ETATS-UNIS

L’affaire Schlamowitz, fils de Shlomo, par YAB

Article mis à jour le 14-12-2011
L’affaire Schlamowitz, fils de Shlomo, par YAB

J’avais découvert l’histoire par Guysen info du 9 novembre…un vieux juif de Brooklyn correspondait avec Kadhafi et d’autres chefs d’état du monde….Intéressant. Quand EG des éditions Michel Lafon m’en a parlé deux semaines plus tard, ça a fait tilt dans ma tête. J’étais à New York et m’ennuyais un peu. C’était sympa de m’en occuper. EG m’a passé le numéro de téléphone de M. Louis Schlamowitz. Après beaucoup de difficultés dans la communication,(M. Schlamowitz semble avoir toute sa tête, mais il n’entend rien et a un terrible accent), on s’est mis d’accord pour se rencontrer, sans que je ne sois sûr de l’adresse : Brooklyn, Park boulevard, Canasta, Canossa, 3A ? Avec le numéro de téléphone je pouvais trouver l’adresse…en payant 1$, j’ai trouvé une adresse…mais de quelqu’un d’autre !



J’ai eu alors l’idée de faire le contraire et de la chercher dans l’annuaire. Louis Schlamowitzse trouvait bien sur « people finders, findanyone, findanywhere ».Mais…avec un autre numéro de téléphone…J’avais l’adresse .Sur ce site j’ai eu d’autres informations : « possible relations : ABBI âge 43, DORA âge 74, DORIS ».Aux USA et avec le Net on peut devenir un bon détective. Sauf que DORA est l’épouse décédée…pas très à jour. J’aiappris aussi qu’il résidait dans un appartement de la ville de New York, ce qui confirmait qu’il n’est pas riche.

La voiture était à l’heure. Le chauffeur est un colosse à la tignasse et à la barbe rousse, de plus, il est vêtu d’une sorte de redingote brillante.Je lui demande, vu son allure, s’il est bien juif… il est musulman ! Pakistanais. Je lui dis qu’il est écrit que le Mashiah, le messie, aura des cheveux roux. Il me répond en grognant que lui a les cheveux rouges parce qu’il les teint au henné.Il me demande ce que c’est Mashiah, il a vu de nombreuses affiches annonçant sa venue (c’est le mouvementloubavitchs). Je lui explique et il me répond qu’il s’agit du « Mehdi, il va arriver…toutes les statues, celles des chrétiens, des indous, des chinois, les éléphants, les singes, les Bouddhas et autres créatures seront détruites et tout le monde reconnaitra le messie et deviendra musulman »… long silence.

On arrive enfin dans le quartier…C’est ça CANASSI, glauque, poisseux,lointaine banlieue parsemée de grands blocs d’immeubles en briques trèsordinaires. C’est l’automne, les feuilles ne sont pas ramassées ; c’est triste, humide et déprimant.À l’intérieur de la cité, les blackset mexicains qui trainent ne connaissent pas de Schlamowitz .Je prends l’ascenseur étroit et poussif avec un jeune noir qui traine un vélo déglingué. La porte du 3A est décorée de papier doré et de guirlande ; il y a une mezouza. J’y suis bien. Je cogne et cogne encore en pensant que notre ami sourd n’entend pas…rien, aucun bruit. Je lui téléphone en lui disant que je suis devant sa porte. Il est toujours aussi incompréhensible. Il ne me voit pas dans l’œilleton et n’ouvre pas. Désespéré j’erre dans les couloirs blafards du 3ème étage…j’entends du bruit au 3I…. Il y a aussi une mezouza noyée dans la peinture comme sur d’autres portes du couloir.Je tape au marteau de cette porte et il m’ouvre enfin.

