Edward Amiach : Être le lobbyiste d’Israël à l’Assemblée, par Serge Golan

S’il n’est pas le plus connu des candidats aux législatives dans la 8e circonscription des Français de l’étranger, Edward Amiach estime par contre être le mieux préparé. Un sérieux qui lui, selon lui, fera la différence : « Une élection ce n’est pas un concours de beauté ou de popularité, mais le triomphe d’un programme ». Né en Algérie, cet homme d’affaires qui a fait fortune dans la grande distribution est également l’un des piliers de l’Union des Patrons Juifs de France (UPJF). Hamodia l’a rencontré

- Hamodia : Vous êtes candidat à cette élection législative de l’an prochain. « Encore un », diront certains. Alors, pourquoi vous lancer dans cette aventure ?

- Edward Amiach : Lorsque la circonscription a été créée et que les premiers candidats se sont déclarés, nous avons soigneusement étudié leurs programmes. Nous n’y avons trouvé aucun début de stratégie ou de projet politique. À part clamer « moi j’aime la communauté », ils ne disaient rien de ce qu’ils comptaient faire à l’Assemblée nationale. Vous-même, leur avez-vous demandé ce qu’ils comptaient mettre en plus le 6 juin, lendemain de l’élection, s’ils l’emportaient ?
- Non. Mais allez-y vous : que feriez-vous si vous étiez élu ?
- Je suis aujourd’hui le seul candidat à avoir mis en ligne un programme électoral clair, précis et argumenté. Je parle politique, je ne me regarde pas le nombril. Certains surfent sur une vague de tsédaka ou sur les péripéties d’une affaire qui date d’une dizaine d’années. Cela ne suffit pas : on ne peut pas raconter n’importe quoi. Je garde à l’esprit qu’un député doit être un relais pour les électeurs de sa circonscription, leur porte-voix.
- D’accord, mais la vôtre, comporte huit pays, donc huit problématiques. Où se trouve le point d’équilibre ?
- Les Français de l’étranger ont une problématique commune : celles de leurs droits de citoyens qu’il faut faire respecter. L’attache partisane droite-gauche n’entre pas vraiment en jeu. Non, leur problème majeur, c’est le resserrement du lien avec la France, qu’il s’agisse de leurs droits à la sécurité sociale, à la retraite, aux services consulaires. Ce sont de vrais problèmes dont il faut se préoccuper : cela fait partie du job. Je propose par exemple que les familles françaises qui vivent en Israël, en Italie ou en Grèce aient droit à une prime de rentrée des classes ou à une aide au logement, comme c’est le cas en France. Au nom de l’égalité des droits, c’est quelque chose que je mettrai en permanence sur le tapis : même lorsqu’ils vivent loin de France, ils restent des Français comme les autres !
- À ce propos, vous avez parlé d’une aide pour les expatriés qui souhaitent retourner en France. Cela a créé une petite polémique Israël où certains vous ont accusé d’encourager les olim à « descendre ».
- On m’a fait un mauvais procès. Je parlais évidemment des Français installés dans les autres pays de la circonscription qui, souvent, ont vocation à retourner en France une fois leur activité professionnelle terminée. Ceux d’Israël sont bien sûr ici pour s’installer définitivement. Des proches de mes adversaires ont déformé mes propos. Comment peut-on sérieusement envisager que j’encourage à quitter Israël…
- Alors, parlons d’Israël maintenant…
- Le deuxième volet de mon programme de candidat concerne évidemment Israël. Et là, il n’y a qu’une seule chose à faire : du travail d’explication, comme celui que nous menons depuis des années avec l’UPJF. Mais cette fois, je serai à l’intérieur de l’Assemblée nationale. Dans mon cas, ne dépendre d’aucun parti est essentiel, car à partir du moment où vous êtes encarté, la moitié des députés vous considèrent immédiatement comme un adversaire. Il faudra également être omniprésent en séances ou en commissions ; y consacrer 100 % de son temps. Vous savez, la vraie vie parlementaire se joue dans les couloirs de l’Assemblée. Je suis persuadé que prendre à part un député qui vient de tenir des propos hostiles à Israël en lui disant « viens je vais t’expliquer la réalité des choses » peut être très utile.
