Etats-Unis / Israël - Plus guère un allié, par Caroline B. Glick
Article mis à jour le 06-12-2011
Au lieu de mettre en garde l’Egypte contre une rupture de son traité avec l’Etat juif, les officiels des USA choisissent de critiquer Israël. Avec le décompte des votes pour le premier tour des élections parlementaires en Egypte, il est assez clair que l’Egypte est sur la voie rapide d’un Etat islamique totalitaire. Le premier tour des élections a eu lieu dans les villes cosmopolites les plus libérales d’Egypte. Et pourtant les ‘Frères Musulmans’ et les salafistes ont recueilli plus de 60 % des suffrages. Le scrutin pour 52 autres sièges augmentera leur représentation selon les estimations.
Puis dans le mois à venir, les électeurs égyptiens dans le Delta du Nil et le Sinaï bien plus islamistes, apporteront sans aucun doute les forces de l’islam jihadiste avec une plus grande marge de victoire. Jusqu’au renversement d’Hosni Moubarak soutenu par les USA, l’Egypte servait d’ancre au système d’alliance américain dans le monde arabe. L’armée égyptienne est armée par les USA, formée par les USA, et financée par les USA.
Le Canal de Suez est l’une des voies d’eau vitales pour la marine américaine et l’économie mondiale.
Grâce à l’engagement de Moubarak à contenir la marée des forces jihadistes qui menaçaient son régime, sous sa férule, l’Egypte servait de centre anti-terroriste majeur dans la guerre menée par les USA contre le jihad international.
Avec l’importance singulière de l’Egypte pour les intérêts stratégiques des USA dans le monde arabe, la réponse du gouvernement Obama aux résultats calamiteux de l’élection a été choquante. Plutôt que de faire sonner les alarmes, le président américain Barack Obama a fêté les résultats comme une victoire pour « la démocratie ».
Plutôt que de mettre en garde l’Egypte vis-à-vis des conséquences sévères qu’elle affrontera si elle achève sa transformation islamiste, le gouvernement Obama a retourné ses armes contre le premier pays à payer le prix de la révolution islamique en Egypte : Israël.
S’adressant au conclave annuel de stratégie politique à Washington parrainé par le Saban Center pour la Politique au Moyen Orient de l’Institut Brookings orienté à Gauche, le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta et la secrétaire d’Etat Hillary Clinton ont tapé à coups redoublés sur Israël, le seul véritable allié que les USA ont conservé au Moyen Orient après la chute de Moubarak. Clinton a senti la nécessité – au nom de la démocratie – d’adopter les positions de la Gauche radicale d’Israël contre la majorité des Israéliens.
La même secrétaire d’Etat qui a proclamé des négociations avec les Talibans violents et misogynes fanatiques ; qui a chanté les louanges de l’Arabie saoudite où les femmes reçoivent dix coups de fouet pour se permettre de conduire, et dont le département d’Etat a formé des agents parmi les ‘Frères Musulmans’ qui haïssent les femmes pour conduire les élections actuelles en Egypte, elle a accusé Israël d’opprimer le droit des femmes. Le seul Etat de la région où les femmes ont la plénitude des droits et des protections légales est devenu le cœur de la vertueuse rage féministe de Clinton.
Au sein de Tsahal, comme dans le reste du pays, la coercition religieuse est interdite. La loi juive interdit aux hommes d’écouter la voix des femmes qui chantent. Récemment, quand un groupe de soldats religieux fut présenté à un groupe de Tsahal où figuraient des chanteuses, gardant la foi dans leur observance orthodoxe, ils ont quitté l’auditorium. Les chanteuses ne furent pas empêchées de chanter. Elles ne furent pas maltraitées. Tout simplement, on ne les a pas écoutées.
Et en ce qui concerne Clinton, c’est la preuve qu’en Israël, des femmes sont attaquées. La loi interdisant d’obliger leurs soldats de négliger leurs obligations religieuses, les commandants de Tsahal étaient coupables de crimes contre la démocratie pour leur avoir permis de quitter la salle.