Il est tout excité, souriant et débraillé. Il porte d’immenses lunettes d’écaille qui lui tombe sur le nez, crâne déplumé, irrité, tacheté ; presque plus de dents, mal rasé. Son appareil de sourd pend à son cou, et ce n’est pas un dernier modèle !Il porte une chemise d’été à carreaux multicolores, ses pantalons glissent sur ses fesses, sa vieille ceinture est trop large…

L’appartement est à la limite du dégueulasse, ça sent le rance, l’odeur des vieux. Les murs douteux sont encombrés de photos de personnages connus. Tout un pan du salon est consacré à ses chats gras et morts.C’est un capharnaüm poussiéreux ; des restes de plats, des boites de conserve de soupe ouvertes…deux chaises branlantes.

Je lui présente la lettre de l’éditeur et ma carte d’identité. Il a besoin d’une énorme loupe pour essayer de lire, ce qu’il ne fait pas. Il pose la lettre sur la petite table déjà encombrée de papiers, de flacons de médicament à son nom, d’objets divers .

Je lui montre les extraits des sites Internet sur lesquels on parle de lui, partout dans le monde, du Canada à la Chine en passant par le Sénégal et la Mauritanie… il se demande pourquoi tant d’intérêt pour lui « qui n’est personne ».

Je suis obligé de hurler et je ne suis pas sûr qu’il me comprenne, il répond souvent à côté.Il veut absolument me montrer ses collections ; c’est un collectionneur passionné. Il ne pense qu’à ça et y reviendra tout le temps. Il a reçu beaucoup de monde déjà, des journalistes mais aussi des collectionneurs qui lui ont fait des offres pour ses autographes.

Je lui dis que je désire qu’il me parle d’abord de lui, de sa vie, du pourquoi de sa passion.Ça luiplait bien qu’on lui parle d’autre chose…Il me parle de sa fille en Floride ; il n’est même pas étonné que je connaisse son nom Abbie. Il a trois petits enfants : 17 ans je ne comprends pas son nom, peut être Brandon, 14 ans Lisa, et son petit-fils dont il a l’air fier a 12 ans et se prénomme Yossef, il aura 13 ans l’année prochaine. M’a-t-il précisé cela pour que je lui parle de bar mitsva ? , je n’ai pas saisi sur le moment.

Sa mère est venue de Pologne, son père de Tchécoslovaquie. Son papa est décédé il y a quelques années à 91 ans. Lui est né en juin 1930, il est fier d’avoir 81 ans. Il a fait 6 mois d’armée en Corée après avoir été refusé 2,3 fois par l’armée.

Son nom Schlamowitz signifie en yiddish le fils de Shlomo, Salomon. A la question sur son prénom Louis, il répond qu’il a 4 frères et sœurs. Il précise que ses parents l’appelaient Louis en prononçant à la française et non à l’espagnol.

Je tente de lui expliquer que Louis vient de Ludovic, de Clovis roi de France et que cela signifie gloire- combattant.Ça lui plait d’être « glorious ». Il remercie. Il dit ne pas avoir été à l’école et ne rien savoir…

A la question sur son sionisme et son amour d’Israël, il répond à coté sur son collection spéciale de lettres de tous les dirigeants israéliens, de généraux et même du Grand Rabbin d’Israël,« depuis 1948 jusqu’à 2011 », ce qui s’avèrera exact et impressionnant.

Il ne lit ni ne parle l’hébreu et semble à peine savoir prier et seulement en anglais…. Il a des livres de prières qu’on lui a offert, et des disques de prières en vinyle qu’il me montrera fièrement plus tard. Il est content de comprendre un peu le yiddish.

Je lui raconte que Kadhafi était un criminel aussi pour les juifs de Lybie ; à son arrivée au pouvoir il a rasé les cimetières juifs et jeté les cadavres à la mer ; comme tous les pouvoirs arabes, il a transformé les synagogues en mosquées. Je ne sais pas s’il comprend et répond évasivement. Il ne sait rien des juifs sépharades.

Il me propose à boire, la relation s’établit bien et il est plus détendu.Il me sert de l’eau dans un verre douteux….Il parle longuement sans que je ne comprenne vraiment tout; de ses collections et du prix qu’on lui a proposé….

