10 juillet 2007
Texte repris du site Agora Vox.
Voici bientôt un mois, le 14 juin 2007, un engin incendiaire a été découvert sous une voiture auto-école, dans le quartier Saint-Cyprien de Toulouse. Stationnée à proximité dun immeuble résidentiel, la voiture piégée a été neutralisée à temps. Lenquête sitôt ouverte a vite abandonné la piste de lauto-école, tandis que les locataires de limmeuble ont été contactés. « Pour lheure, cest une personne privée qui semble visée », précisait Paul Michel, procureur de la République de Toulouse, cité dans le journal 20 minutes, qui rapporte lincident. Depuis, pas de nouvelles.
Les voitures piégées représentent un moyen « facile » de terreur et de suppression des personnes dérangeantes. Très en vogue dans les pays déchirés que sont lIrak et le Liban, elles ne sont pas rares en Europe, comme nous le prouve encore la récente tentative dattentat à Glasgow. A Toulouse, le dernier engin explosif, trouvé devant le service des impôts, remonte au 7 mars dernier. Si le choix des impôts comme cible ne choque pas outre mesure, il est légitime de se demander ce qui a bien pu pousser un terroriste en herbe à placer une « bombe » dans le quartier paisible de Saint-Cyprien.
Simple coïncidence ? Limmeuble résidentiel se trouve être le siège du MEP (Middle East Pact), dont ladresse circule sur internet. Ce Pacte du Moyen-Orient, qui uvre pour la démocratisation du Moyen-Orient, est une initiative de lEgyptien Masri Feki, président de lAFEMO (Association francophone détudes du Moyen-Orient), basée à Sciences-Po Toulouse. Le MEP a opté pour une stratégie qui nest pas du goût de tous : mettre en avant les minorités de la région, si nombreuses et diversifiées quensemble, elles deviennent la majorité face aux dictatures qui les marginalisent.
Au moyen dun site donnant régulièrement des nouvelles des minorités du Moyen-Orient et affichant des opinions progressistes, au moyen dune assemblée du Moyen-Orient entendue de lONU et faisant office de lobby quand nécessaire, le MEP entend développer la vision dun Moyen-Orient dont la pluralité ethnique, religieuse et linguistique est la clé : on parle arabe au Moyen-Orient, mais aussi farsi, turc, hébreu et kurde ; on y est sunnite, mais aussi chiite, chrétien ou juif ; on y est arabe, mais aussi turc, kurde ou copte.
Le Moyen-Orient pluriel a toutefois des points communs, des objectifs communs, et donc un avenir commun : cest une région du monde largement monothéiste et attachée aux traditions, où lon va bien souvent la tête couverte. Cest surtout une région qui a des intérêts communs, sécuritaires et économiques, ce quelle rechigne parfois à admettre.
Face à linsuffisance de lintégration régionale, aux initiatives de paix jamais abouties, aux élections démocratiques qui mènent les islamistes au pouvoir, les visionnaires du MEP proposent de repenser le Moyen-Orient dans son ensemble et sa pluralité, de créer le Moyen-Orient, dont les pays nont pas dhistoire commune. Une note despoir en des temps difficiles.
Nathalie Szerman
© Agora Vox
* Journaliste indépendante franco-israélienne installée à Jérusalem, a notamment réalisé des reportages sur diverses communautés religieuses et ethniques dIsraël (les Hébreux noirs, les Coptes, les bahaïs, les druzes, les karaïtes, etc.).
Mis en ligne le 14 juillet 2007, par M.











