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Nétanyaou veut relier Orient et Occident, par Laly Derai

Article mis à jour le 09-02-2012
Nétanyaou veut relier Orient et Occident, par Laly Derai

Israël va-t-il concurrencer le canal de Suez ? Le gouvernement israélien a en effet entériné la semaine dernière un projet de ligne de chemin de fer rapide entre Tel-Aviv et Eilat via Ashdod. Cette ligne desservira non seulement les passagers désireux de parcourir la distance entre la grande métropole et la cité touristique en moins de deux heures, mais surtout elle pourrait s'offrir comme alternative au canal de Suez en acheminant des milliers de tonnes de marchandises en provenance d'Extrême-Orient et à destination de l'Europe ! Le Premier ministre, Binyamin Nétanyaou, est persuadé qu'il s'agit là au bas mot d'une « révolution », pour l'État d'Israël et ce même si plusieurs questions restent en suspens. Jugez plutôt !



L'annonce par le gouvernement israélien de la mise en place d'une ligne ferroviaire qui relierait Eilat et Ashdod - ou plus exactement la Mer Rouge et la Mer méditerranée - a semé un vent d'inquiétude en Égypte et en particulier au sein de la presse égyptienne qui s'interroge sur les motivations d'une telle annonce. Selon elle, les propriétaires du canal, à savoir l'Autorité du canal de Suez, par lequel passent, chaque mois, plus de 78 millions de tonnes de marchandises venues d'Orient et destinées à l'Europe, n'ont manifestement pas envie qu'Israël concurrence ce qui constitue une source de revenus substantielle pour l'économie nationale. En effet, chaque mois ce sont plus de 78 millions de tonnes de marchandises, et environ 10 % du nombre de cargos dans le monde qui transitent par le canal et l'on estime à plus de 5 milliards de dollars les revenus engrangés par le canal de Suez en 2011 !
Nétanyaou s'est pour sa part empressé d'affirmer qu'Israël n'avait en aucun cas l'intention de « faire de l'ombre » à sa voisine du Sud, mais plutôt d'utiliser sa propre situation stratégique, au carrefour entre Orient et Occident, pour devenir un point de passage alternatif : « Il s'agit ni plus ni moins qu'une révolution qui aura une influence sur l’État d'Israël dans les cinquante années à venir. Nous sommes un gouvernement de bulldozers et grâce à ce plan, nous aurons la capacité de créer un point de passage entre l'Europe et l'Asie et l'Afrique », a affirmé le chef du gouvernement.
8,5 milliards de dollars : c'est le coût estimé de ce projet grandiose - certains diront pharaonique - qui tient à cœur au Premier ministre. La ligne de chemin de fer longue de 350 km relierait donc, dans six ans environ, le port d'Eilat à Ashdod avant de rejoindre Tel-Aviv, la durée estimée du trajet entre la métropole et la ville méridionale étant de maximum deux heures.
Ce sont tout particulièrement la Chine et l'Inde qui s'intéressent à ce projet. Renforcer les liens économiques avec ces deux superpuissances émergentes - Nétanyaou devrait se rendre prochainement en Chine - fait partie des objectifs avoués du gouvernement qui souhaite élargir son réseau commercial international, coûte que coûte.
En effet, un projet d'une telle ampleur n'est pas forcément rentable d'un point de vue économique, mais il l'est sans le moindre doute sur le plan stratégique. Cela fait près de 50 ans que les gouvernements israéliens successifs évoquent le projet d'une ligne ferroviaire entre Eilat et le centre du pays, mais jusqu'à présent ce type d'initiative avait été tué dans l'œuf souvent pour des considérations purement économiques. Mais la situation semble différente aujourd'hui, car le chef du gouvernement pèse de tout son poids pour que son plan prenne forme. Soutenu par son ministre des Transports, Israël Katz, Nétanyaou a en effet décidé d'imposer aux autres ministères - et en tout premier lieu au Trésor - son point de vue sur la question. Sacrifier les bénéfices financiers immédiats pour un bénéfice stratégique à moyen et long terme serait donc la politique adoptée par le Premier ministre dans ce dossier.
Le premier bénéfice stratégique réside dans le fait même qu'Israël devienne un acteur de poids dans le monde du transport de marchandises. Même si cette ligne de fret ne parviendra jamais à concurrencer celle du canal de Suez, elle servira de plateforme à un rapprochement économique avec l'Orient et l'Extrême-Orient. « Nous souhaitons créer une base commune d'intérêts avec les grandes puissances émergentes et il est grand temps que nous utilisions notre situation géographique qui nous a si bien servi dans l'Antiquité. Nous voulons relier l'Asie et l'Europe, la Méditerranée et l'Asie par le biais de nouveaux projets d'infrastructures », a déclaré Nétanyaou
qui espère transmettre aux Chinois la franchise de la mise en place de la ligne, en particulier parce que la République populaire de Chine s'est taillé la part du lion dans tout ce qui a trait au réseau ferroviaire. Créer une similitude d'intérêts entre les deux pays est également l'une des motivations de Nétanyaou.
Pour éviter le marasme bureaucratique et les écueils interminables, le Premier ministre aurait déjà obtenu l'accord du conseiller juridique du gouvernement qui lui aurait permis de « sauter » l'étape de l'appel d'offres pour faire avancer ce projet d'intérêt majeur le plus vite possible.
Les Chinois de leur côté auraient déjà répondu positivement à la proposition israélienne. Leur avantage est double : ils s'assurent ainsi une alternative au Canal de Suez qui depuis l'année dernière traverse de sérieuses turbulences, et au passage, ils accentuent leur coopération technologique avec Israël, considéré comme l'un des acteurs majeurs en matière de high-tech.
Mais l'Inde s'intéresse également au projet et il en a été longuement question lors de la récente visite du ministre des Affaires étrangères indien à Jérusalem et surtout dans le cadre de sa rencontre avec M. Nétanyaou.
Pour se réserver la possibilité de faire le meilleur choix, le moment voulu, le texte adopté dimanche indiquait que la réalisation du chantier « serait soumise à un accord entre le gouvernement israélien et un gouvernement étranger ».
L'expérience ferroviaire israélienne n'est pas vraiment une « success story » et même la construction d'une petite ligne de tramway à Jérusalem a été semée d'écueils et d'échecs.Pour réaliser ce projet historique, Netanyaou devra convaincre beaucoup de monde quant à sa nécessité et son utilité mais surtout, il devra prouver que quand il le désire, l'Etat d'Israël sait être efficace et se mettre rapidement sur les rails... 


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