Monde
L'étrange "visite privée" de Michel Rocard à Téhéran
Drôle de visite que celle de Michel Rocard à Téhéran. L'ancien premier ministre socialiste français, âgé de 81 ans, devait achever lundi 14 mai un séjour dans la capitale iranienne, où il était arrivé vendredi. Il y a été accueilli avec les égards réservés à un émissaire étranger officiel de haut rang, alors qu'à Paris, l'équipe du président élu François Hollande, pas encore entré en fonction, s'empressait de lui dénier toute mission. Michel Rocard n'est pas totalement dénué d'attributs officiels puisqu'il est depuis 2009 ambassadeur itinérant de la France chargé des négociations sur les pôles Arctique et Antarctique. Mais au Quai d'Orsay, où Alain Juppé gère encore les affaires courantes, on est formel : le déplacement s'est fait "entièrement à titre privé", en aucune manière en qualité d'ambassadeur. Parallèlement, la prise de distance des conseillers de M. Hollande à l'égard du voyageur trublion n'a pas empêché, lundi, le chef de l'UMP, Jean-François Copé, de sommer le futur chef de l'Etat de s'"expliquer".
L'étrange "visite privée" de Michel Rocard à Téhéran
EFFET DE DIVISION ENTRE LES OCCIDENTAUX
C'est surtout vis-à -vis des partenaires de la France, engagés comme elle dans une difficile séquence diplomatique touchant au dossier nucléaire iranien, que des éclaircissements ont dû être fournis. A quelques jours d'une réunion à Vienne entre l'Iran et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), et surtout à une semaine d'un rendez-vous majeur à Bagdad, le 23 mai, entre les représentants des grandes puissances et de l'Iran, pour tenter de lancer un processus échelonné de négociations sur le contentieux nucléaire, le voyage de M. Rocard ne pouvait que semer un trouble.
Le pouvoir iranien misait assurément sur ce potentiel effet de division entre les Occidentaux, même virtuel. L'ancien responsable socialiste a ainsi pu rencontrer le ministre des affaires étrangères, Ali-Akbar Salehi, un vice-ministre, le président de la commission des affaires étrangères du Parlement, et surtout Saïd Jalili, le négociateur en chef du dossier nucléaire, devenu récemment représentant personnel du Guide suprême, Ali Khamenei. Il devait aussi donner une conférence à l'université de Téhéran.
Le projet de voyage de Michel Rocard - connu pour ses vues en faveur d'un désarmement nucléaire général, un thème qui, sans être identique, trouve des échos dans le langage du pouvoir iranien - était connu bien à l'avance. Plusieurs responsables du Quai d'Orsay, y compris Alain Juppé, avaient instamment tenté de décourager l'intéressé, comme l'avait fait l'entourage de M. Hollande.
"UNE NOUVELLE ÈRE"
Vendredi 11 mai, alors que deux émissaires de l'administration Obama, Philip Gordon et Anthony Blinken, étaient à Paris pour évoquer les lourds dossiers de sécurité internationale, leurs interlocuteurs français leur ont fait part de toutes les réserves entretenues à l'égard du déplacement de M. Rocard. Il a fallu faire passer le même message à l'équipe de Catherine Ashton à Bruxelles, qui sera présente aux pourparlers de Bagdad le 23 mai.
"Les propos [de M. Rocard] et ses rencontres n'engagent que lui, en aucun cas le président élu", a insisté auprès des médias le socialiste Pierre Moscovici, décrivant un calendrier fort inopportun.
La France entend préserver à Bagdad sa ligne de fermeté sur le dossier nucléaire, mais, dès le lendemain de l'élection de M. Hollande, Téhéran avait émis l'espoir que s'ouvre "une nouvelle ère" dans les relations entre Paris, très tendues durant le mandat de Nicolas Sarkozy. Un embargo européen sur le pétrole iranien, voulu en particulier par la France, doit entrer en vigueur le 1er juillet.
Samedi, à l'issue de sa rencontre avec M. Rocard, M. Salehi a "salué la victoire de François Hollande". Presque au même moment était diffusé un communiqué de l'équipe Hollande rappelant que l'Iran demeurait tenu de respecter toutes ses obligations internationales pour empêcher un programme nucléaire à finalité militaire. Le lendemain, M. Jalili a profité de la présence du responsable socialiste pour mettre en garde l'Occident contre "les mauvais calculs" et "les remarques non-constructives".
Le déplacement de M. Rocard, campé à Paris en "solo absolu" et embarrassant, a cependant suscité, très discrètement, l'intérêt de ceux qui, notamment à gauche, pensent que la France devrait quelque peu assouplir son langage sur l'Iran, jugé par certains trop proche de celui tenu par les responsables israéliens.
Christophe Ayad, Natalie Nougayrède et Thomas Wieder
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2012/05/14/l-etrange-visite-privee-de-michel-rocard-a-teheran_1700789_3218.html
Article mis à jour le 14-05-2012
-
Les plus commentés
- (15) -Ces Musulmans qui aiment Israël et qui le disent !