J’insiste sur Kadhafi, il a vu son nom dans le journal, lui a écrit en « lui souhaitant le meilleur ». Kadhafi lui a répondu et l’a même invité à la Maison Blanche avec le Président Nixon. Il a une photo lui serrant la main et veut me la montrer tout de suite. Je lui répète les crimes de Kadhafi, mais avec une petite voix comme pris en faute, il dit « je ne sais rien de tout ça. J’ai écrit à tout le monde, sans distinction, pour être honnête avec vous »

Il a aussi des lettres du PLO, les palestiniens. Arafat lui a répondu, il a dit qu’il n’y aura jamais de paix entre mon peuple et l’Etat d’Israël tant que mon peuple n’aura pas son propre Etat. Les nouveaux dirigeants palestiniens ? « Ceux-là n’aiment pas les juifs…ils n’ont pas répondu »dit-il.

A ma question sur son appartenance à la communauté juive locale, il répète une fois encore « pour être honnête avec vous,(c’est sa formule pour ne pas répondre) depuis le 11 septembre, tout a changé…avant tout le monde se parlait, je recevaisbeaucoup plus de réponses ».

Il dit que « les représentants du gouvernement américains sont venus le voir il y a deux ans pour l’interroger sur ses activités ». Il a répété ça dans toutes ses interviews précédentes, j’en doute, personne ne le connait dans l’immeuble et il vit sans aucunes protections à part les trois loquets de sa porte.

Il répète qu’il ne correspond avec les Grands de ce monde que pour son plaisir, par hobby. Enorme rire en se souvenant que la CIA, le FBI lui a dit qu’il était un « amazing », un extraordinaire personnage. « Je ne comprends pas »dit-il malicieux.

Il a écrit au Président Obama alors qu’il était encore sénateur il y a 5 ans. Obama lui a répondu par une lettre personnelle et une photo signée ; il veut me la montrer tout de suite…et fouille dans ses papiers.

Il aime Obama et a voté pour lui. Il n’entend pas ou ne veut pas entendre ma question sur la politique arabe d’Obama….il se lance dans une défense d’Obama sur le plan social. « Il y a beaucoup de misère aux Etats Unis ; il faut que tout le monde soit couvert par la protection sociale. Nous sommes la première puissance du monde et pourtant, il y a des pauvres partout ». Il n’est pas riche.Il y a 6 ans, il ne touchait que 4000$ par an - je lui fais répéter, c’est bien 4 000 dollars par an– « après l’intervention des gentils gens de l’administration, j’ai été pris à 100%, après 44 ans de travail ».Il se plaint qu’après avoir reçu les aides gouvernementales, son loyer mensuel dans son triste appartement est passé de 260 à 1000 dollars… « Le Gouvernement américain m’a donné quelque chose d’une main et l’a repris de l’autre ». Gros rires.

A mes questions sur ses rapports avec ses voisins jeunes noirs et immigrés, il répond d’abord par de nombreux« ouais » évasifs…il dit« Le voisinage a changé, il y a cinquante ans, le quartier CANASSI était strictement : juif, italien, irlandais, quelques latinos (Il dit Spanish) et quelques noirs. Mais tout le monde s’est sauvé, et malheureusement aussi les gens proches de moi, tout a changé ». Sa voix se fait chevrotante. Il n’a pas de problème avec les gens, « ici, pour moi, c’est comme les Nations Unies ; je n’ai de problèmes avec personne, ici on me respecte et je les respecte…je leur souhaite hello, un bon jour, une bonne santé ; si je vois des fauteurs de troubles, je passe mon chemin…Je continue à avancer… »..il y a de la peur dans sa voix…

Fête-t-il Thanksgiving ? »La dame du dessous m’a invité, on se connait depuis 45 ans. Les juifs fêtent Thanksgiving aux Etats Unis comme tous les américains ».

