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Sarkozy, chronique d'une défaite annoncée, par Charles Jaigu

Il y a cinq mois, Nicolas Sarkozy avait confié qu'il avait «une petite chance» de l'emporter. Il a su remonter les marches peu à peu en menant une campagne tonitruante. Mais cela n'a pas suffi pour inciter les Français à lui accorder à nouveau leur confiance. Nicolas Sarkozy le pense depuis toujours: l'Histoire n'est jamais écrite à l'avance. Il considère que sa vie en est l'illustration. Celle du «petit Français de sang mêlé devenu président». Il estime que son quinquennat, par-delà les quolibets, par-delà les erreurs commises, démontre que la volonté active d'un chef d'État peut déplacer les lignes, de la Géorgie à la Libye, en passant par le sauvetage des banques ou de l'euro. Il estime que les chantiers ouverts, souvent inachevés, montrent que la volonté peut encore beaucoup. Qu'il y ait dans cette idée une part d'autopersuasion, un mythe personnel, chacun en débattra, mais c'est en tout cas le moteur de cet infatigable «come back kid».

Sarkozy, chronique d'une défaite annoncée, par Charles Jaigu

Sarkozy, chronique d'une défaite annoncée, par Charles Jaigu

Quand le moment d'une entrée en campagne s'est profilé à l'horizon, cet optimiste de la volonté a considéré que le combat des idées pouvait contrarier la fatalité d'une défaite annoncée. Il y a cru, sans pour autant sous-estimer la difficulté de l'entreprise. Le 23 décembre dernier, il confiait à Gerhard Schröder, de passage à Paris: «Sur le papier, j'ai perdu cette élection. Mais nous traversons une crise exceptionnelle. Il peut y avoir un réflexe d'aller vers celui qui rassure le plus. Avec Hollande, qui n'a jamais exercé le pouvoir, cela me donne une petite chance.» Une «petite chance»: c'est à cela que s'est accroché Nicolas Sarkozy jusqu'à la dernière minute, la dernière seconde de cette présidentielle. Mais cette fois-ci, la course à contre-flot du capitaine dans la tempête n'a pas été assez loin, assez vite pour déjouer le pronostic de la sphère «médiatico-politique» dénoncée par l'UMP. Cette fois-ci, la force des choses, cette force qui rejette un à un les responsables politiques européens en place depuis le début de la crise l'a emporté sur la détermination d'un homme. Cette fois-ci, Nicolas Sarkozy a rejoint Valéry Giscard d'Estaing dans le club des présidents battus.

Réconcilier «les deux France»

Cette bataille, il l'a menée dans une grande solitude, et dans un grand secret. «C'est moi qui ai tout en tête, personne n'y comprend rien et c'est tant mieux…», avait confié Sarkozy début janvier à un ministre qui l'interrogeait sur l'organisation de la campagne. «Parfois, moi non plus j'y comprends rien!», avait-t-il ajouté dans un éclat de rire. «Que ceux d'entre vous qui veulent me donner des conseils se souviennent que j'ai déjà gagné une campagne présidentielle. Je sais prendre les risques au bon moment», avait-t-il aussi prévenu, à la mi-janvier. Et il est vrai qu'il mènera sa campagne avec une poignée de fidèles. Henri Guaino, bien sûr, et les deux conseillers extérieurs, Patrick Buisson et Pierre Giacometti ; ainsi que son ancienne directrice de cabinet, Emmanuelle Mignon, revenue spécialement pour mettre en batterie les propositions du candidat.

Mais pour y parvenir, il s'est vite aperçu qu'il lui faudrait «renverser la table» et ne pas se contenter d'être «un président qui rassure». Il s'en est rendu compte au lendemain du 22 janvier, après le discours du Bourget de François Hollande. Jusque-là, le candidat socialiste avait mérité les sobriquets dédaigneux de ses amis du PS «Il n'a aucune épine dorsale, il manque de caractère», disait encore Martine Aubry en juin 2011. Convaincu de cette faiblesse, Nicolas Sarkozy a dû prendre acte que la «fraise des bois» s'était transformée… en cactus. Il ne suffisait pas de rassurer. Il fallait surprendre. Le président a donc acté la stratégie de «retour au peuple» contre les élites que défendait depuis plusieurs mois l'un de ses conseillers officieux, Patrick Buisson. Une stratégie qu'il mijotait depuis longtemps. Dès le mois de décembre, il avait annoncé une «campagne à droite» lors d'une réunion avec quelques députés. «Vous allez être surpris», leur avait-il dit. Une campagne qui va osciller entre deux axes: la ligne économique et sociale, celle du «capitaine dans la tempête», et la ligne de l'antisystème, celle du «Gavroche sur les barricades». Deux lignes pour conjuguer «les deux France», pour concilier deux électorats, celui du oui à la mondialisation et celui du non.

