Le "père des drones" décoré du prix Israël

David Harari est né en Egypte le 9 mars 1941, dans la communauté juive francophone, d'un père d'origine syrienne et d'une mère italienne. Suite à la campagne du Sinaï en 1956, le gouvernement du Caire renvoie les ressortissants anglais et français du pays. Les Juifs sont également chassés hors d'Egypte. Harari arrive alors à Paris avec sa famille, où il étudie au lycée Carnot et Chaptal.
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Elève brillant, il hésite à s'orienter vers des études de médecine, mais ses mentions au bac en maths et physiques le décident pour des études d'ingénieur. Il rencontre sa femme en 1961 lors d'un voyage en Israël, et l'épouse deux ans plus tard.

Il soutient son doctorat physique en 1967, quatre mois après la guerre des Six- Jours, choqué par l'embargo français sur les armes à destination d'Israël. Une injustice, selon lui, car "Israël avait le droit de vivre." Pour Harari, le mouvement sioniste est un mouvement de libération, comme ceux qui ont lieu à cette époque en Europe.

Servir Israël

Bien qu'il se considère comme un Juif français "assimilé", cette attitude de la France est le déclencheur qui les décide, lui et sa femme, à partir en Israël. Le projet mûrissait depuis quelques années : "Nous avons quitté la France non pour fuir le pays, mais parce que nous voulions aider Israël à se développer." C'est en 1970 que David et sa femme sautent le pas et s'envolent pour l'Etat hébreu.

Mais leur arrivée dans le pays n'est pas des plus faciles. Ils sont confrontés à une culture et à un niveau de vie différents. Difficulté supplémentaire : en France, sa famille ne comprend pas son départ. Au travail également, l'adaptation est ardue. Il commence par officier comme jeune ingénieur de développement au sein des Industries aérospatiales israéliennes. Pour ce natif de France, intégrer la société israélienne, qu'il juge alors un peu "brutale", est une course de saut d'obstacles. Il ne suffit pas d'arriver mû par un idéal sioniste, comme c'était son cas, pour être accepté.

Pourtant, Harari considère cette période d'adaptation sereinement. Avec sa femme, ils décident de prendre leur mal en patience. Ils ont choisi de s'installer en Israël, ils y resteront.
Mais le véritable déclic pour le couple aura lieu en 1973, lors de la guerre de Kippour. Ils sont confrontés pour la première fois à la violence armée. Une situation lourde de sens. David explique : avec cette guerre "nous avons compris pourquoi nous étions en Israël. Je me suis senti véritablement israélien." Il découvre alors une nation "formidable", la peur du danger amenant un vent de solidarité.

Le père des drones

Dans son travail aussi, la guerre de Kippour va être une révolution. Le premier jour des conflits, Israël perd une vingtaine de pilotes de l'armée de l'air. Survient alors l'idée qu'il faut développer une "caméra volante" qui informe de la situation et des zones de danger.

En 1977, David Harari est chargé de diriger le programme. Pour lui, c'est une chance. Mais la mise en œuvre se révèle coriace. "Au début du projet sur les drones, je ne comprenais pas ce que l'on voulait. Il a fallu créer quelque chose à partir de rien". Mais c'est grâce à son équipe, enthousiaste, qu'il a réussi à mettre en place cette innovation.

Il fait également une autre découverte : Israël est une nation pragmatique. David explique que le pays n'avait pas d'argent pour développer le système des drones. Mais le danger venait. Il fallait donc trouver une solution dans les deux ans. Le temps manquait donc pour tester plusieurs prototypes.

C'est en 1982 que le système des drones sera utilisé pour la première fois, lors de la guerre du Liban. Fait remarquable : aucun avion israélien n'est abattu lors des combats.
Un premier test qui fait office de "révélation", au sein du pays, mais aussi pour la communauté internationale. Les pays occidentaux s'intéressent rapidement au système. Et pour cause, il est non seulement innovant mais aussi performant.

Pour David Harari, Israël dispose d'un avantage non négligeable : "Les ingénieurs sont militaires un mois par an, du fait du devoir de réserve. Ce sont donc des soldats qui développent les systèmes qu'ils utilisent."
Le sentiment de fierté est palpable chez ce natif de France : il est parvenu à rendre service à Israël, selon les motifs qui l'avaient conduit ici.

Un pilier des relations franco-israéliennes

Mais ce n'est pas le seul apport de David Harari à la nation israélienne. Autre volet de son travail : le développement de relations entre l'Europe et Israël, et tout particulièrement des relations franco-israéliennes.

Selon lui, l'Etat hébreu a besoin d'un lien avec l'Europe. Et inversement. "Mon but est d'aider la France à comprendre que nous avons des atouts ici. C'est pour ça que j'œuvre pour la coopération. Nous avons bien sûr besoin des Etats-Unis, mais nous avons aussi besoin de l'Europe". Harari s'engage dans la brèche ouverte par les Accords d'Oslo en 1991, qui voient le début des pourparlers entre la France et Israël.

Pendant plus de dix ans, il œuvre comme conseiller du commerce extérieur auprès du gouvernement français. Son travail sera même salué par Pierre Brochand : ambassadeur de France en Israël de 1993 à 1995, il qualifiera Harari et sa femme de "piliers de la France en Israël."
En 2009, David prend sa retraite mais continue à travailler au renforcement des relations économiques entre Israël et la France.



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