A ma question sur sa vie, il me répond « J’aime la soupe à l’oignon française » et me désigne une rangée de boites de conserves. « Je suis né à Brooklyn et j’y vis depuis 81 ans. J’étais employé chez un fleuriste. Un spécialiste à New York pendant 25 ans .Je travaillais sur des fleurs naturelles, précise-t-il.Puis j’ai travaillé pour quelqu’un d’autre à Down Towndans un magasin bien connu, the Active Brothers ».Il me montrera plus tard ses œuvres en fleurs ; des cœurs, des caniches en fleurs !

« Je vis dans cet immeuble depuis 18 ans ;avant, je vivais avec mon père et ma mère à 2/3 blocs d’ici. J’ai 5 frères…dans les différentes parties des Etats Unis, l’un à Philadelphie, l’un en Pennsylvanie, il n’est pas très bien il vit dans une maison de retraite ici à Canassi ; j’ai un frère plus âgé à Boston, et un autre à Eastrow( ?) et ma sœur vit au Nouveau Mexique ».

Quels ont été les meilleurs moments de sa vie ? Il a bien compris et du premier coup.

« Deux choses : la première avoir été invité à la Maison Blanche et avoir serré la main du Président des Etats Unis d’Amérique(il ne dit pas de quel président il s’agit), ce fut le plus grand moment de ma vie. Puis, plus jeune, j’ai été invité au Waldorf Astoria par le PrésidentHoover, je lui ai serré la main, j’ai bu un verre de whisky avec lui, c’était un bonne personne, il avait 89 ou 91 ans ; j’ai fait pour lui un arrangement floral, une pièce centrale en fleurs et il m’a reçu comme invité ». Louis se souvient même des fleursqu’il a utilisées pour ce travail.

« J’ai aussi rencontré et serré la main du Président Kennedy alors qu’il était encore sénateur, il faisait campagne ici à Canassi ; je lui ai dit qu’il serait le prochain Président et il a souri ; j’ai deux lettres de sa part en 1961 alors qu’il était président et une carte qu’il m’a envoyé avec son épouse Jacqueline Kennedy pour la naissance de John Kennedy JR, des photos de son fils dédicacées ; on a voulu me les acheter, on m’a offert 100 dollars il y a 25 ans ».

Je questionne : Vendez-vous vos documents ? « J’ai vendu 20 à 40 autographes de gens fameux…du temps de ma femme malade, j’avais besoin d’argent…à cette époque, une centaine de dollars était beaucoup d’argent ».Il a l’air d’avoir honte…il a vendu aussi la photo du Président d’Israël à son fils pour 150 dollars car il voulait la donner à son petit-fils… « Pour être honnête avec vous »…, une fois encore quand il ne veut pas répondre, il reprend sa formule préférée.

Je lui dis que, certains disent qu’il a fait tout ça pour de l’argent.il ne réagit pas.

Non, le pauvre Louis n’a pas collectionné pour faire de l’argent ; son appareil auditif ne fonctionne même pas, il est presquepauvre, dans la misère. Je crois qu’il a surtout soif de reconnaissance comme tousles collectionneurs.

Il continue à m’expliquer les différentes offres qu’il a reçu de professionnels ; l’un d’eux qui possède une galerie à Manhattan est venu le voir un dimanche après-midi et lui a offert 1$ pour chaque document. Comme il en a des milliers, cela lui aurait fait des milliers de dollars, mais il a répondu à cet acheteur :« vous êtes malade de me faire cette offre et je seraisencore plus malade de l’accepter ! J’ai déjà payé au moins 50 cents pour les timbres et l’enveloppe…Je ne connais pas la valeur de mes documents, je les collectionne…par hobby ».

Je suis moi-même collectionneur de vielles cartes postales d’Afrique du Nord et bien sûr je sais qu’on ne le fait pas pour un but lucratif…quoique si l’occasion se présente… je crois bien comprendre notre vieux Louis, soif de reconnaissance….

Il me montre alors des timbres qu’il a reçus ; je ne suis pas spécialiste mais il me semble que cela vaut de l’argent. La philatélie est une activité bien organisée et il serait facile de chiffrer cette collection de timbres signés. Et il me montre en effet des timbres de dirigeants russes, bulgares, hongrois, du Libéria et…de France ! Il a Antoine Pinay.

