Yair Stern, le poète combattant du Lehi, par Pierre Itshak Lurçat
Article mis à jour le 25-02-2012
A l’occasion du 70e anniversaire de la mort d’Avraham (Yair) Stern, assassiné par la police britannique à Tel-Aviv le 12 février 1942, la 1e chaîne de télévision israélienne a diffusé hier soir un documentaire exceptionnel sur la figure légendaire du combattant de l’ombre, fondateur et dirigeant du Lehi, réalisé par son fils. Ce dernier, qui porte le prénom de guerre de Yair, a voulu à travers ce film suivre les traces de ce père qu’il n’a pas connu. Ancien directeur général de la télévision israélienne, Stern est en effet né en 1942, quelques mois seulement après la disparition tragique du chef du Lehi. Cet élément confère à son film une dimension supplémentaire : plus qu’un documentaire historique, il s’agit d’un film initiatique relatant la recherche par un fils des traces de son père, illustre combattant qu’il n’a connu qu’à travers les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé, et au premier plan, de sa mère, Roni.
Le film nous emmène de Pologne en Eretz-Israël, puis en Italie,
jusqu’au dénouement tragique, dans une petite rue du quartier de Florentine à
Tel-Aviv. Né en Pologne en 1907, le jeune Avraham Stern monte en Israël à l’âge
de 17 ans et étudie, d’abord au lycée Gymnasia Ivrit de Jérusalem, puis à l’université
hébraïque (qui est à l’époque une institution encore modeste). Très vite, il se
révèle un étudiant doué, passionné de littérature, de poésie et de lettres
classiques.
Engagé en 1929 dans la Haganah, il rejoint bientôt les
rangs de l’Irgoun, organisation clandestine proche du mouvement sioniste
révisionniste de Jabotinsky. A cette période déjà, il écrit des poèmes marqués
par sa vision très particulière du combat national juif, et notamment son
fameux Hayalim Almonim (« Soldats anonymes »), qui deviendra
après sa mort l’hymne du Lehi.
En 1934 il part à Florence, faire un doctorat sur « Eros
dans la poésie grecque ». Le film montre bien comment Yair est partagé
entre sa passion des lettres classiques et son engagement politique. Dans une
scène particulièrement émouvante, son fils retrouve les appréciations
élogieuses des professeurs de Stern dans les archives de l’université
catholique de Florence (de nombreux étudiants d’Eretz Israël partaient à l’époque
étudier en Italie, comme le relate l’ancien ambassadeur Jacob Tsur dans son
beau livre, Prière du matin).
Avraham Stern est extrêmement doué mais, lorsque sa compagne
lui fait part de l’offre alléchante de l’université hébraïque, qui lui propose
de devenir professeur à Jérusalem, il refuse sans hésiter, déclarant qu’il
préfère « mourir comme soldat anonyme que devenir un professeur fameux
pendant cinquante ans… » Prémonition ou prophétie ?
Dès cette époque, les poèmes de « Yair » sont
marqués par une vision saisissante de la catastrophe qui approche, mais aussi
de son destin personnel. « Aujourd’hui j’écris avec le stylo, demain avec
l’épée. Aujourd’hui avec l’encre, demain avec mon sang… » Comme Jabotinsky
et d’autres, il pressent la Shoah. A la demande de David Raziel, commandant de
l’Irgoun, il se rend à Varsovie pour acheter des armes.
Un aspect émouvant du film est la relation passionnée de
Yair avec Roni, qui deviendra sa femme, après de nombreuses années d’hésitation :
le combattant de l’ombre refuse en effet de lui faire partager son sort. Comme il
l’écrit dans un de ses plus fameux poèmes, il a épousé la cause sioniste, ce
qui laisse peu de place à la vie de famille… « Tu m’es consacrée, ô ma
patrie ! ». Le Lehi, issu d’une scission au sein de l’Irgoun,
représente la ligne maximaliste de ceux qui ne renonceront jamais au combat
contre l’occupant anglais, même en pleine Guerre mondiale.
Lorsque Yair est assassiné en 1942
par la police britannique, le mouvement qu’il a fondé est orphelin, ses
militants pourchassés et dénoncés, y compris par les membres des organisations
rivales. Mais deux ans plus tard le Lehi est reconstitué, sous la direction d’un
triumvirat (Yelin-Mor, Eldad et Shamir, futur Premier ministre d’Israël). Et le
combat reprend contre l’occupant anglais, sans répit et sans pitié… Le reste
appartient à l’histoire d’Israël.
© UPJF 2012
NB Je donnerai une conférence sur « Jabotinsky
et le sionisme » et dédicacerai L’Histoire de ma vie de Jabotinsky,
jeudi 23 février à 20H, synagogue Avot Oubanim, 14 RUE STHRAU.
75013 PARIS. METRO OLYMPIADES.
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- FRANCESOIREE AVEC ERIC RAOULT









