Les trois grandes incertitudes de 2012 au Proche-Orient… par Richard Darmon
Article mis à jour le 27-01-2012
Iran, Égypte, Syrie : les trois principaux dossiers sécuritaires de la région qui préoccupent au plus haut point, en ce début d’année, les dirigeants israéliens et tous les hauts responsables de l’establishment de Défense du pays. D’autant que planent dans chacun d’eux une série d’incertitudes et d’alternatives parfois très contradictoires qui rendent toute « prévision » encore impossible, mais qui feront certainement de 2012 une année décisive dans cette partie si tumultueuse du monde. Le dilemme iranien du président Obama… De l’avis de tous les experts israéliens et étrangers en Affaires proche-orientales, l’année 2012 devrait être « décisive » en ce qui concerne le sulfureux dossier du nucléaire iranien. Mais il s’avère que 2012 est aussi une année électorale aux États-Unis, où le président sortant, Barack Hussein Obama, va tenter de décrocher un second mandat afin de rester quatre ans de plus à la Maison-Blanche.
« Nous ne tolèrerons pas que le régime iranien actuel
dispose de l’arme nucléaire », a encore répété Obama le 19 janvier
dernier en s’adressant à Washington à un parterre d’une centaine de
financiers du Parti démocrate composé d’une forte majorité de donateurs
juifs qui avait payé au moins 5 000 dollars chacun pour assister à ce
meeting. Et d’ajouter encore avec la conviction oratoire dont il a le
secret, mais sur un ton hyper-électoraliste : « Les États-Unis et Israël
bénéficient d’une coopération militaire encore inégalée par le passé.
(…) pour moi, la sécurité d’Israël est non-négociable ! (…) Je ferai
donc tout pour être sûr qu’Israël puisse survivre et prospérer en
sécurité en tant qu’État juif ».
Tenter de définir des « lignes rouges communes » contre Téhéran
Fait intéressant : au moment même où Obama prononçait ce discours, le
général Martin Dempsey, chef de l’état-major interarmes de l’US. Army,
faisait route vers Israël où il devait rencontrer dans la matinée du 20
janvier son homologue israélien, le général Benny Ganz, ainsi que le
ministre de la Défense, Ehoud Barak, puis le Premier ministre Binyamin
Nétanyaou avec un seul point à l’ordre du jour : tenter de coordonner
les positions américaines et israéliennes en vue de stopper, tant qu’il
en est encore temps - c’est-à-dire dans les tout prochains mois - la
folle course des mollahs iraniens au nucléaire.
Au cœur de ce dialogue : la définition respective et détaillée par
Washington et Jérusalem, des « lignes rouges » qui pourraient être très
bientôt franchies par Téhéran dans la préparation de ses premières
bombes atomiques - surtout si les chercheurs iraniens continuent
d’enrichir leur uranium de 3,5 % à 20 %, comme c’est le cas actuellement
dans la nouvelle base souterraine de Fodow.
Or, comme les sanctions économiques occidentales n’auront guère pu
empêcher cette fuite en avant iranienne, cela justifierait donc une
intervention militaire, soit commune à Israël et aux pays occidentaux,
soit de la part d’Israël tout seul. D’ailleurs d’après la presse
israélienne de ce début de semaine, Nétanyaou aurait fait sèchement
savoir à Dempsey que, dans le cas d’une attaque en solo, Israël
n’avertirait Washington que « douze heures avant »…
Le temps presse, pour le président candidat Obama,
s’il veut stopper la bombe atomique iranienne…
Mais alors que le temps presse de plus en plus pour empêcher l’Iran
d’atteindre le « point de non-retour » - qu’il pourrait bientôt
atteindre en annonçant subitement, l’un des prochains jours, que ses
chercheurs viennent de réussir leur premier essai nucléaire -, il semble
bien qu’au-delà de ses propres options idéologiques démocrates non
interventionnistes et plutôt pacifistes prônant un « dialogue
constructif » y compris avec les ennemis avérés des États-Unis et de
l’Occident, Obama soit empêtré dans un dilemme compliqué assorti d’au
moins deux « clés d’entrée » contradictoires.
- 1/ Si le « point de non-retour » de la possession d’armes atomiques
par Téhéran se rapproche à grands pas en risquant d’intervenir lors des
tout prochains mois, il serait irresponsable - même pour le « candidat »
Obama - d’attendre encore et encore, en laissant croire que même des
sanctions financières et économiques bien plus dures arrêteront l’Iran.
D’autant que s’il s’avère, au fur et à mesure de la campagne électorale
pour les présidentielles, qu’Obama a peu de chances d’être réélu,
laisser cette lourde décision dans les mains de son successeur
républicain impliquerait que ce dernier ne pourrait la concrétiser que
plusieurs mois après son entrée effective à la Maison Blanche à la fin
janvier 2013, le « deadline » iranien ayant de grandes chances d’être
déjà dépassé au printemps 2013 !
- 2/ Si, persuadé que ce « point de non-retour » s’approche
dangereusement, Obama en venait à décider lui-même - contre ses options
idéologiques les plus intimes - d’une intervention militaire contre
l’Iran (rendue à présent d’autant plus aisée au plan logistique que
l’US. Army est désormais sortie d’Irak et que des dizaines de milliers
de ses soldats et officiers avec tous leurs lourds équipements se
trouvent encore déployés « en réserve » dans la région), il pourrait
paradoxalement être accusé par ses adversaires républicains d’avoir
ainsi agi pour des raisons « bassement électorales », en voulant ainsi
racheter à bon compte ses échecs et sa mollesse affichées tout au long
de ces trois dernières années en matière de politique étrangère…
Dans ces conditions fort complexes combinant à Washington des exigences
géopolitiques internationales incontournables face à l’Iran avec des
impératifs pressants de campagne électorale, on comprend mieux l’ampleur
des dilemmes qui se posent désormais, cette fois côté israélien : alors
que la situation idéale serait de laisser l’initiative d’une attaque
militaire aux États-Unis et à ses alliés occidentaux, on fait le constat
à Jérusalem que ni les sanctions, quelles que soit leur sévérité, ni
éliminations ciblées de savants nucléaires iraniens, ni les explosions
de centrales ou d’arsenaux de missiles ici et là n’ont réussi à
dissuader les mollahs de foncer tête baissée vers l’irréversible. Voilà
pourquoi Israël est obligé de regarder sans cesse son propre chronomètre
qui est celui d’une vaste opération militaire en « solo »…
suite de l'article voir si dessous (archive Proche Orient)
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