J’essaye de lui expliquer que Pinay était un ami d’Israël, et que comme franc maçon ami de Shimon Peresil a facilité l’accès d’Israël à la bombe atomique…- je ne suis pas sûr que mes informations soient très réelles, je crois que c’était avant Pinay, Guy Mollet et son ministre Bourgès-Maunoury -…. Quoiqu’il en soit tout ça n’intéresse pas notre bon Schlamowitz. Il a aussi Vincent Auriol, Robert Schuman… je lui dis que Schuman était juif, - ce dont je ne suis même pas sûr -, il n’a aucune réaction ; certes, il n’entend pas bien malgré mes hurlements mais surtout il semble bien n’avoir aucune culture politique…mais comment a-t-il ces timbres ?

Et je lui demande enfin de me montrer ses collections…

Il sort très vite le classeur du Moyen Orient. Il possède une photo de Saddam Hussein signée… « C’était un bon correspondant ». Sans autre commentaire ; mais il a soigneusement découpé les photos de Saddam pendu pour les joindre à sa belle photo signée. Il a Assad de Syrie ; Le général Emile Lahoud - il ne sait même pas qui c’est -…Bachar El Hassad…Barghouti…

Belles photos d’Arafat signées et une lettre qui se termine par « Révolution jusqu’à la victoire ». Arafat écrivait en arabe avec une traduction jointe en anglais. Pour Louis c’était un bon correspondant, phrase qu’il répète au fur et à mesure des photos qui défilent. Arafat le prenait sans doute pour un défenseur de la Palestine, il le remercie pour son « support ». Il a les bons vœux de Noël d’Arafat sur une carte représentant Nazareth ; le secrétariat d’Arafat n’aurait-il pas compris que son correspondant était juif ? Il possède des lettres de responsables palestiniens que moi-même je ne connais pas.

Hosni Moubarak. « Un très bon correspondant, beaucoup de lettres ! ». Il a le futur roi du Maroc très jeune. L’autographe s’adresse à Louis et Natalie Schlamowitz ; qui est cette Natalie ? Erreur du roi ?

Et voilà la correspondance fameuse de Kadhafi ! Il a même reçu le petit livre vert dédicacé et en anglais. Les lettres sont longues et emphatiques ; Kadhafi semble bien les avoir dictés et signés en arabe et en anglais. Il y a des photos de Kadhafi à tous les âges et dans toutes les tenues, même sur son yacht. Louis a déjà rajouté les photos de son cadavre découpées dans le journal local.

Et le président d’Afghanistan, (pour Louis, ils sont tous Président), Un général irakien. Des généraux inconnus d’Egypte…C’est moi qui lui apprends que ça vient d’Egypte….

Le roi Hussein de Jordanie, «hewas a good penpal,un très bon correspondant », Louis est enthousiaste à propos du roi, son bon copain….des photos avec la reine, le prince enfant, et toutes dédicacées. « Ils répondaient tous les ans à mes vœux, mais depuis que le fils est devenu roi, plus rien, il ne me connait pas ». Il y aussi la photo signée ou le roi serre la main de Rabin ; on lui en a offert 250$ il y a 20 ans...il l’a vendu…il en a conservé la copie.

Une trouvaille ; la photo signée de l’ayatollah Khomeiny souriant alors qu’il était en France, l’adresse sur le dos de l’enveloppe est bien à 23 rute (sic) de Chevreuse 78640 Neauphle le Château, France. Mais comment les Schlamowitz ont t ils trouvés cette adresse. Comment se sont-ils intéressés à Khomeiny à cette époque ? Cela demande un minimum de connaissance politique ; en parlait-on déjà dans leur journal local ? Ou Louis n’a-t-il pas tout dit sur les capacités du couple….

Sa première épouse Dora s’occupait de cette activité épistolaire ; il est possible que tout ait commencé avec Dora et que Louis n’ait fait que continuer ; elle avait peut-être plus de culture politique. Les réponses sont adressées à Mr Louis and Mrs Dora Schlamowitz.

