Oui, il faut aider les chrétiens d'Orient, Claude Barouch

Aucune religion, aucune communauté n’est aujourd’hui plus persécutée que celle des chrétiens. Pourquoi alors ce silence en Occident ? Sommes-nous devenus si étrangers à nous-mêmes que nous puissions contempler sans broncher ce déchaînement de violence ? Ou si aveugles que nous espérions acheter la paix avec le monde musulman au prix du sacrifice de la liberté religieuse ? Comme si on pouvait construire nulle part la paix sur les décombres de la liberté … Nous sommes heureux d’avoir pu réunir, lors de la présen- tation des vœux, des voix si différentes pour pousser un même cri : "Il faut sauver les chrétiens d’Orient !"

Rappelons d’abord à ceux qui voudraient ignorer l’Histoire que les chrétiens ne sont pas en orient des « intrus », mais qu’ils sont fondés à vouloir demeurer sur ces terres puisqu’ils en sont parmi les plus anciens habitants. Ajoutons qu’ils sont un facteur essentiel de diversité dans des régions de plus en plus islamisées et qu’ils jouent à ce titre un rôle spécifique. Un Orient vidé de ses chrétiens, victimes d’une « épuration religieuse », comme il y a eu par le passé des « épurations ethniques », serait historiquement très étrange et culturellement très inquiétant.

Si rien n’est fait, cette région, qui se distinguait par son pluralisme religieux au XIXe siècle, ne connaîtra bientôt plus qu’une seule religion, l’Islam, tandis que l’Europe, naguère essentiellement chrétienne, sera devenue une mosaïque religieuse. Une telle évolution rendrait presque impossible un dialogue politique entre l’Orient et l’Occident. Elle renforcerait, de part et d’autre, les partisans du choc des civilisations, thèse que je rejette car elle est génératrice de conflits dont nul ne connaît l’issue.

S'agissant des chrétiens d'Orient, je trouve que nous avons été d'une étonnante discrétion. Notre bonne conscience, si prompte à s'enflammer, me paraît timide sur ce drame, qui est pourtant riche de leçons. Chacun en Occident, peut pratiquer librement son culte. Nos gouvernements s'y emploient. Je regrette que cette liberté ne soit pas reconnue aux chrétiens dans plusieurs pays d'Orient. Il y a un déséquilibre flagrant entre ce que l'on attend de l'Occident démocratique et ce que l'on tolère de régimes orientaux qui ne le sont pas. Faut-il voir dans cette prudence, voire dans cette indifférence, l'oubli des racines chrétiennes de l'Europe ? La question a ressurgi lors du débat sur la Constitution de l'Europe, en 2005.

Dès lors qu'elle était posée, il fallait choisir la vérité historique et souligner le rôle majeur du christianisme dans l'édification de la civilisation européenne, mais le gouvernement français de l'époque, celui de Jacques CHIRAC, ne l'a pas voulu. Les chrétiens d'Orient espèrent en nous, mais le soutien qu'on peut leur apporter, doit être empreint de beaucoup de délicatesse. Un soutien maladroit pourrait se retourner contre eux : on ferait d'eux à nouveau, comme depuis des siècles, les alliés des occidentaux contre les Arabes. C'est un terrain miné. Alors comment les aider ?

Il faut d'abord continuer à parler d'eux sans cesse. Il y a une bataille médiatique à mener, nous mais aussi les journalistes avons un devoir de vigilance et d'expression. On doit sans cesse rappeler qu'ils existent et qu'ils sont menacés, et qu'ils risquent leur vie simplement en disant qu'ils sont chrétiens et en manifestant leur foi. Il faut expliquer sans relâche ce que sont les chrétiens d'Orient, que le christianisme n'est pas un privilège européen. Il faudrait aussi que nos gouvernements fassent plus pour les chrétiens d'Orient. La réticence à reconnaître l'héritage chrétien de l'Europe se combine là malheureusement avec une certaine prudence diplomatique.

Il y a des impératifs de raison d'Etat qui jouent dans cette timidité. Mais c'est à nous de les dénoncer, c'est à nous de crier plus fort. Je pense par exemple au silence un peu gêné qui accompagne le durcissement antichrétien en Algérie, alors que ces persécutions, si elles avaient touché n'importe quelle autre confession, auraient suscité un tollé. Mais, pour les chrétiens, on a fait profil bas. Alors je sais bien qu'une partie du monde musulman a fait le choix de se refermer sur lui-même. Il a fait le choix de l'affrontement avec les démocraties, avec Israël et avec les chrétiens. Eh bien, nous ne pouvons pas nous taire sous prétexte qu'il ne faudrait pas attiser le "choc des civilisations". Car qui parle de "choc"? Et qui le veut? Certainement pas Israël. Ni les Eglises chrétiennes. Ni l'Occident. Mais ceux qui commettent des attentats en Irak, qui assassinent un prêtre en Turquie, qui persécutent les chrétiens au Soudan et qui – car tout est lié – entretiennent la fièvre antisémite mondiale. On parle beaucoup, sous nos latitudes, d’islamophobie. Mais la vérité, brutale et incontestable, c’est qu’une immense vague de christianophobie, portée par la marée d’un islamisme prosélyte et intolérant, est en train de submerger la planète.

La vérité est que les chrétiens (après les juifs) sont progressivement éradiqués de ces terres d’Orient ou ils étaient présents bien avant les musulmans. La vérité est qu’en Turquie, la « laïque et européenne » Turquie, ils comptent plus que pour 1 % de la population contre 20% il y a un siècle. La vérité est qu’en Algérie, où nous fêtons en grande pompe avec les autorités la restauration de Notre-Dame d’Afrique, le catholicisme a pratiquement disparu tandis que le protestantisme est pourchassé. La vérité est que, dans la quasi-totalité de la péninsule arabique, l’idée même d’église est un sacrilège…et pendant ce temps nous disputons gravement du point de savoir comment l’état pourrait bien financer, chez nous, la construction de mosquées sans contredire trop visiblement le principe de laïcité !

Combien de temps supporterons-nous sans mot dire que 200 millions de chrétiens subissent au quotidien la haine, la violence, la menace ou la confiscation de leurs biens ?

Combien de massacres faudra-t-il – en Irak, au Soudan ou ailleurs – pour que nous cessions de jouer les autruches ?

La France, et c’est heureux, se refuse à traiter les musulmans de la même façon que l’Islam traite les autres confessions.

Mais il ne lui est pas interdit de rappeler haut et fort ses valeurs et ses principes…. La République, à juste titre, s’enorgueillit de garantir à tous les citoyens le droit imprescriptible à pratiquer sa religion. Elle n’en est que plus fondée à exiger fermement, le respect du principe de réciprocité