Sur le site Walfadjiri.
Le verdict est tombé mardi matin. Les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien, accusés davoir délibérément transmis le virus du sida à des enfants, ont été condamnés à mort par la justice libyenne. Incarcérés depuis février 1999 en Libye, les personnels soignants avaient été condamnés à la peine capitale une première fois, en 2004, sur la base daveux extorqués sous la torture. Leur appel avait été accepté par la Cour suprême du pays, qui avait ordonné un nouveau procès, reporté de nombreuses fois, sans raisons officielles. Le 4 novembre dernier, lors de la dernière audience, la peine de mort avait à nouveau été requise à leur encontre. Les infirmières et le médecin sont accusés davoir transmis le virus du sida, à lhôpital de Benghazi (nord-est), à 426 enfants, dont 52 sont décédés. La dernière victime, une fillette de 9 ans, est morte le 24 octobre dernier. Et, selon lune des familles, un garçon de 8 ans, infecté, serait également mort ce mardi.
Le verdict, très attendu par la communauté internationale, nest pas une véritable surprise pour les défenseurs des droits de lhomme. Lambiance de ces derniers jours nous fait penser que les choses étaient déjà préparées du côté des autorités libyennes. Il y a eu par exemple une campagne de presse incroyable de la part des familles des victimes, plus que jamais remontées contre les accusés et qui, dans les médias, demandaient leur condamnation à mort. 'Mardi matin même, avant louverture de laudience, il y avait une très forte tension autour du tribunal et une vraie pression sur les avocats de la défense', explique Michel Taube, de lassociation Ensemble contre la peine de mort (Ecpm). La sentence ne précise pas comment doit être appliquée la peine. En Libye, les condamnés à mort sont exécutés par balle, ou par pendaison.
Un avocat de la défense a immédiatement annoncé que les six accusés avaient décidé de faire appel de cette sentence. 'Il faut absolument saisir la Cour suprême, qui nous avait été favorable une première fois, en demandant un nouveau procès. Nous espérons quelle sera encore sur la même longueur donde, mais rien nest moins sûr', sinquiète Antoine Alexiev, de lassociation Avocats sans Frontières, qui a apporté son aide aux avocats libyen et bulgare sur place. 'Nous sommes très moyennement optimistes, car la Cour dappel va devoir statuer en dernier ressort. La première fois, la Cour suprême sétait prononcée sur la légalité dune procédure. Cette fois-ci, les juges seront les derniers à se prononcer sur la culpabilité ou la non-culpabilité des accusés. Ils auront donc une pression beaucoup plus importante'.
Alors que les accusés, très éprouvés psychologiquement et physiquement par leur emprisonnement de sept années, ont éclaté en sanglots à lénoncé du verdict, à lextérieur du tribunal de Tripoli, les familles des victimes ont accueilli la décision des juges en dansant et en chantant. 'Je suis heureux du verdict, il montre limpartialité de la justice libyenne', sest félicité lun des avocats des familles, Abdallah al-Moghrabi. 'Mais cette condamnation nannule pas la demande dindemnités, les familles ont besoin des indemnités réclamées', a-t-il précisé. Le tribunal de Tripoli a condamné, mardi, lEtat libyen à verser à chaque famille des indemnités allant de 250 000 à 800 000 dollars par victime. Depuis des années, les familles des enfants infectés demandent des dédommagements. Le 12 septembre dernier, elles avaient réclamé 15 millions de dollars par enfant atteint. En décembre 2005, la Bulgarie, en partenariat avec lUnion européenne (Ue), les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, avait constitué un fonds international pour aider la Libye à combattre le sida, assurer la mise aux normes de lhôpital de Benghazi et dédommager les victimes ou leurs familles. En outre, quelque 150 enfants libyens sont actuellement soignés en France et dautres en Italie. Mais cela na pas suffi.
Depuis 1999, les six accusés clament leur innocence. Un grand nombre denfants nont jamais été soignés au sein des services dans lesquels les accusés ont travaillé, et 'lune des infirmières inculpées na jamais travaillé à lhôpital de Benghazi, son seul tort est dêtre bulgare', rappelle Emmanuel Altit, dAvocats sans frontières. Le professeur français Luc Montagnier, co-découvreur du virus du sida, avait témoigné en faveur des infirmières et du médecin, lors du premier procès de mai 2004, avec un rapport dexperts expliquant la propagation du virus dans lhôpital par les mauvaises conditions dhygiène. Le 6 décembre dernier, la très réputée revue britannique, Nature, a livré les conclusions dune analyse réalisée à partir déchantillons prélevés sur 44 enfants infectés. Une étude qui prouve que les enfants pourraient avoir été infectés jusquà trois ans avant larrivée des infirmières et du médecin en Libye. Mais les juges ont toujours ignoré ces rapports internationaux.
'Aucun des éléments qui prouvaient linnocence des infirmières na été pris en compte', indique Emmanuel Altit. Pour lui, le verdict de mardi 'nest pas une défaite des avocats mais une défaite du système libyen. Probablement, des responsables libyens pensent-ils avoir réussi à montrer de la fermeté. Mais, à lévidence, pour lensemble de lopinion publique internationale, cela montre une seule chose : que ce procès na été ni juste ni équitable'.
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Mis en ligne le 20 décembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