Mais Clinton n’a pas mis fin à sa diatribe sur la guerre présumée de Tsahal contre les femmes. Elle a poursuivi son attaque en proclamant qu’Israël donne un coup de canif à la démocratie en permettant à ses législateurs de légiférer d’une façon qu’elle n’aime pas. Les initiatives législatives qui ont provoqué l’ire de la secrétaire d’Etat sont les projets de loi actuellement en discussion qui cherchent à réduire la capacité de gouvernements étrangers à subvertir le gouvernement élu d’Israël en finançant des ONG à la politique anti-Israël et non représentatives, comme ‘B’Tselem’ et ‘la Paix Maintenant’.
En s’attaquant à Israël de cette manière, Clinton a montré qu’elle considère Israël selon un unique standard de comportement. Alors que les démocraties occidentales homologues sont dans leur droit quand elles prennent des initiatives comme l’interdiction du hijab islamique couvrant le corps entier dans l’espace public, Israël est un Etat criminel s’il autorise à des soldats juifs la liberté de religion. Alors que les Talibans, qui réduisent en esclavage femmes et filles de la manière la plus indicible sont des interlocuteurs valables, que les ‘Frères Musulmans’ égyptiens, qui soutiennent la mutilation génitale féminine universelle sont des modérés, Israël est un ennemi de la démocratie en cherchant à préserver la capacité du gouvernement à adopter une politique dans l’intérêt du pays.
L’unique standard selon lequel Clinton tient l’Etat juif est le standard de la perfection humaine.
Et en ce qui la concerne, si Israël n’est pas parfait, alors il ne vaut pas la peine d’être soutenu. Et puisque Israël, en tant que nation faite de simples mortels, ne peut jamais être parfait, il est nécessairement toujours coupable.
L’attaque de Clinton sur la démocratie et la société israéliennes est survenue un jour après que Panetta ait attaqué la prise en charge par Israël de ses défis stratégiques. Alors que Clinton a attaqué la fibre morale d’Israël, Panetta a jugé Israël responsable de tout développement négatif dans le paysage régional.
Panetta a condamné Israël pour n’être pas engagé dans des négociations avec les Palestiniens. Israël, dit-il, doit faire de nouvelles concessions pour les convaincre de sa bonne foi. Si Israël fait de tels gestes, et que les Palestiniens et le monde islamique plus largement s’y opposent, alors Panetta et ses amis prendront le parti d’Israël, dit-il.
Panetta n’est pas parvenu à noter qu’Israël a déjà fait des concessions répétées et sans précédent aux Palestiniens et que ces derniers les ont empochées et ont refusé de négocier. Et il n’est pas parvenu à noter qu’en réponse au rejet répété de ses concessions par les Palestiniens et le monde arabe au sens large, plutôt que d’être aux côtés Israël, les USA et l’Europe ont étendu leurs exigences à de nouvelles concessions israéliennes.
Panetta a exigé qu’Israël fasse des gestes renouvelés également pour se concilier les Egyptiens, les Turcs et les Jordaniens. Il a échoué à noter que ce fut le gouvernement islamiste de Turquie, et pas Israël, qui a mis un coup de canif dans l’alliance stratégique turco-israélienne.
De même pour l’Egypte, plutôt que de reconnaître les implications stratégiques pour les USA et Israël de la transformation de l’Egypte en Etat islamique, le secrétaire d’Etat à la Défense des USA a exigé qu’Israël se fasse bien voir de la junte militaire égyptienne. Grâce en grande partie au gouvernement Obama, cette junte est désormais complètement entre les mains des ‘Frères Musulmans’.
De même pour la Jordanie, et de nouveau grâce au soutien des USA aux ‘Frères Musulmans’ et à ses groupes affiliés en Libye et en Tunisie, le régime hachémite cherche à parvenir à un accord avec la branche jordanienne du mouvement pour tenter de s’épargner le sort de Moubarak. Dans ces circonstances, il n’y a aucun geste qu’Israël puisse faire avec son voisin à l’Est qui puisse encourager le Roi Abdullah à chanter les vertus de la paix avec l’Etat juif.
Puis il y a l’Iran, et son programme d’armes nucléaires.
Panetta a mis en avant qu’une frappe militaire israélienne contre l’Iran conduirait à une guerre régionale. Mis il a échoué à mentionner qu’un Iran doté de l’arme nucléaire conduira à la prolifération nucléaire dans le monde arabe et à une augmentation exponentielle de la perspective d’une guerre nucléaire mondiale.
