L’irrésistible ascension des Frères musulmans en Egypte
Article mis à jour le 06-07-2011
Six mois après le début de la vague populaire déferlante qui a renversé le régime Moubarak, plusieurs signes attestent déjà de la structuration et de l’influence grandissantes du mouvement des Frères musulmans, donné favori pour les prochaines élections législatives de l’automne.Fait hautement significatif des changements politiques de fond qui sont en train de se faire jour en Egypte : le Conseil suprême des Forces armées (CSFA), qui fait office dans ce pays de « gouvernement militaire provisoire » depuis la départ de Moubarak, vient de légaliser au début du mois de juin le parti des Frères musulmans – lequel était pourtant resté jusque-là « hors-la-loi » depuis 1954.Durement brimé et réprimé pendant les trois décennies du régime Moubarak, alors qu’il était l’unique parti plus ou moins structuré de l’opposition frontale au régime, le mouvement des Frères musulmans a donc décidé de changer de nom pour porter désormais celui – bien plus « présentable » au plan électoral – de « Parti de la Liberté et de Justice » (PLJ)…
D’ailleurs, pas une semaine ne passe sans que la
direction du PLJ n’annonce – à grands renforts de slogans euphoriques
publiés dans la presse nationale – la création de plusieurs nouvelles
sections aux quatre coins du pays. Ainsi, d’après plusieurs experts de
la scène politique égyptienne, alors qu’il ne comptait qu’environ 100
000 membres et sympathisants juste avant la chute de Moubarak, ce
mouvement islamiste en regrouperait à présent six fois plus, soit 600
000 – un chiffre qui atteste de sa croissance numérique à grande vitesse
et aussi de ses efforts de structuration interne !
En février dernier, au plus fort des émeutes de la Place Tahrir, les
Frères musulmans avaient eu l’habileté d’intégrer la fameuse « Coalition
des Jeunes Révolutionnaires » pour participer activement – et plus
discrètement – au renversement du régime Moubarak. Mais aujourd'hui les
forces les plus « progressistes » de cette coalition comme les membres
de l’Académie du Changement, les universitaires internautes et les
groupes féministes, se sont marginalisés… pendant qu’au contraire les
islamistes sortent de l’ombre pour apparaître comme une force autonome
de plus en plus crédible et pour tout faire afin d’accroître leur
influence.
Un processus semblable à celui intervenu en Iran en 1979… avec le feu-vert de la Maison-Blanche !?
D’après plusieurs experts israéliens et occidentaux, cette montée en
puissance des Frères musulmans égyptiens n’est pas sans rappeler le
phénomène très vite intervenu en Iran après la chute du Shah et
l’avènement de la Révolution islamique promue par l’ayatollah Khomeiny :
« Les développements qui se font actuellement jour dans l’Egypte
d’après Moubarak, écrit ainsi Jagdish N. Singh, un expert de la presse
indienne dont les analyses sont publiées par le Centre Begin-Sadate
d’Etudes stratégiques de l’université Bar-Ilan, commencent à ressembler
de près au processus d’islamisation qui est intervenu en Iran dans le
sillage immédiat de la révolution de 1979. Ainsi, les Frères musulmans
gagnent-ils sans cesse en influence, alors que les forces progressistes –
qui ont pourtant beaucoup agi pour tenter de transformer l’Egypte en
démocratie – sont devenues silencieuses… ».
Alors que dans l’entourage de Barack Hussein Obama, on a sans cesse tenu
à minimiser le danger des Frères musulmans en insistant sur le fait
qu’il s’agissait d’une « mouvance composite » regroupant aussi certaines
élites appartenant à plusieurs secteurs de la société égyptienne, le
programme politique, social et culturel de ce mouvement reste dans son
intégralité celui de la charia et de la loi coranique la plus stricte
(lequel fait d’autant plus penser à la Charte du Hamas que les
islamistes de Gaza ne sont en fait que la branche palestinienne de la
grande confrérie des Frères musulmans née et enracinée en Egypte depuis
les années 1920 !)
Pire encore : d’après certaines analyses, l’administration Obama, qui
redoutait un « vide du pouvoir » après les premières émeutes
égyptiennes, aurait elle-même encouragé la formation en Egypte de cette
alliance politique d’un nouveau genre entre un gouvernement militaire
assumant la « transition » et le mouvement des Frères musulmans : un «
schéma-type » pour les « révolutions arabes » en cours, que Washington
tenterait de propager aussi ailleurs…
Mais cela, au risque d’exporter le paradoxe qui intervient actuellement
en Egypte : alors que le CSFA est tout occupé à tenir les rênes du
pouvoir en vaquant au plus pressé (relancer l’économie, ramener les
capitaux étrangers et les touristes, créer des emplois, tenter de
redistribuer les maigres richesses du pays, tout en essayant de
reprendre le contrôle sécuritaire du Sinaï), les Frères musulmans sont
la seule force politique crédible qui a désormais tout le temps et le
loisir de se structurer pour apparaître lors des prochaines élections
comme la seule force nationale « crédible »…
Richard Darmon
http://www.hamodia.fr/article.php?id=2260
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- FRANCESOIREE AVEC ERIC RAOULT








