Aux sources de la marine israélienne : Adia Gourevitch, historien sioniste et idéologue cananéen, par Pierre I. Lurçat

Le nom d’Adia Gourevitch (A.D. Horon) est largement oublié en Israël aujourd’hui. Il fut pourtant, aux côtés du poète Yonatan Ratosh, le fondateur du mouvement cananéen, dont l’influence intellectuelle considérable s’exerça depuis les années 1940 et jusqu’à nos jours. Dans le beau livre qu’il a consacré à son père, Eri Jabotinsky dresse le portrait de Gourevitch, dont il fut l’ami pendant plusieurs décennies. Tous deux faisaient partie du petit cercle d’étudiants et d’intellectuels juifs russes qui gravitaient autour du mouvement sioniste Betar à Paris, au début des années 1930. Gourevitch y fondera en 1938 une revue intitulée « Shem, revue d’action hébraïque », dont l’existence sera éphémère.

 

Il exprima la quintessence de l’idéologie cananéenne dans une série d’articles publiés par le journal sioniste Rassviet, que Jabotinsky résuma ensuite dans un article en yiddish intitulé « Israël et Carthage ». La thèse centrale était que les habitants de Carthage parlaient l’hébreu et que les Phéniciens faisaient partie de la grande nation hébraïque, au même titre que d’autres peuples du pourtour méditerranéen !

Plus encore que ces idées originales, inspirées des thèses de certains savants de l’époque, c’est la conclusion concrète que Gourevitch en tira qui était révolutionnaire : il fallait selon lui faire revivre la tradition maritime des Hébreux ! Et joignant les actes aux paroles, il créa l’association « Rodei-Gal » pour encourager la jeunesse juive à apprendre le métier de marin.


Parmi les activités de cette organisation figura la préparation d’un plan d’invasion d’Eretz-Israël par la mer. Eri Jabotinsky prit part à ces préparatifs qui se déroulèrent dans le sud de la France. Ce projet fantasmatique n’eut pas de suite concrète, mais l’activité de Rodei-Gal déboucha tout de même sur des résultats tangibles, puisque de nombreux jeunes Juifs membres du Betar reçurent une formation nautique.

Plus tard, une académie navale juive fut même créée en Italie, à Civitavecchia, en 1934, qui posa les premiers jalons de la future Marine israélienne. Ainsi, l’intellectuel juif russe aux idées iconoclastes fut l’inspirateur d’un élément important de la défense d’Israël (tout comme Jabotinsky, qui avait fondé la Légion juive et le Corps des muletiers de Sion pendant la Première Guerre mondiale). 

A lire aussi sur ce sujet, notre article « Amos Kenan et le paradoxe israélien ».

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