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Guéant, la gauche et Lévi-Strauss, par Vivien Hoch

Claude Guéant aurait donc affirmé que « les civilisations ne se valent pas ». Au-delà des polémiques passionnées qui reproduisent le sempiternel même schéma d’indignation, intéressons-nous au propos lui-même et posons franchement la question de la hiérarchie civilisationnelle. Car qui dit hiérarchie, dit des plus et des moins. A contrario, qui conteste cette hiérarchie, promeut un certain relativisme axiologique. Penchons-nous donc sur la nôtre, de civilisation. Nous créons des hôpitaux et des services de recherche qui parviennent à greffer des mains. D’autres les coupent. Nos femmes se battent rationnellement pour accéder en toute égalité à des emplois intéressants. D’autres les voilent et les cachent chez eux. Dialectique perverse et arbitraire, me direz-vous.

Guéant, la gauche et Lévi-Strauss, par Vivien Hoch

Guéant, la gauche et Lévi-Strauss, par Vivien Hoch

Inversement, le relativisme historique, nuance tout événement étranger gênant par l’argument « des moeurs étrangères » mais rapporte tout fait intérieur à une défaillance systémique de notre civilisation. Dialectique faussée du Même et de l’autre, bien connue depuis le sophiste de Platon, mais fort mal exploitée. C’est toujours notre civilisation qui prend pour les autres. Auto-flagellation permanente sur l’esclavagisme, le nazisme, l’extermination des indiens d’Amérique, le colonialisme, le capitalisme… Tous les -ismes nous sont accordés. Mais pas pour les autres : l’islamisme ne se réduit pas au -isme, nous explique-t-on, puisqu’il est si divers…

Ce relativisme civilisationnel n’est permis que dans une civilisation qui a conquis, dans la douleur, sa liberté et ses lumières. Cette grande vague d’auto-critique qui a abouti à la Révolution française puis aux multiples secousses intellectuelles et morales qui lui sont succédé, nous différencie radicalement de toute autre civilisation. Et nous accorde le droit, notamment avec l’instauration de la charte des Droits de l’homme, de jauger du degré d’humanité des autres civilisations. Non pas pour les fondre dans un même moule, mais pour partager avec elles cet élan universel vers un « mieux-vivre ».

Je rappelle que Claude Lévi-Strauss, au fait des question de civilisations, ne se pâmait pas dans un nivellement géographique et historique des valeurs. Contempteur de l’ethnocentrisme propre à toute civilisation dans sa conférence de 1952 à l’UNESCO, il prononce vingt ans plus tard une autre allocution, Race et histoire, affirmant ne se sentir « nullement coupable de placer une manière de vivre ou de penser au-dessus des autres. (…) Cela peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou communauté se conservent… ».

Peut-on suspecter Claude Lévi-Strauss de suprématisme ou dérive de « frontnationaliste »1? Non. Car il démontre que la civilisation européenne doit se comprendre comme une civilisation parmi d’autres, qui peut être défendue comme les autres. Sans la volonté de faire de son propre mode de vie un paadigme généralisable à l’ensemble de l’humanité, il ne sert plus à rien de promouvoir le dynamisme culturel, le désir de s’améliorer et de rendre les autres meilleurs. De surcroît, en refusant cette volonté de « mieux vivre », nous ne nous mettons plus en capacité d’accueillir les populations étrangères attirées par notre civilisation, ni de leur proposer un véritable projet de société.

D’aucuns regrettent que notre civilisation n’ai pas été défendue par nos gouvernants, notamment les commentateurs politiques soucieux de la question chrétienne. Lorsqu’on regarde ce qui a été fait sur le travail le dimanche, l’éthique personelle et collective, le sens du bien commun, voire l’inscription des racines chrétiennes dans la Constitution européenne, il est évident que le quinquennat qui s’est écoulé ne semble pas avoir défendu concrètement ce qu’il prône verbalement. C’est là toute l’ambiguïté avec laquelle jouent les extrêmes : « ils parlent, mais nous on agit ». À moins qu’un jour, les actes se joignent aux paroles…

  1. Une expression chérie par le Parti Socialiste.
http://www.causeur.fr/gueant-la-gauche-et-levi-strauss,15355

Article mis à jour le 07-02-2012

Qui est le vrai BOSS de l UMP ?




1 Commentaires pour "Guéant, la gauche et Lévi-Strauss, par Vivien Hoch"

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Lévy :

09/02/2012 07:55 #1

« SI TOUT SE VAUT, LE CANNIBALISME N’EST QU’UNE QUESTION DE GOUT CULINAIRE ».

Cette boutade est attribuée au philosophe politique Léo Strauss (1899-1973).
Or, s'il n’existe plus de foyers de cannibalisme dans le monde, c’est à l’évidence parce que les descendants des civilisations aztèques, tupinambas ou autres amérindiennes ont jugé et corrigé certaines pratiques de leur civilisation, pratiques qui « persistaient encore au début du XXe siècle en Afrique équatoriale ou dans les iles Fidji » (Wikipédia).
Pouvions-nous dire alors que ces civilisations en valaient d’autres ?
Notre civilisation est fondée sur « l’universalité des droits de l’homme ». Cette notion résume tout. Le reste n’est que commentaires.
Or, cette notion, inscrite dans le préambule de la charte de l’ONU, n'est pas observée par cette institution, puisqu’elle accueille en son sein des nations qui nient les droits de la femme (excisions, polygamie, héritage…) ainsi que les préférences sexuelles, qui ne respectent pas leurs minorités ethniques (la liste est longue), qui interdisent la liberté de croire, de s’exprimer, de se convertir à une autre religion que celle dans laquelle on est né…et surtout que c’est cette institution qui prétend régler nos conduites.
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