On retrouve encore Khomeiny sévère devenu chef de l’Iran et l’enveloppe du courrier recommandé vient bien de la République d’Iran. Le frère de Khomeiny lui aurait offert beaucoup d’argent pour la première photo et même un emploi. « Il voulait en savoir plus à mon propos, je lui airépondu : Informe-toi auprès du FBI et de la CIA ». Louis s’esclaffe.

Et dans son classeur Iran, il y a en 1977, les photos signées du Shah Pahlavi, de la Shahbanou, des portraits des enfants. Décidemment cette collection est une exceptionnelle mine d’or, même pour des historiens. Il y a mêmeAhmadinejad qui lui a répondu ! « Et celui-là n’aime pas les juifs »rajoute-t-il, ça au moins Louis le sait. « Il devrait retourner à l’école et apprendre son histoire » rigole Louis…mais il ne savait pas que la Shahbanou était l’épouse du Shah !

Et encore des photos dédicacées du Sultan d’Oman, du Pakistan ; il ne sait pas du tout ce qu’est Oman…et il a plein de photos… des photos, des lettres d’Arabie Saoudite, du roi ; décidemment tout le monde lui répondait. Et il a 60 albums comme ça ! Il bouge lourdement dans la pièce pour sortir d’autres albums.

il y a une sorte de mausolée juif sur un plateau en fer forgé, avec un chandelier de hanoukka, des faux livres de prière en résine, une grosse bougie, le tout protégé par du nylon poussiéreux…Les lumières de hanoukka sont allumés alors que ce n’est pas encore la période de cette fête. Drôle de type mon Schlamowitz ; je ne lui ai pas demandé si ses épouses étaient juives elles aussi.

Sur les Etats unis il possède de nombreux albums que je n’ai pas voulu regarder.Il s’est un peu vexé…mais l’heure avançait et je songeai déjà à mon retour à Manhattan…..pour lui les autographes américaines valent le plus de sous…il insiste pour me montrer les Bush,Nixon,Clinton, Ford, Barak Obama sénateur et président qui l’ a invité à Washington avec son épouse, mais il n’y a pas été ; il a calculé que ça lui coûterai trop cher en voyage, il me montre l’invitation pour le diner, la danse, il regrette, mais ça lui aurait couté trop cher bien que son cher Obama couvrait 1 000 $ de frais…pauvre Louis, il n’est vraiment pas Crésus, son trésor est la photo de Kennedy personnellement signée ; il l’a accroché dans l’entrée de son pauvre appartement. JFK, Obama ses héros.

.Il a un album sur l’Allemagne…il insiste pour me parler et me montrer sa correspondance avec le sénateur Bob Dole. Je ne saurai pas pourquoi, le ciel s’assombrit, il faut que je pense à partir… des lettres manuscrites un livre dédicacé, il aime ce Dole, il faudra que je regarde qui c’est exactement. Il voudrait tout me montrer, il faudrait rester une semaine…la première femme Général 5 étoiles des Etats Unis…il suit tout dans son journal…tous les maires de l’Etat de New York, Bloomberg…Miss Amérique…. Je lui répète que je veux voir ce qu’il a sur Israël…

Il n’y a jamais été ; il n’a jamais quitté les Etats Unis sauf pour ses huit mois de guerre de Corée…

Et il sort enfin son trésor, l’album sur Israël, c’est un énorme album qu’il a de la peine à soulever. Je crois qu’il n’a pas loupé un seul président, ça va de Ben Gourion à Nathaniaouh…il a évidemment le pauvre Katsav alors souriant qui lui écrivait tous les ans, « un très bon correspondant ». Chaïm Weizman, « la Grande Dame » Golda Meir, des photos pensive signées Mrs Golda Meir, il en avait encore plus, mais il les a vendu. Menahem Begin avec lequel il semble avoir suivi une vraie correspondance. Begin signe en hébreu et en anglais, « un très bon correspondant » Begin. Et voilà de nouveau Rabin seul et avec Arafat et Hussein de Jordanie ; et Ehud Barak qui lui répond en lettre manuscrite, il a vendu une lettre 200 $ il y a 20 ans, il en a bien conservé une copie…Shimon Peres, de nombreux courriers même récents, et Ariel Sharon rieur et sérieux…et même Benyamin Ben Eliezer alors ministre de la défense. Beaucoup de généraux, de responsables de la Défense. Tiens, même Tsipi Livni ; il n’a pas pu faire tout ça tout seul, Livni c’est très récent, le correcteur de Word ne la connait pas encore, et il n’y avait plus Dora pour écrire ; je me pose des questions sur notre Schlamowitz…