- (13) -Henri Guaino sur Radio J : ''Gaza est bien une prison à ciel ouvert''
- (11) -Rencontre avec Ferhat Mehenni, le président kabyle, à Jérusalem, Pierre Itshak Lurçat
- (11) -COMMUNIQUE DE L’UPJF :Acceptation de la Palestine comme membre de l’UNESCO
- (9) -Le roi "Bibi" et son énigme, par Alain Frachon
- (8) -EDITORIAL DU 18 novembre 2012 La diplomatie française au secours du Hamas
- (8) -ÉDITORIAL DU 9.7.12 : PLANTU DÉRAPE, ENCORE UNE FOIS…
- (6) -Un œil suspicieux sur la planète France Télévisions, par G. W. Goldnadel
- (6) -Questions sur la barbarie antisémite à Toulouse – Guy Millière
- (6) -Ces moralistes qui ont couvé un monstre Par Ivan Rioufol
-
MÊME RUBRIQUE
- Armes iraniennes au Hezbollah : enjeux et risques, par Dore Gold
- Damas/Téhéran : Israël donne un avertissement très clair
- Belges, jeunes et engagés dans la voie du djihad en Syrie, par Mathilde Carton
- Israël met en garde contre la vente d'armes russes à la Syrie
- Etre juif en terre persane, par Pascale Bourgaux
- L'aviation israélienne a frappé les environs de Damas, par Adrien Jaulmes
- Le dernier bal des 20 Ex, par Jean-Pierre Bensimon
- Un Dirigeant de l’Armée Syrienne Libre : Le Mossad a « beaucoup, beaucoup » de personnel opérant en Syrie.
- REVUE DE PRESSE - La Jordanie ouvre son ciel aux drones israéliens
- Relativisme moral et jihad, par Caroline Glick
Qui est le vrai BOSS de l UMP ?
-
France
Ils prennent les Français pour des imbéciles Par Ivan Rioufol
Quoi de neuf ? Après une semaine d’absence et mûre réflexion, je confirme : le camp du Bien prend les Français pour des imbéciles (je laisse au délicat Syndicat de la magistrature le soin de préciser, si besoin). Il est consternant d’observer les politiques et les médias de gauche, quand ils s’efforcent de rendre incompréhensibles les événements les plus lisibles à l’œil nu.
- Ils prennent les Français pour des imbéciles Par Ivan Rioufol
- Après Jérôme Cahuzac et Gilles Bernheim, Charles Enderlin ? par Luc Rosenzweig
- Le « mur des cons », un indice capital, par Shmuel Trigano
- Rassemblement de soutien à Clément Weil Raynal le mardi 14 mai devant le siège de France Télévisions
-
Moyen-Orient
Armes iraniennes au Hezbollah : enjeux et risques, par Dore Gold
Un haut responsable israélien a expliqué à Mark Landler du New York Times que son gouvernement était déterminé à empêcher le transfert d’armes sophistiquées au Hezbollah. Par ce geste exceptionnel, et tout en gardant l’anonymat, le responsable israélien a affirmé que toute riposte de la part du président syrien Bachar el-Assad contre Israël, quelle soit directe ou par le biais d’une autre force, risquerait de faire perdre le pouvoir à Assad. La politique israélienne visant à empêcher l’approvisionnement d’armes modernes au Hezbollah n’est pas nouvelle et à maintes...
-
Afrique
Le djihadiste français Gilles Le Guen arrêté au Mali
Le djihadiste français Gilles Le Guen, qui s'était dit prêt à combattre contre les forces françaises lors de l'opération "Serval", a été arrêté à Tombouctou (nord du Mali) dans la nuit de dimanche à lundi par les forces françaises. Il a été remis aux autorités maliennes, son retour en France ne relevant pas de l'armée française. Originaire de Bretagne et converti à l'islam, Gilles Le Guen se fait appeler "Abdel Jelil". Agé d'une cinquantaine d'années, marié et père de cinq enfants, il avait décrit son parcours à L'Express en janvier dernier : après quinze ans dans la...
-
Politique
La société française prise au piège du négationnisme post marxiste, par Gilles-William Goldnadel
Dans son éditorial du 18 mai consacré à la validation par les Sages de la rue Montpensier du mariage homosexuel, Yves Thréard citait l'archevêque de Lyon : « C'est une violence faite à la nation que de changer le sens des mots « papa » et « maman », selon la conception que notre civilisation a des parents ». Et l'éditorialiste du Figaro d'observer : « Existe en effet aujourd'hui, sous l'influence du politiquement correct de gauche, une tentation de renouer avec un vieux rêve socialiste : installer un ordre nouveau. Niant l'Histoire et les identités. » Mais la négation de l'id...
