Yair Lapid, un populiste israélien, par Pierre Itshak Lurçat

Venant d’achever la lecture du livre revigorant de Pierre-André Taguieff, Le nouveau national-populisme *, j’ai trouvé une illustration de son propos dans le journal télévisé de la deuxième chaîne israélienne, jeudi dernier, sur deux sujets en apparence très différents. Le premier était une interview de Marine Le Pen [voir ici], qui s’est évertuée à montrer que les Israéliens et les Juifs avaient une « fausse idée » d’elle, en rappelant notamment que son père avait combattu « aux côtés d’Israël » (lors de la campagne de Suez en 1956). Son opération de séduction n’a apparemment pas convaincu l’auteur du reportage, qui a conclu en disant qu’elle ressemblait beaucoup plus à son père qu’elle ne voulait bien l’admettre.

Le populisme est défini par Pierre-André Taguieff comme « la forme prise par la démagogie dans les sociétés contemporaines dont la culture politique est fondée sur les valeurs et les normes démocratiques ».

Cette définition s’applique, tout autant qu’à la candidate du Front national en France, au nouveau candidat israélien Yair Lapid, qui exposait son programme le même jour et dont la télévision israélienne donnait un résumé. Lapid reprend à son compte la vieille antienne anti-Harédim de son père, Yossef-Tommy Lapid, avec moins de talent. « Où va notre argent ? » demande Lapid, et la réponse fuse : « Il sert à payer les maisons des amis d’Ariel Attias ! » [dirigeant du parti orthodoxe sépharade Shas].

Yair Lapid présente l’originalité de vouloir entrer à la Knesset sans dire un mot des problèmes cruciaux que sont la menace iranienne ou le conflit israélo-arabe ; tout son programme se résume en effet au slogan démagogique « Ce pays nous appartient » et à la haine des Juifs orthodoxes, dont il se sert pour attirer les voix des « exclus » des classes moyennes, illustrant ainsi à merveille la définition que donne Taguieff du néo-populisme.

Le populisme n’est ni de droite ni de gauche, explique Taguieff, et Lapid en donne la preuve : il ne se prononce sur aucun des sujets qui sont au cœur du clivage droite-gauche, voulant attirer vers lui les électeurs de ce « centre » indéfinissable, tout en jouant sur la haine anti-Harédim et sur les problèmes sociaux que rencontre Israël.

Les réactions très négatives suscitées par le discours-programme de Lapid, de tous les côtés de l’échiquier politique, montrent que la classe politique israélienne se méfie de ce genre de discours populiste. Reste à savoir s’il séduira une fraction de l’électorat…

 

 * Pierre-André Taguieff, Le nouveau national-populisme, CNRS Editions 2012.

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