L’économie israélienne se prépare à un éclatement de la zone euro, par Jacques Bendelac
Article mis à jour le 21-12-2011
Alors que la zone euro se refonde avec un nouveau traité qui doit favoriser une plus grande intégration économique et budgétaire, le gouverneur de la Banque d’Israël met en garde contre les retombées de la crise européenne sur la croissance israélienne. Stanley Fischer annonçait même, il y a quelques jours, que la banque centrale se préparait au scénario d’un éclatement de la zone euro. En fait, les propos alarmistes du gouverneur israélien sont surtout destinés au gouvernement : celui-ci est mis en garde contre une augmentation incontrôlée du déficit budgétaire qui contribuera à aggraver la dette publique. Car si la crise de la dette qui secoue la zone euro menace aussi l’économie israélienne, autant s’y préparer. La banque centrale reconnaît qu’en Israël, l’impact de la crise européenne sera indirect et modéré : ses conséquences seront perceptibles sur l’équilibre budgétaire, sur le rythme de la croissance, sur le niveau des exportations et sur le bilan des banques israéliennes.
Le rythme de la croissance
Quel que soit le scénario de sortie de crise de la zone euro, la croissance mondiale sera frappée de plein fouet par le désordre économique qui en découlera. Pour Israël, l’Organisation pour la Coopération et le Développement économiques a déjà prévenu : l’économie israélienne connaîtra un ralentissement en 2012. Il ne s’agit pas de récession, comme dans la plupart des pays européens, mais d’une croissance plus lente. En fait, l’économie israélienne sera indirectement touchée par le ralentissement mondial : selon l’OCDE, la croissance du PIB d’Israël devrait passer de 4,7 % cette année à 2,9 % en 2012, avant de se redresser à 3,9 % en 2013.
En revanche, l’économie israélienne présente trois indicateurs positifs : un chômage faible, qui devrait rester aux alentours de 6 % en 2012 ; un niveau élevé des investissements qui continueront de croître au rythme de 8 % en 2012 ; un rythme accéléré de la construction qui va contribuer à dégonfler la bulle de l’immobilier. La crise de la zone euro ne se traduira donc pas par un scénario catastrophe pour l’économie israélienne, contrairement à la majorité des pays riches qui, eux, n’échapperont pas à la récession.
Le niveau des exportations
Les exportations ne constitueront plus un des principaux moteurs de la croissance israélienne de 2012. La raison en est simple : 33 % des exportations israéliennes sont absorbées par l’Europe. Or un ralentissement de la croissance européenne va conduire les entreprises locales à réduire leurs achats à l’étranger, et notamment leurs commandes en Israël.
Par ailleurs, le risque d’insolvabilité des clients européens des entreprises israéliennes n’est pas négligeable. Le risque d’exportation concerne particulièrement les quatre pays du groupe des PIGS (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne) ; récemment, la société d’assurance-crédit israélienne ICIC (Israeli Credit Insurance Company) basée à Tel-Aviv a étendu le risque financier à l’Italie en raison de sa grande exposition aux risques conjoncturels.
L’équilibre budgétaire
Alors que les pays européens cherchent à revenir à des budgets équilibrés, en Israël, la polémique fait rage au sein du gouvernement israélien sur la politique budgétaire : certains ministres sont partisans d’une relance économique par l’augmentation du déficit public (comme le ministre de la Défense), alors que d’autres préconisent une discipline budgétaire plus stricte (comme le ministre des Finances). Or, si la croissance ralentit en 2012, les rentrées fiscales seront moins importantes : selon le Trésor, le déficit public d’Israël devrait se détériorer, pour se situer autour de 2,5 % du PIB en 2012, mais une politique de relance pourrait le porter aussi à 3,4 % du PIB.
La Banque centrale vient de trancher la polémique entre les deux « écoles » idéologiques : en période d’incertitude liée à la crise européenne, le gouvernement doit viser un retour de l’équilibre budgétaire. En d’autres termes, si le gouvernement souhaite relever le budget militaire ou financer de nouvelles dépenses sociales, il aura le choix entre deux scénarios : opérer des coupes budgétaires ailleurs, ou relever les impôts. Stanley Fischer rejette donc la solution d’un financement par les déficits, trop dangereuse, selon lui, dans le contexte de récession mondiale.
Le bilan des banques israéliennes
L’exposition des banques israéliennes à la dette européenne est limitée, ce qui conforte la solidité du secteur bancaire en Israël. À la fin du troisième trimestre 2011, les banques israéliennes étaient exposées à hauteur de 500 millions d’euros seulement vis-à-vis des cinq pays les plus endettés d’Europe : l’Italie, le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne. La banque israélienne la plus exposée est la Léoumi (220 millions d’euros) alors que les autres banques ont réduit considérablement leur exposition au cours de l’année écoulée.
En définitive, l’économie israélienne entre dans une zone de turbulences dont personne ne sait pas dans quel état elle en sortira ; dans tous les scénarios possibles de la zone euro (effondrement, éclatement ou rétablissement), la baisse de l’activité économique en Europe aura un impact négatif, mais modéré, sur l’économie israélienne.
http://www.hamodia.fr/article.php?id=2782
{CommentNb} Commentaires pour "L’économie israélienne se prépare à un éclatement de la zone euro, par Jacques Bendelac"
- FRANCESOIREE AVEC ERIC RAOULT