-
Sport
Le renouveau du football israélien international, par André Darmon
Non, en vous parlant de renaissance je ne vous parle pas de politique, d’éventuels accords de paix avec les Arabes, du retour du Goush Katif dans le giron hébreu ou encore de la reconnaissance par le Hamas ou le Hezbollah de l’Etat hébreu et de son caractère juif. Non j’aimerai vous entretenir simplement du renouveau du football israélien international, lequel en deux matchs, le premier contre le Portugal à Tel-Aviv et le second contre l’Irlande du Nord a étourdi les fans mais abasourdi aussi les spécialistes. L’équipe d’Israël a exactement réalisé ce que les autres ré...
- Le renouveau du football israélien international, par André Darmon
- Lee Korzits, l’Israélienne 4 fois championne du monde de planche à voile
- L’Émir du Qatar autorise le FC Barcelone à se rendre en Israël…avec une condition !
- Tal Brody, l’un des meilleurs joueurs de basket-ball d’Israël, promeut l’image de l’Etat hébreu à l’étranger avec l’agilité d’un champion.
-
Israël
Affaire Al-Dura : Israël parle enfin, par Gil Mihaely
Le gouvernement israélien vient de publier un rapport officiel commandé par le premier ministre Netanyahou pour mettre fin à la controverse autour du reportage de Charles Enderlin, que France 2 avait diffusé le 30 septembre 2000, montrant un enfant palestinien – Mohamed Al-Dura – touché par balles dans les bras de son père Jamal Al-Dura. Cette enquête conclut que l’absence de preuves permettant d’appuyer les propos du journaliste était manifeste avant même la diffusion du reportage.
- Affaire Al-Dura : Israël parle enfin, par Gil Mihaely
- Mise au point: le Mont du Temple a vraiment été repris par Israël
- Zehava, née lorsque sa famille quittait en secret à pied l’Ethiopie, aujourd’hui Lieutenant de Tsahal
- 5 faits que vous ignoriez sur les frontières israélo-libanaise et israélo-syrienne
-
Etats-Unis
Les arcanes de la position conciliatrice d’Obama face au nucléaire iranien Par Richard Darmon,
A l’occasion du Nouvel An perse célébré voilà quelques semaines, le président américain a élucidé les trois lignes forces de la stratégie de Washington censée empêcher les mollahs de Téhéran de détenir « l’arme suprême » : persuasion, menaces d’isolement et sanctions économiques aggravées. Mais apparemment, cela ne marche pas du tout avec les leaders iraniens actuels ! Pour la 5ième année consécutive, Barack Obama a tenu à présenter ses meilleurs vœux de réussite et de prospérité au peuple iranien à l’occasion du Nowruz, le Jour de l’An perse célébré c...
- Les arcanes de la position conciliatrice d’Obama face au nucléaire iranien Par Richard Darmon,
- Le rôle d’influence des Etats-Unis est-il en déclin ? par Dore Gold
- Barack Obama défend le droit d’Israël à se protéger d’un transfert d’armes
- Ce que l'on apprend à travers le meurtre commis à Boston par Daniel Pipes
-
Economie
Les programmes TV israéliens ont le vent en poupe. Témoin, le rachat début mai par le géant néerlandais E...
Les programmes TV israéliens ont le vent en poupe. Témoin, le rachat début mai par le géant néerlandais Endemol de 51% de la société israélienne Kuperman qui produit la version locale de "Big brother". Certes cette jeune société de production compte pour premier actionnaire Ynon Kreiz, l'ex-PDG d'Endemol, parti du groupe en juin 2011. Pour autant, la transaction qui débouchera sur la création d'Endemol Israel, première filiale du groupe au Moyen Orient, est révélatrice d'une tendance de fond.
- Israël, nouveau laboratoire pour les chaînes de télévision occidentales, par Nathalie Hamou
- Bloc-notes : les Français s'éloignent de l'Etat-mamma Par Ivan Rioufol
- Une dizaine de familles gère l’économie israélienne, en toute transparence, par Jacques Benillouche
- Les enjeux géopolitiques du gaz offshore, par David Wurmser
-
Culture
Jabotinsky, prophète de la « Révolution sociale » biblique en Israël ? Pierre Itshak Lurçat
S’il est un domaine dans lequel l’Etat d’Israël et le sionisme ont, pour l’instant, échoué, ce n’est pas comme l’affirment les tenants du faux messianisme de « La Paix Maintenant », celui des relations entre Israël et le monde arabe… Car l’instauration de relations pacifiques avec nos voisins ne dépend pas des sacrifices faits par Israël sur l’autel du « processus de paix ». Non, le domaine où le sionisme a véritablement échoué est tout autre : il peut se résumer dans cette information terrible qui a été publiée cette semaine : 860 000 enfants israéliens vi...
- Jabotinsky, prophète de la « Révolution sociale » biblique en Israël ? Pierre Itshak Lurçat
- En librairie: Rachel Blaustein, dite RACHEL - De loin suivi de Nébo
- Pierre Birnbaum, fils reconnaissant de la République, par Pierre Assouline
- « Remplir le vide », quand une femme juive orthodoxe fait du cinéma