- Vous pensez vraiment que cela peut faire la différence ?
- J’en suis convaincu. J’ai participé à plusieurs voyages d’hommes politiques français en Israël. J’ai vu combien parier sur l’intelligence des gens en leur montrant les faits indiscutables de la réalité israélienne pouvait faire évoluer leur vision de la situation au Moyen-Orient. Des gens de gauche hostiles à Israël ont complètement inversé leur vision après ces voyages. Les idées préconçues n’y résistent pas.
- Pour résumer, vous voulez être un lobbyiste à l’Assemblée, même si ce n’est pas dans la tradition française.
- Je n’ai pas peur du mot : oui, un lobbyiste, mais sous la forme de ce que fait l’AIPAC aux États-Unis. Quand on pense que 85 % des parlementaires américains sont pro-israéliens ! Si nous travaillons comme il faut, nous arriverons peut-être à ce résultat en France dans 50 ans.
- C’est pour cela que l’UPJF a décidé de présenter un candidat ?
- Pas du tout : l’UPJF ne présente jamais aucun candidat, même si beaucoup de ses membres me soutiennent à titre individuel. Mais effectivement, la démarche est la même. Il y a un savoir-faire que je compte mettre en avant. Quand nous avons créé l’association il y a une douzaine d’années, des choses terribles se passaient en Israël, et le conflit commençait à être importé en France. C’est à cette époque que le discours public est devenu de plus en plus pro-palestinien.
Nous avons alors décidé de mettre en place une structure pour faire du lobby en faveur de l’État d’Israël : il fallait un interlocuteur capable de parler avec la gauche, la droite et le centre, les Chrétiens, les Protestants, les Musulmans, les syndicats, les journalistes. Créer une sorte de maillage qui permet de communiquer aisément avec tous les acteurs sociaux, dans le but de faire mieux connaître les valeurs de la communauté juive et de la société israélienne. En France, peu de gens savent qu’Israël est une démocratie très aboutie dans laquelle les valeurs de liberté individuelle sont totalement respectées et où l’indépendance de la justice est totale. Il est très important de faire passer ce message et de créer des liens.
- Et le message passe ?
- J’ai le sentiment que oui. Mais quand on voit l’attitude actuelle de la France vis-à-vis d’Israël… C’est une douche froide. Pourtant, nous avions fait la campagne de Sarkozy et beaucoup de personnalités de l’UPJF avaient appelé à voter pour lui. Je me souviens d’une rencontre avec nous en novembre 2005, alors qu’il était loin d’être le favori des sondages. Les paroles qu’il avait prononcées à cette occasion résonnent encore à mes oreilles : « Je prendrai en main la politique étrangère ; je nettoierai ce quai d’Orsay pro-arabe… » Des propos qui nous avaient vraiment plu. Aujourd’hui, on voit qu’Alain Juppé et les pro-arabes ont repris la main. J’ai la certitude que les Affaires étrangères échappent totalement à Sarkozy. La seule chose qui l’intéresse désormais, c’est sa réélection.
- Vous vous sentez trahi par Sarkozy ?
- Totalement. Il n’a pas rempli les engagements qu’il avait pris devant nous.
- On compte déjà plusieurs candidats estampillés « pro-Israël ». Vous ne craignez pas qu’en éparpillant les voix, aucun ne soit élu ?
- J’en suis conscient et cela me navre. Peut-être que l’on peut trouver un arrangement, une forme d’union. Mais je veux d’abord savoir qu’elles sont leurs intentions, leurs programmes. Parce que pour l’instant, je n’ai rien vu qui y ressemble. Encore une fois, dire « une fois député, je vais parler aux médias », ce n’est pas un programme. C’est terminé : on ne parle plus aux médias. Sur Israël, les Juifs sont devenus inaudibles, ce n’est donc pas la bonne approche. La seule solution, c’est de faire du lobbying au niveau politique. Et ça, je pense être le mieux placé pour le faire.

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