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L’Iran prêt "à remettre les compteurs à zéro", selon Rocard

Lors de la visite de l’ancien premier ministre français Michel Rocard à Téhéran, les dirigeants iraniens se sont dits prêts à "remettre les compteurs à zéro" pour parvenir à une solution négociée de la question nucléaire, rapporte Michel Rocard. Michel Rocard, en visite "privée" en Iran, a été reçu par le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, et le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Saïd Jalili, principal négociateur iranien sur la question nucléaire.

L’Iran prêt

L’Iran prêt "à remettre les compteurs à zéro", selon Rocard

  "M. Salehi m’a assuré que l’Iran était prêt à faire des ‘pas en avant’ lors de négociations prévues le 23 mai à Bagdad avec les grandes puissances pour tenter de résoudre la crise autour du programme nucléaire iranien controversé", a encore dit Michel Rocard.
Cette visite, qui ne relèverait "pas du nouveau président de la République", a toutefois été traitée par les autorités iraniennes comme une visite officielle du plus haut niveau, représentative d’une nouvelle volonté politique française. Ainsi, le principal négociateur nucléaire Saïd Jalili a mis en garde Michel Rocard, deux semaines avant la réunion cruciale du 23 mai à Bagdad pour tenter de sortir de la crise, contre "tout mauvais calcul [qui] empêcherait le succès des négociations [...] À Bagdad, nous attendons des actions qui permettront au peuple iranien d’avoir confiance." [1]
En avril 2012, le MEMRI publiait un article révélant que la reprise des négociations avec l’Iran était basée sur une prétendue fatwa du Guide spirituel iranien Ali Khamenei interdisant l’accumulation d’armes nucléaires. Cette fatwa, sur laquelle les médias se sont étendus, et qui a en outre été citée comme un argument en faveur de la reprise des négociations par de hautes instances politiques, n’a jamais vu le jour.

Ci-dessous le rapport du MEMRI :
Téhéran a tenté de tromper le président Obama en la secrétaire d’Etat Clinton en se référant à une fatwa inexistante du Guide Khamenei contre l’armement nucléaire.

Introduction
L’une des raisons ayant motivé la reprise de pourparlers sur le dossier nucléaire avec l’Iran, les 13 et 14 avril 2012 à Istanbul, fut une prétendue fatwa attribuée au Guide suprême iranien Ali Khamenei, laquelle aurait stipulé que la production, l’accumulation et l’utilisation d’armes nucléaires serait interdite en islam, et que la République islamique d’Iran n’entendait pas obtenir de telles armes.
Le fait est que les dirigeants américains, notamment la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et le président des Etats-Unis Barack Obama, ainsi que les représentants des 5+1 présents à ces pourparlers (1), le Conseil des Gouverneurs de l’AIEA et d’instituts de recherches reconnus pour leur sérieux, ont considéré la fatwa comme bien réelle, en analysant la portée sur la reprise des négociations à Istanbul.
L’enquête du MEMRI révèle toutefois qu’il n’y a jamais eu de telle fatwa et que les rapports de médias qui en font état entrent dans le cadre de la propagande iranienne des services du régime et visent à leurrer le gouvernement américain et les instances citées plus haut.