Plutôt que de faire face aux dangers qui s’avancent, le message de Panetta a été que le gouvernement Obama acceptera plutôt un Iran doté de l’arme nucléaire que de soutenir une frappe militaire israélienne sur l’Iran pour empêcher la mollahcratie de devenir un Etat ayant l’arme nucléaire.
Les messages virulents de Clinton et Panetta contre Israël ont résonné dans un discours sur l’antisémitisme européen donné la semaine dernière par l’ambassadeur des USA en Belgique Howard Gutman. S’adressant à un auditoire juif, Gutman a en effet dénié l’existence de l’antisémitisme en Europe. Alors que des attaques contre des Juifs et des institutions juives européennes surviennent tous les jours à l’échelle du continent, Gutman a prétendu que les antisémites non musulmans sont surtout des intolérants à tout crin qui haïssent tout un chacun, pas seulement les Juifs.
Comme les Musulmans réalisent la grande majorité des attaques antijuives en Europe, Gutman a prétendu qu’ils n’ont pas de problèmes avec les bons Juifs comme lui. Ils sont juste en colère parce qu’Israël ne rend pas assez vite la terre aux Palestiniens. Si l’Etat juif voulait seulement adopter le programme d’Obama, selon l’ambassadeur des USA, les attaques des Musulmans contre les Juifs en Europe disparaîtraient tout simplement.
Bien sûr, Gutman n’est pas un décisionnaire politique. Son boulot est simplement d’exécuter la politique d’Obama et de se faire le porte-voix des convictions du président.
Mais si l’on associe les discours de Clinton et de Panetta, les remarques de Gutman démontrent un courant intellectuel et moral affligeant qui domine clairement le discours de la politique étrangère du gouvernement Obama. Les trois discours partagent un rejet commun de la réalité objective en faveur d’un fantasme.
Dans l’univers fantasmatique de l’administration américaine, Israël est le seul acteur sur la scène mondiale. Ses détracteurs, qu’ils soient dans le monde islamique ou bien en Europe, sont de simples objets. Ils sont dénués de jugement et n’ont de responsabilité pour leurs actes.
Il y a deux explications possibles à cet état de fait – et elles ne sont pas mutuellement exclusives.
Il est possible que l’administration Obama soit une chambre d’écho idéologique dans laquelle seules certaines positions sont autorisées. Cette perspective reçoit probablement les directives répétées de la Maison Blanche interdisant aux officiels du gouvernement d’utiliser des termes comme « jihad », « terrorisme islamique », « islamiste », et « jihadiste » pour décrire le jihad, le terrorisme islamique, les islamistes et les jihadistes.
Contraints par la politique de pensée idéologique qui met hors la loi la pensée critique sur les forces dominantes dans le monde islamique d’aujourd’hui, les officiels américains ont peu d’autre choix que de reprocher à la seule société qu’ils sont libres de critiquer tout ce qui ne va pas bien : Israël.
La seconde explication possible du traitement d’Israël par le gouvernement des USA, c’est qu’il est imprégné par l’antisémitisme. La responsabilité et la culpabilité hors de proportion placées sur Israël par les émules d’Obama, Clinton, Panetta et Gutman sont certainement un élément du comportement antisémite classique.
Il y a peu de différence qualitative entre accuser la société israélienne de détruire la démocratie parce qu’elle cherche à se défendre contre la subversion politique étrangère, et accuser les Juifs de ruiner la moralité en échouant à adopter les croyances religieuses étrangères.
De même, il y a peu de différence qualitative entre reprocher à Israël son isolement face à la prise de pouvoir islamiste dans le monde arabe, et reprocher aux Juifs la montée des antisémites au pouvoir dans les lieux comme la Russie, l’Allemagne et la Norvège.
En vérité, du point de vue d’Israël, il n’y a vraiment pas de différence : que ces déclarations et le climat intellectuel qu’elles représentent proviennent d’une myopie idéologique ou de la haine des Juifs.
Le résultat final est le même dans les deux cas : sous le président Obama, le gouvernement américain est devenu hostile aux droits nationaux d’Israël et à ses impératifs stratégiques. Sous Obama, les USA ne sont plus l’allié d’Israël.
http://www.jpost.com/Opinion/Columnists/Article.aspx?id=248256
Adaptation française de Sentinelle 5772 ©
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- FRANCESOIREE AVEC ERIC RAOULT








