas contrôler le monde et peu m’importe qui contrôlera le gouvernement Palestinien » me répond- t-il. Par cette réponse, contraire à tout idéal humaniste, je comprends alors qu’il redoute tellement la critique d’Etat Impérialiste portée à Israël (aussi fausse soit elle), qu’il préfère se débarrasser de toute responsabilité. Mais ces territoires sont pour l’instant sous contrôle Israélien, et ce qu’il en adviendra sera en partie la conséquence des décisions prises par Israël: si Israël se retire maintenant de Cisjordanie, il y a un fort risque que les Palestiniens soient en proie à des organisations terroristes, qui ne leur donnent aucun droit.  Cela se répercuterait sur Israël. Or, n’est-ce pas justement le rôle d’un Etat démocratique et moderne comme Israël de négocier avec les Palestiniens pour trouver un accord juste pour les deux peuples ? Non, ce n’est pas le problème de M. Oppenheimer. Pour lui, le problème le plus grave c’est la Cisjordanie « occupée » par Israël.

« M. Oppenheimer, lorsque le conflit Israélo-Palestinien sera résolu, alors le monde Arabe sera prêt à s’ouvrir à Israël dites vous… Mais comment peut-on croire cela, puisque justement ces mêmes pays Arabes empêchent les Palestiniens de sortir des camps de réfugiés insalubres ? » Encore une fois, cela n’a pas l’air d’être son problème. En effet, « rendre » les territoires résout l’équation. Cela va plus loin encore car il en vient à tourner mes propos en dérision: « Je vois que tu te préoccupes beaucoup de la situation humanitaire des Palestiniens, mais moi, ce n’est pas mon problème». Donc, d’après ses dires « rendre les territoires occupés » ne résoudrait probablement pas les problèmes des Palestiniens, mais au moins, cela deviendrait le leur, et plus celui d’Israël qui ne serait (enfin!) plus à blâmer.

Alors allons dans ce sens, si le retrait n’est pas bénéfique pour les Palestiniens, il l’est certainement pour Israël! Donc, on le questionne sur les problèmes de sécurité que le retrait de Cisjordanie pourrait causer. « La sécurité n’est pas le problème le plus important quand on veut faire la paix » déclare Oppenheimer. Pour un pays menacé d’anéantissement par plusieurs organisations terroristes avoisinantes ainsi que par l’Iran, c’est vrai que la sécurité ne peut qu’être secondaire. Oppenheimer poursuit: en effet, quand Israël rendra les territoires, peut-être que la situation sécuritaire d’Israël se détériorera, peut-être que des roquettes Kassam tomberont sur Tel Aviv comme elles tombent aujourd’hui sur Ashkelon, peut-être, mais au moins Israël sera débarrassé de cette plaie ouverte que représente la Cisjordanie. Cela donnerait pour le moins la légitimité à Israël pour faire la guerre au nouvel Etat, face à une armée rangée. Israël, se débarrassant ainsi du problème Palestinien se détacherait de sa réputation de fauteur de trouble du Moyen Orient.

Alors là, on ne comprend plus très bien où se situe « La Paix Maintenant », ou tout au moins son Directeur Général. D’après son discours, il semblerait que le retrait d’Israël de Cisjordanie ne soit bénéfique ni pour les Palestiniens, ni pour Israël. De plus, comment cette organisation peut-elle se revendiquer de gauche quand elle nie ses valeurs les plus conséquentes, et parmi elles, la protection des droits de l’humain ?

Certes, il ne fallait pas s’attendre à ce que « La Paix Maintenant » apporte une perspective classique sur la sécurité d’Israël, mais l’on pouvait espérer plus de créativité concernant la cause Palestinienne. Cette organisation milite pour le retrait d’Israël de Cisjordanie : ses arguments manquent de cohérence car le futur de la région, après la « décolonisation » ne rentre pas en ligne de compte. « Oui, peut-être guerre il y aura, mais au moins elle ne sera pas asymétrique». N’appelons donc plus cette organisation « La Paix Maintenant » mais « la Guerre Maintenant ». Peu importe quelles seront les conséquences du retrait d’Israël, ce dernier, doit à tout prix se débarrasser des « territoires occupés par les colons » qui sont la source des maux du Moyen-Orient.

En affirmant cela, M. Oppenheimer semble oublier ce qu’il y a de fondamental dans la recherche d’une paix durable entre Israéliens et Palestiniens. La paix devra être juste et permettre aux deux peuples de vivre normalement, librement, et dans la sécurité. Pour l’instant, un retrait total d’Israël de la Cisjordanie, semble plutôt compromettre cet idéal. Comme le directeur de « La Paix Maintenant » le dit lui même: rien ne garantit qu’Israël sera sécurisé, ni que les Palestiniens vivront librement, sans être en proie à des manipulations politiques de tous bords.

Pour sa part, Guy Bechor, universitaire et diplomate israélien, distingue deux concepts le « problème Palestinien » et le « problème des Palestiniens ». Le second se réfère à la situation humanitaire catastrophique dans laquelle se trouve la population Palestinienne, tout particulièrement dans les pays Arabes dont le Liban, et la Syrie. Il explique que si l’on résout de bonne foi «le problème des Palestiniens», nous résoudrons le «problème Palestinien». Et cela, M Oppenheimer, grand humaniste, ne semble pas l’avoir compris.

Agathe Adar Sarfati – JSSNews
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