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Une politique étrangère "bombastique", par Michel Gurfinkiel

« The bombastic French diplomacy ». Combien de fois, à l’étranger, n’ai-je pas entendu cette petite phrase. « Bombastic », en anglais, signifie « ampoulé » ou « prétentieux ». Le terme évoque l’explosion d’une bombe, les montagnes de gravats, les nuages de poussière : sans que, pour autant, la cible ait été atteinte. Au fil des années, j’ai dû admettre que cette image n’était pas fausse. La politique de la France a trop souvent été marquée, dans le passé, par un mélange d’arrogance, d’esprit de système, d’improvisation et d’irresponsabilité : qu’il s’agisse d’un Louis XIV provoquant toute l’Europe en 1681, et mettant en branle une « guerre mondiale » de trente ans, en s’emparant de Strasbourg au mépris des traités, d’un Louis XV « travaillant pour le roi de Prusse » alors qu’il fallait désormais préserver les Habsbourg, ou d’un Napoléon III contribuant, par fidélité mal comprise aux idéaux hypocritement affichés par son oncle Napoléon Ier à Sainte-Hélène, à l’unification de l’Italie et surtout de l’Allemagne.

MICHEL GURFINKIEL

MICHEL GURFINKIEL

Mais sous la Ve République, ce qui n’avait été jusque là qu’un travers récurrent, est devenu une norme. La France n’en finit plus de prêcher les droits de l’homme et les droits des États, tout en les violant. D’invoquer le réalisme géopolitique tout en le bafouant. Et de se déclarer « indépendante » tout en s’appuyant sur les Empires qu’elle prétend combattre.

Quelques exemples, tirés de l’actualité, pour illustrer ou justifier mon propos.

1. La France a sans cesse affirmé, sous la Ve République, qu’elle ne reconnaissait que les États, et non les régimes. Comment expliquer, dès lors, qu’elle reconnaisse le Conseil national de transition (CNT) comme le gouvernement légitime de la Libye dès les premiers jours de la guerre civile, l’hiver dernier ?
2. La France demande aujourd’hui à l’Union européenne d’adopter une attitude commune à l’Onu sur la question d’une prétendue indépendance palestinienne. Ce qui, la moitié de l’Europe étant absolument opposée à la reconnaissance, dans les circonstances actuelles, d’un prétendu État de Palestine, revient à vouloir imposer à cette moitié le point de vue propalestinien de l’autre moitié. Mais comment expliquer, dès lors, que la France n’ait pas subordonné son engagement en Libye à l’adoption, par les Vingt-Sept, d’une position commune ?
3. La France est donc allée « seule » en Libye, avec une Grande-Bretagne au moins aussi adonnée au « bombastisme » (depuis qu’elle est devenue une Petite Puissance). Et a revendiqué « seule » la victoire, comme, de son côté, la Grande-Bretagne. Mais en termes militaires, ni les Français ni les Britanniques n’auraient pu faire quoi que ce fût outre-Méditerranée sans le support technologique de l’Otan, c’est à dire des États-Unis et (par consentement politique passif) des pays européens qui ne voyaient pas l’intérêt de cette guerre (l’Allemagne au premier chef).
4. La France et la Grande-Bretagne ont renversé Kadhafi. Ont-elles songé à ce que la Libye deviendra ? Je ne dis pas qu’il ne faille pas renverser les tyrans, quand l’occasion se présente. Mais pourquoi remplacer le tyran Kadhafi, qui pour survivre se rapprochait de l’Occident, par de futurs tyrans islamistes qui réactiveront ce pays en tant que base avancée du Djihad comme l’Occident et l’Europe ?
5. L’aventure libyenne n’a pas renforcé de manière décisive la stature du président Nicolas Sarkozy dans l’opinion française. À supposer que le chef de l’État ait voulu faire oublier, par cette intervention, la politique ambiguë qu’il mena vis à vis de Kadhafi jusqu’aux premiers jours de 2011, pourquoi se défausser en parlant d’un marché pétrolier conquis dès que le dictateur est tombé, vantardise que le CNT a d’ailleurs récusée d’emblée ?

Face au débat sur la Palestine qui se profile, la diplomatie française va passer par un moment de vérité (pour employer à nouveau un vocabulaire anglophone, si expressif, « an acid test »).

Ou bien elle soutiendra le point de vue dit « palestinien », qui n’est que celui de confréries politico-religieuses qui vampirisent un peuple arabe du Proche-Orient : en faisant tout pour amenuiser la minorité qui s’y opposera. Et celui d’une Turquie de près de cent millions d’habitants qui s’apprête à la conquérir.

Ou bien elle soutiendra le point de vue dit « israélien », qui n’est que le droit international, dont elle est l’un des garants, en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité, au regard, entre autres de la résolution 242 de 1967, et en tant que membre de l’Onu et de l’Union européenne, au regard de la « feuille de route » de 2002.

Il y a des Français, chrétiens, juifs, laïcs et – j’en suis sûr – musulmans, qui veulent savoir quel sera le choix de la France officielle. Et qui ne pardonneront pas un mauvais choix. Au nom de la France. Et des seuls intérêts - légitimes, absolus, absolument légitimes - de la seule nation française.
http://www.hamodia.fr/article.php?id=2474

Article mis à jour le 14-09-2011

Qui est le vrai BOSS de l UMP ?




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