Les Juifs hollandais doivent-ils partir ?, Serge Golan

Le modèle multiculturel néerlandais est en crise. Dans ce contexte, une invitation faite aux Juifs de quitter les Pays-Bas pour se protéger de l’antisémitisme provoque un énorme scandale. Pour la communauté juive, la question est la même que partout en Europe : peut-on espérer une amélioration ?

  Ce ne sont que quelques lignes dans un livre de 280 pages. Mais elles ont suffi à déclencher un cataclysme. « Les Juifs conscients doivent réaliser qu’il n’y a plus d’avenir aux Pays-Bas et inciter leurs enfants à partir pour les États-Unis ou Israël afin d’échapper à l’antisémitisme grandissant », déclare Frits Bolkestein cité dans Het Verval (Le Déclin), un ouvrage consacré à la situation de la communauté juive locale. Plus tard, cet ancien ministre de la Défense, ex-commissaire européen, et l’une des personnalités politiques hollandaises les plus respectées, précisera que par « Juifs conscients », il pensait aux Juifs « reconnaissables », c’est à dire les orthodoxes. [HAMODIA]>>>>

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Rendus publics début décembre, ces propos ont provoqué un énorme scandale au Pays-Bas. La condamnation a été unanime, la quasi totalité de la classe politique l’accusant de « jouer avec le feu », de « stigmatiser une communauté », et appelant plutôt « à combattre l’antisémitisme ». L’affaire a même fait l’objet d’un débat devant le Parlement de la Haye. « Une centaine d’articles en ont parlé, et De Telegraaf, le principal quotidien du pays y a consacré une page entière », se réjouit Manfred Gerstenfeld, l’auteur du livre à l’origine de la polémique. Survivant de la Shoah, élevé aux Pays-Bas, ce chercheur à l'Institut de Jérusalem pour les Affaires Publiques s’exprime dans un français parfait, souvenir de ses années d’étudiant à la Sorbonne. « Frits Bolkestein est un ami des Juifs et d’Israël. Si ses propos ont recueilli autant d’attention c’est qu’il met le doigt là où ça fait mal. Il dit à la classe politique : « vous êtes en faillite ». La situation de menace sur la communauté juive est tout simplement le miroir de la dégradation de la société hollandaise ».
Une partie intégrante de la société néerlandaise
Présente dans le pays depuis que les Pays-Bas ont accordé l’asile aux Juifs portugais au XVe siècle, la communauté juive y a longtemps profité de la célèbre tolérance hollandaise ou, en tout cas d’une relative indifférence. Ce qui n’empêcha l’extermination de 75 % des Juifs hollandais durant la Shoah, le plus fort pourcentage d’Europe : « en fait, la composante juive fait partie intégrante de la société néerlandaise, surtout à Amsterdam où vivent la plupart des 30 à 40 000 personnes qui constituent la communauté juive. Saviez-vous par exemple, que l’on retrouve dans le dialecte local beaucoup de mots d’hébreu, ou encore que depuis la fin de la guerre, la moitié de maires de la ville sont juifs ? », explique le rav Éliezer Wolff. Dayan d’Amsterdam où il vit depuis près de trois ans, après avoir exercé à Marseille, ce Strasbourgeois apprécie l’excellent contact qu’il entretient avec les autorités hollandaises. « Qu’il s’agisse de faire reconnaître les décisions du Beth-Din, d’installer un érouv ou de reporter des examens universitaires tombant un Chabbat, la réponse est toujours positive. Nous avons beaucoup d’amis ici ». La Reine des Pays-Bas elle-même ne s’est-elle d’ailleurs pas déplacée, le mois dernier, afin de fêter les 365 ans de la communauté juive hollandaise ? On trouve ainsi tout ce qu’il faut en matière d’écoles et de commerce casher dans le quartier de Buitenweldat où vivent de nombreux Juifs. Et pour illustrer ce « dynamisme certain », le rav Wolff cite la construction en cours d’un mikvé, d’une synagogue ou le succès rencontré par le deuxième Beth 'Habad ouvert récemment pour accueillir les nombreux touristes israéliens.
Mais cette image idyllique d’une communauté juive prospérant paisiblement aux bords des canaux hollandais cache une réalité bien plus contrastée. Comme dans la plupart des États européens, les Pays-Bas vivent depuis une dizaine d’années au rythme des tensions provoquées par la présence d’une importante communauté musulmane. Au cours des années 1980 - 1990, près de 800 000 immigrants venus de Turquie, de Somalie, d’Irak, d’Iran et surtout du Maroc s’y sont installés, reproduisant le schéma désormais classique : quartiers ghettos – délinquance – islamisme. À cet égard, l’assassinat en 2004 du réalisateur Théo Van Gogh par un jeune homme d’origine marocaine avait provoqué un électrochoc, d’autant qu’il avait été bientôt suivi par des fatwas prononcées contre plusieurs responsable politiques.
« Kankerjood », le cancer juif
Et c’est tout aussi classiquement que les Juifs hollandais ont été les premières victimes de ce choc des cultures. Pour la seule année 2009, la police a ainsi recensé 209 incidents antisémites, soit une augmentation de 48 % par rapport à l’année précédente. Et on ne compte plus le nombre de fois où « kankerjood » (cancer juif), l’insulte « à la mode » est proférée, principalement par des jeunes d’origine musulmane. « Il y a effectivement des quartiers où il ne fait pas bon s’aventurer pour un Juif visible, et il arrive trop souvent que dans les écoles publiques, des élèves qui portent un nom juif soient pris à parti », concède rav Wolff, le Dayan d’Amsterdam.
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