Hessel et les gens bons, par Basile de Koch
Article mis à jour le 29-01-2012
Soirée spéciale 'indignation', vendredi dernier sur France 5 : Franz-Olivier Giesbert consacrait à cet intéressant phénomène le troisième numéro de sa mensuelle, 2012 : les grandes questions. Le concept de l’émission, selon les propres termes de son patron : "mettre les grandes idées à l’épreuve des faits". Sûr qu’avec l’ 'indignation', ça allait être coton. Invité vedette de la soirée, naturellement, Stéphane Hessel, "le pape de l’indignation, notre trésor national", comme le présente Giesbert avec une emphase nettement teintée d’ironie. Pour parler de son grand œuvre, l’intéressé, lui, a le triomphe presque trop modeste : Ce "petit livre" au "succès exagéré"… minaude-t-il.
Autour
du grand homme et de son "petit livre", donc, FOG a réuni un plateau
prestigieux : pas moins de trois philosophes, plus une économiste et
même un neurobiologiste (pour parler du "siège de l’indignation dans le
cerveau" !).
Mais que pèsent tous ces experts et leurs arguties face à
la statue du Commandeur Hessel, avec ses chiffres qui parlent pour elle
: 30 pages dont 15 de texte, 4 millions d’exemplaires vendus sur les 5
continents et 94 ans – "bientôt 95", précise le coquet.
Car cette
statue-là aussi parle, sauf qu’elle ne sait que répéter en boucle le
même mantra : "Indignez-vous avec moi du Mal au nom du Bien". Qui dit
mieux ?
Pour lancer ce cri primal, à vrai dire, même quinze pages ça
fait beaucoup. Mais la naïveté du message hesselien n’empêche pas la
rouerie du messager, qui sait par cœur comment plaire : ne jamais se
fâcher, si possible sourire – et toujours faire mine de donner raison à
son contradicteur, quitte à suggérer, dans la foulée, qu’on a juste
pensé un peu plus profond.
Ainsi notre pape ira-t-il jusqu’à renier
trois fois son dogme fondateur : oui, concède-t-il volontiers,
l’indignation en soi est vaine si elle ne débouche pas sur l’engagement.
(Mais alors, que n’a-t-il intitulé sa brochure "Engagez-vous !" ?)
Seul
parmi ses interlocuteurs, Finkielkraut pense exactement le contraire :
entre cette émotion que sont l’indignation et l’engagement, il est
recommandé de passer par la pensée… À défaut, on risque de se tromper
d’ennemi, de problème et donc de solution ; bref, de faire n’importe
quoi.
Pour Finky, l’urgence est d’en finir avec le "triple paradoxe
de notre intelligentsia" qui consiste à remplacer "l’intelligence par
l’indignation ; la morale de responsabilité par la morale de conviction ;
la complexité du monde par la simplification extatique des problèmes",
suivez son regard…
Il a raison, Alain le stylite : le succès du
manichéisme compassionnel qui tient lieu de doctrine à Sa Sainteté
Stéphane Ier témoigne d’une inquiétante régression de l’esprit public et
du débat démocratique, qui n’avaient pas besoin de ça.
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- FRANCESOIREE AVEC ERIC RAOULT