Face aux Français, Nicolas Sarkozy se présente aux Français comme un homme qui «a appris». Les cheveux striés de fils gris, le président a le visage sculpté, buriné, et grave sur l'affiche «La France forte». Tout le contraire de François Hollande et sa «figure de lune», selon l'expression d'un élu centriste.

La règle de l'égalité des temps de parole

La solidité de François Hollande dans les sondages a contraint le président sortant à l'accélération. Il est devenu clair que l'idée d'une entrée en campagne très tardive n'avait plus de sens. Surtout, les experts du président se rendent compte que la campagne blitzkrieg sera vite étouffée par la règle de l'égalité des temps de parole. Ils ne savent pas encore à quel point… Dans l'immédiat, Nicolas Sarkozy en est persuadé, il faut qu'il descende de son «piédestal». Que les Français oublient le président - car dans leur mémoire sont inscrits les mauvais souvenirs du début de ce quinquennat, du Fouquet's, de l'Epad… Il faut qu'ils refassent connaissance avec «l'homme». «C'est un peu l'histoire du grand séducteur qui veut reconquérir sa femme. Entre-temps, elle s'est recasée avec un type normal. Comment va-t-il faire pour la convaincre de revenir vers lui alors que sa nouvelle vie, un peu ennuyeuse mais stable, la rassure?», théorise un conseiller du président-candidat. «Dans l'électorat populaire, il y a du dépit amoureux, l'envie d'être séduit réactive la peur d'être trompé», confirme Patrick Buisson auFigaro au mois de mars. II a défendu pour cette raison le recours au référendum. Mais au-delà du projet, il faut que les Français le voient dans son humanité. Prêt à tout perdre et à disparaître. Ainsi confie-t-il aux journalistes, depuis la Guyane, il arrêtera la politique s'il est battu.

Très vite, c'est le thème du peuple contre les corps intermédiaires qui s'est imposé. Puis le thème des frontières pour faire face à la mondialisation. Mais cela peut-il être suffisant? Certes, très laborieusement, Nicolas Sarkozy grappille des points. Le 11 mars, il réussit un impressionnant meeting de Villepinte d'où il lance l'idée d'une refondation de l'Europe. Il fait un tabac en audimat sur France 2 puis TF1 - en cumulé, sur une semaine, plus de 16 millions de Français le regarderont. Mais selon certains conseillers, il n'y a jamais eu de vraie dynamique. «Pendant tout l'automne, il a sous-estimé les primaires du PS. Il ne voulait penser qu'à la crise. Le G20 devait impressionner tout le monde. Il était convaincu que sa stature présidentielle serait suffisante», reproche déjà l'un d'entre eux. Et puis il y a cette habitude de parler urbi et orbi de sa stratégie. «Il a sous-estimé son adversaire! Il a fait comme si Hollande n'était que le supplétif de DSK, un candidat par défaut», regrette-t-il encore. Mais surtout, ils sont quelques-uns à penser que leur «patron» était déjà trop abîmé en entrant dans ce combat. «Une campagne ne modifie pas l'image, elle ne crée rien de fondamentalement neuf, elle éclaire ce qui est déjà là. C'est à partir de 2004 que Sarkozy a gagné la présidentielle de 2007. C'est dès 2008 qu'il a commencé à perdre celle de 2012», tranche, désabusé, un autre conseiller.

Mais cette vérité-là ne s'écrit qu'à la fin. Quand il est prouvé dans les urnes que le pari fou du président sortant ne pouvait pas être gagné. Une chose est sûre: le candidat-président a dû multiplier les prises de risques pour reconquérir le terrain perdu. Cela ne va pas sans déchets, parfois venus de ses amis. Au moment où il doit prononcer un discours républicain sur l'immigration depuis Bordeaux, il est rattrapé par la petite phrase de Claude Guéant laissant entendre que le vote des étrangers aux élections locales pourrait favoriser l'inscription de la viande halal dans les cantines. On ne saura jamais si cette provocation était intentionnelle.

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http://elections.lefigaro.fr/presidentielle-2012/2012/05/06/01039-20120506ARTFIG00227-presidentielle-sarkozy-chronique-d-une-defaite-annoncee.php

Article mis à jour le 07-05-2012

Qui est le vrai BOSS de l UMP ?




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