Il a classé Wiesenthal le chasseur de nazis avec Israël et aussi Elie Wiesel alors à l’université de Boston. Moshe Dayan, Aba Eban, Isaac Shamir…. Mais il a vendu beaucoup sur Israël et n’a pas toujours conservé de copies. Il avait deux photos originales signées de Ben Gourion mais il les a vendus, 150 $ pièce il y a 25 ans. Il se souvient de chaque prix, pas si fou notre Louis… Nathaniaouh lui a envoyé des photos signées mais ne lui a pas écrit. Le grand rabbin Meir Lau. Ehud Olmertalors maire de Jérusalem. Ce n’est pas possible ! Il suit de près la politique israélienne, seulement en lisant le New York Daily News…même pas tous les jours ; et quelquefois le New York Post, rarement le New York Times et aussi la presse locale.

Il écrit tous les courriers à la main, il sait à peine ce qu’est un ordinateur. Et maintenant il a du mal à écrire, sa main est déformée par l’arthrose.

Il a beaucoup de correspondances avec Ariel Sharon… « Un très bon correspondant »…il sait que Sharon est « très malade »… et aussi avec le fils Sharon…. Et encore Liebermann et d’autres Isaac Mode, Isaak Kahane juge suprême, Aaron Barak, tous peu connus, des ambassadeurs.

Et une série sur le « Rabbi » Meir Kahane qui lui aussi lui répond à la main ; il l’a aussi rencontré à New York avant son assassinat…Kahane lui a dit : - soit un bon juif et Louis a répondu : -« je le suis ». Kahane lui est très sympathique.

Il a aussi la première femme rabbin des Etats Unis ; il voudrait tout me montrer, il est si fier de ses collections ; il n’est pas « quelqu’un de de spécial » répète-t-il. Et il a toujours encore quelque chose de très intéressant à me montrer.

Et avec tout ça, je n’ai pas fumé depuis des heures…il est « allergique » au tabac comme tous les bons américains. Louis est maintenant un bon copain, il veut même m’offrir un soda, un« icecream »…

Il me montre alors son propre album de photos, sa propre vie, son mariage, sa première femme ; lui jeune et beau gosse, son père qui porte la kippa et dont il est fier ; son fils ainé. Ses enfants ne se sont pas tous marié avec des juifs… « ma fille a épousé un espagnol, un bon gars Maccada »… sa fille est professeur…encore des photos, sa très jolie petite fille Lisa…et lui en militaire en Corée…lui avec Harry Truman, c’est là qu’il a commencé à correspondre avec les personnalités.

Il a aussi des coupures du journal local de Canassi où on parle déjà de lui en 1994 ; il n’est donc pas un inconnu découvert par un grand journal. Mais qui est à l’origine du « scoop » dans les médias juste après la déchéance de Kadhafi ?

Quand il comprend enfin que je suis venu de Paris pour lui, Il veut absolument me présenter à quelqu’un du dessous, une « nice lady ».

Il passe une vielle veste et m’entraine dans l’escalier sombre et les couloirs aux lumières trop blanches. Et nous rencontrons Suzanne sa copine du 2ème étage. Elle parle un peu le français, une personne très douce, aussi misérable que Louis. Elle aussi est dans cet immeuble depuis 50 ans. Louis est si fier de me présenter et que je lui raconte que son ami est fameux dans le monde entier. « It’samazing », répète elle.Et puis d’une voix fatiguée : « tous les blancs sont partis du quartier »…

Et notre Louis fait la sortie de trop : « vous pouvez me trouver une femme en France ? »...Vexant pour son amie Suzanne. Elle a aussi une histoire à elle et voudrait bien me la raconter… elle me met bien en garde contre le beau-fils latino de Louis….