Cette mise en avant par de hauts responsables iraniens d’une fatwa, ou d’un décret religieux du Guide suprême Ali Khamenei, interdisant l’armement nucléaire, vise en fait à proposer à l’Occident un substitut à la garantie concrète d’un accès des inspecteurs aux installations nucléaires iraniennes. Vu que l’Occident ne considère généralement pas de simples déclarations, de Khamenei ou d’autres responsables iraniens, comme des garanties, le régime iranien a apparemment estimé que l’Occident prendrait plus au sérieux une prétendue fatwa du Guide suprême.
Consulter le rapport intégral en anglais sur la mise en avant d’une "fausse fatwa", avec ses notes, références et annexes : http://www.memri.org/report/en/print6291.htm
Ci-dessous un résumé des grands points :
De hauts responsables aux Etats-Unis mettent en avant une fatwa non existante
La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a souligné qu’elle avait évoqué la fatwa avec "des experts et des savants religieux" et avec le Premier ministre turc Recep Erdogan. Lors de sa visite à Téhéran fin mars, Erdogan a pour sa part indiqué sur la télévision iranienne IRIB : "J’ai fait part de la déclaration du Guide à Obama et lui ai dit que face à cette affirmation, ma position n’était pas différente et qu’ils (les Iraniens) utilisent l’énergie nucléaire à des fins pacifiques."
Selon un rapport de Kayhan International daté du 7 avril 2012, citant Press TV, Khamenei aurait déclaré, le 22 février 2012 : "Il ne fait aucun doute que les décisionnaires politiques des pays adversaires savent bien que l’Iran ne cherche pas à obtenir l’arme nucléaire car la République islamique (…) considère la possession d’armes nucléaires comme une faute grave et considère que la prolifération de telles armes est insensée, destructrice et dangereuse."
Le président de l’American Iranian Council Hooshang Amirahmadi, proche de l’élite du régime, a déclaré : "Heureusement, le président Obama a décidé de croire, pour l’heure, aux propos du Guide Suprême relatifs à l’interdiction d’une bombe atomique en islam."
Les recherches du MEMRI révèlent toutefois qu’il n’y a jamais eu de telle fatwa. Ce qui existe, en revanche, ce sont des rapports de médias iraniens sur des propos émis par le représentant iranien Sirus Naseri, lors d’une réunion à l’AIEA, le 11 août 2005, selon lequel Khamenei aurait bien publié une fatwa de ce type.
Après 2005, d’autres déclarations de hauts responsables iraniens évoquent l’existence d’une fatwa. Ainsi, le 12 avril 2012, le ministre des Affaires étrangères Ali Akbar Salehi écrit dans le Washington Post : "Le Guide suprême a émis un décret religieux - une fatwa - interdisant la production, l’accumulation et la production d’armes nucléaires." Larijani, à la tête de la Justice, a eu des propos similaires : "La fatwa émise par le Guide suprême est la meilleure garantie que l’Iran ne cherchera jamais à produire des armes nucléaires", une "information" reprise à son compte par l’agence de presse iranienne Mehr.
Toutefois, un rapport publié le 8 avril 2012 par l’agence de presse officielle iranienne IRNA, sur la position du Guide suprême quant à l’éventuelle interdiction de recourir aux armes nucléaires, ne fait aucune mention d’une telle fatwa.
Fatwa absente des sites officiels du Guide suprême
Il s’avère en outre qu’aucun des sites officiels du Guide suprême iranien Ali Khamenei ne fait mention d’une telle fatwa.
Les sites de Khamenei mettent en ligne les fatwas émises en réponse aux questions qui lui sont posées. Ces réponses, aussi concises soient-elles, bénéficient de l’aval du Guide et ont le statut de fatwas. Une fatwa est toujours une réponse à une question.
Le 15 mars 2012, une question est posée en ligne, via Facebook, par un groupe se faisant appeler "La lumière de la liberté", au sujet de la possession et de l’usage d’armes nucléaires ; la fatwa qui aurait été émise par le Guide est alors évoquée :
"Question : Votre excellence a annoncé une interdiction d’utiliser les armes nucléaires (…) Est-il également interdit d’obtenir des armes nucléaires, conformément à votre décret sur l’interdiction de les utiliser ?
Réponse : Votre lettre ne contient aucun élément relatif à la jurisprudence. Lorsqu’elle se posera en termes de jurisprudence, il sera possible d’y répondre."
Aucune réponse n’est donnée
Notons que cette question et cette réponse posées via Facebook n’ont pas été reprises sur le site officiel de Khamenei. Il est toutefois remarquable que la réponse, qui esquive la question, ne confirme, ni même ne mentionne, l’existence d’une quelconque fatwa.

Rapport sur une fatwa affirmant que "la charia n’interdit pas l’usage de l’arme nucléaire"
Le 16 février 2006, le site réformiste Rooz rapporte en revanche que "pour la première fois, des prédicateurs extrémistes de Qom ont émis une ‘nouvelle fatwa’" selon laquelle "la charia n’interdit pas le recours à l’arme nucléaire".

Mensonge des hauts responsables iraniens ? Le principe de taqiyya
Ces tentatives de responsables iraniens pour tromper l’Occident au moyen d’une prétendue fatwa du Guide suprême Ali Khamenei suscitent des interrogations quant à leur honnêteté face à leurs interlocuteurs sur la scène internationale.
A ce sujet, il convient de noter que l’un des principes de l’islam chiite est la taqiyya - l’ "obligation de prudence" - notamment dans un objectif d’autodéfense, comme le rappelle le site de l’Institut de recherche Vali-e Asr, référence en matière d’islam chiite. La publication d’un rapport mensonger faisant allusion à une fatwa n’existant pas, et la reprise de ce mensonge par des responsables iraniens, répondraient au principe de taqqiya, qui s’applique en particulier face aux non-musulmans.

A. Savyon et Y. Carmon | MEMRI Middle East Media Research Institute

http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=31213

Article mis à jour le 16-05-2012

Qui est le vrai BOSS de l UMP ?




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