Aide militaire et civile
Les États-Unis ont déversé près de 70 milliards de dollars sur l’Égypte depuis que ce pays a fait la paix avec Israël en 1979. L’aide civile devait servir à améliorer le système scolaire et l’infrastructure, à développer l’économie et à promouvoir la démocratie. L’aide militaire avait pour but d’assurer la stabilité du pays et de permettre à l’Égypte de maintenir son rôle de leader du monde arabe face à l’Iran et à la menace du terrorisme. Des centaines d’avions F-16, de chars Abrams et d’autres armements sophistiqués sont venus remplacer l’équipement vieillot qui datait de l’ère soviétique. Des exercices conjoints se tenaient régulièrement tandis qu’année après année de jeunes officiers partaient suivre des formations aux États-Unis et s’initier aux valeurs de la démocratie.
Pendant le long «règne» de Moubarak, l’armée a été souvent qualifiée de «partenaire silencieux» du régime. Les généraux ne cherchaient pas à s’immiscer dans la conduite du pays, mais s’emparaient en douceur de secteurs économiques de plus en plus étendus : d’abord les industries militaires, puis des industries tout court, des sociétés commerciales et jusqu’à des institutions culturelles (un général a été nommé à la tête de l’opéra), arrivant ainsi à détenir un tiers de l’économie égyptienne. Ce partenariat n’était pas à sens unique. Lors de la grande crise du pain en 2008, l’armée a fait tourner ses fournils pour pallier la pénurie, en mettant sur le marché quantité de pains à prix subventionnés. Prudents, les généraux ne laissaient pas les islamistes infiltrer les troupes et bloquaient l’avancement des religieux trop zélés. Ils n’avaient en effet pas oublié que c’est un extrémiste du mouvement Jihad qui a assassiné le président Sadate lors d’un défilé militaire. Moubarak, qui avait réchappé à cet attentat, était d’ailleurs convaincu qu’en laissant ses généraux s’enrichir il s’assurait leur fidélité et leur dévouement. 
Go now !
Pourtant il a suffi d’une seule semaine de manifestations violentes au Caire en janvier 2011 pour que l’Amérique abandonne son vieil allié auquel le président Obama a lancé d’un ton méprisant «go ! go now !», en précipitant sa chute. Obama s’imaginait sans doute que, libéré des chaines de la dictature, le peuple égyptien prendrait le chemin de la démocratie et renforcerait ses liens avec les États-Unis. C’était une lourde erreur. On a assisté à une explosion de haine contre ce pays tandis que les partis islamistes les plus extrémistes raflaient 75 % des sièges dans le nouveau parlement issu des élections les plus libres que l’Égypte ait connues. Les Frères Musulmans, récoltant les fruits de leur long travail au sein des populations les plus démunies s’ajoutant à une éducation islamique qui prend les enfants dès leur plus jeune âge pour les encadrer jusqu’à ce qu’ils quittent l’école, ont terrassé la démocratie par knock-out.  |
| Frères musulmans égyptiens |
Aujourd’hui l’Amérique assiste, impuissante, au spectacle d’une junte militaire plus brutale encore que Moubarak et qui réprime sauvagement les manifestations, faisant des dizaines de morts, des milliers de blessés et enfermant les protestataires par centaines dans ses prisons. Une junte qui s’est permis d’accuser l’université américaine, située non loin de la place Tahrir, de fomenter des troubles et même d’avancer que c’est de cet établissement que sont partis des coups de feu sur les forces de l’ordre, les obligeant à riposter et faisant des victimes dans la foule. Faire porter la responsabilité de ses actes sur un autre est une technique bien connue en Égypte et les américains font un excellent bouc émissaire.
ONG non grata
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| Devant le siège de l'ONG National Democratic Institute |
En décembre dernier les autorités égyptiennes ont effectué une descente simultanée dans les bureaux de 17 ONG, dont plusieurs américaines. Des documents ont été saisis et les bureaux fermés. Une mesure qui a été interprétée comme un acte de provocation délibéré vis-à-vis des États-Unis. Difficile en effet d’imaginer qu’un gouvernement, nommé et contrôlé par la junte, se serait permis d’agir sans avoir obtenu le feu vert. Les égyptiens ont beau dire qu’il s’agit d’une question purement juridique et que les ONG ne disposaient pas des autorisations nécessaires, ajoutant que lorsqu’elles auraient obtenu ces autorisations elles pourraient rouvrir leurs portes, ce n’est guère convaincant. Au lieu de faire un raid sans préavis, pourquoi ne pas avoir d’abord averti les États-Unis que, si les organisations ne régularisaient pas leur situation dans un délai donné, elles seraient passibles de sanctions ? Aujourd’hui 43 employés de ces ONG, dont 19 citoyens américains, sont retenus en Égypte. Plusieurs américains se sont réfugiés dans leur ambassade.
http://benillouche.blogspot.com/2012/02/egypte-le-douloureux-reveil-americain.html