En partant, Schlamowitz me demande d’une petite voix, s’il devra payer pour la rédaction de sa biographie ; c’est bien que nous avons affaire à un innocent, il n’a même pas pensé qu’il pouvait au contraire se faire de l’argent, et que son histoire pouvait être intéressante. Louis n’a pas d’avocat, pas d’agent ; sa fille s’occupe de ses intérêts. Pas d’avocat, c’est étrange pour un américain ; il est vraiment atypique ; un pauvre type, un brave type ?

Que deviendra cette superbe collection ? Dispersée aux quatre vents dans une vente aux enchères ? C’est toujours l’angoisse des collectionneurs passionnés ; que deviendra MA collection après ma mort ? Conservée par un lointain descendant ou plutôt par un musée. Mais Louis ne semble pas s’en soucier, ne sait-il pas qu’il va mourir ? Il ne tient peut-être pas vraiment à ce trésor. C’est plutôt l’œuvre de sa première épouse….mais Dora n’est plus là pour nous raconter….

Et voilà je suis dans les rues de Canassi ; après avoir vainement essayé de héler un taxi au carrefour, l’épicier syrien m’explique qu’il y a une station pas loin. En interrogeant un bronzé puis un noir, tous aimables malgré ma gueule de pas du coin, je trouve le petit bureau d’où on appelle ici les voitures.

Mon chauffeur est marocain de Casa, Smaïn ; il me demande comment j’ai atterri dans le coin…il y a eu ici des graves incidents la veille. Il n’a jamais entendu parler de Schlamowitz et de son histoire. Et nous parlons en arabo-franco-anglais de Kadhafi, il trouve normal que les libyens l’aient massacré comme un chien…De son entrée en Amérique grâce à la loterie, de ses rapports avec la police, de son alimentation hallal chez les commerçants kasher, de son frère à Montréal, des rois du Maroc, des juifs et des arabes, frères et sœurs, de la musique Chabbi.On a parlé de «oumna » (notre mère) Kalthoum, de Farid, des islamistes, des musulmans et des juifs, d’Israël et de la Palestine, de Salam et de Shalom…..

Louis, Dora, Suzanne, vieux si sympathiques,vous êtesles laissés pour compte du judaïsme américain triomphant, les exclus du rêve, broyés par la « Grande Babylone ». Vous rêviez simplement de côtoyer les puissants de ce monde, ceux qui sont dans le journal.

Salemdu Pakistan, Smaïn de Casa, et tous les autres nouveaux émigrés, abeilles laborieuse attirées par le pollen de l’Amérique, rêvez aussi, c’est l’Amérique !

YAB. 29 novembre 2011.

2 Commentaires pour "L’affaire Schlamowitz, fils de Shlomo, par YAB"

Ghertman Madeleine :

18/12/2011 07:17 #1

Merci à YAB de nous avoir fait partager l'existence et la correspondance de cet étrange mais non moins passionnant personnage!
Il a réussi à aiguiser notre curiosité et notre intérêt. cela nous donne envie d'en savoir plus sur lui (Louis!), ses motivations ou son inconscience?
Qui aura l'audace d'aller plus loin dans l'analyse?
Merci et encore bravo YAB
Citer Répondre

Itsik :

18/12/2011 07:25 #2

Mais qui est YAB?
Citer Répondre

Ajouter un nouveau message pour cet article

Security code

Balises XHTML autorisées : -

toutes les chroniques de l'UPJF
Découvrez notre dossier immobilier en Israel
Découvrez notre dossier les juifs de Diaspora et Israel
Découvrez notre dossier nos galeries photos
L'histoire d'Israel depuis 1948 à nos jours
Programmes immobiliers neufs pour investissement locatif