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L'extension pacifique de la démocratie, J.-Ph. Katz
On le sait, et on le répète à l’envi chez les fans de Chirac et de Védrine, «la démocratie ne peut être imposée de l’extérieur» dans un pays comme l’Irak. Mais jamais personne n’indique la manière ad hoc d’imposer cette vertu dans une tyrannie de ce type. Comment imaginer que la révolution douce à l’ukrainienne (dont il serait bon d’éclaircir les véritables motivations et fondements) puisse survenir dans une dictature irakienne, iranienne ou nord-coréenne ?
Les pacifistes, tenants de cette thèse, ont-ils cité un seul exemple à l’appui de leur conviction? Les pauvres Kurdes ou Chiites qui ont tenté de renverser, plus ou moins violemment, le régime de Saddam peuvent témoigner de ce que ce despote n’était prêt à aucun compromis. Que les diplomates du Quai d’Orsay préfèrent les salons feutrés des ambassades aux champs de bataille est une chose, mais qu’ils tentent de nous faire accroire que les Iraniens souhaitent développer une industrie nucléaire «civile» tout en étant assis sur des tonnes de barils de pétrole est une insulte à la raison. Rappelons que ces mêmes Iraniens ont réussi à économiser une belle somme en faisant annuler une dette, liée au pétrole, d’ailleurs, en menaçant la république française à coups d’attentats.
Car, hélas ! des morts innocents jalonnent cette histoire diplomatique hexagonale, et le dernier tour de passe-passe en date est le soi-disant revirement de Chirac, suite à l’assassinant de Rafic Hariri. Que le ressentiment conduise le chef de l’Etat à durcir le ton face à la Syrie, on s’en réjouira ici. Mais nous faire croire qu’il s’agit d’un changement de politique, voilà l’escroquerie. Le pillage continu du Liban par la Syrie existe depuis plus de vingt ans, l’appui syrien aux milices terroristes aussi, et l’impunité des assassins du diplomate Delamarre et de nos soldats à Beyrouth n’est pas près d’être remise en cause.
Et voilà donc que les amis de Assad, Arafat, Mohammed VI, et autres potentats nous expliquent inlassablement que la démocratie ne peut être imposée de l’extérieur. Qu’il faut laisser le temps au temps, autrement dit compter les décennies de sang et de larmes avec la certitude que la démocratie vient à qui sait l’attendre… en cellule. Il a suffi pourtant qu’Arafat disparaisse pour qu’une première élection palestinienne inaugure une certaine liberté d’expression politique. Le peuple libanais tire prétexte de l’assassinat de Hariri pour manifester son désir d’indépendance, et voilà le Quai d’Orsay qui feint d’organiser ces événements qui le dépassent. Il a suffi que Sharon mette en pratique le désengagement qu’il avait annoncé, pour que Chirac et Védrine restent muets devant l’événement, si éloigné de la vision onusienne du Proche-Orient où tout s’arrange à coups de grandes conférences et de casques bleus. Ces mêmes casques bleus si inutiles au Liban, si humiliés en Bosnie, si absents en Côte d’Ivoire.
La démocratie peut s’imposer de l’extérieur, les Japonais et les Allemands s’en souviennent, et bien des peuples la mériteraient. Mais, par définition, un peuple tyrannisé ne peut s’exprimer. Cette évidence échappe à nos chiraco-védriniens qui continuent de penser que, Moubarak un peu, et Ben Laden beaucoup, parlent au nom «des peuples arabes» que personne n’entend jamais. Même les manifestations de masse attendues en réaction à l’action américaine en Irak n’ont pas eu lieu. Cette mystification n’a qu’un seul but : la sacro-sainte «stabilité du Proche-Orient», que les Etats-Unis ont justement mise à mal pour que fleurissent un peu de démocratie et de liberté des peuples. Vue de Paris, la stabilité du Proche-Orient c’est, à la vérité, celle des accords économiques, des amitiés de salon et de Sciences-po, des contrats d’armement. Bref, le véritable néo-colonialisme c’est bien de discuter avec le caïd ou le raïs en place, plutôt qu’avec un Premier ministre élu.
Il n’y a qu’une voie, c’est l’appui aux démocrates qui militent avec un courage, qui a disparu sous nos latitudes, pour qu’existe chez eux la liberté politique. Même si, à en juger par les années écoulées, ils se tournent plus naturellement vers les Etats-Unis que vers l’Europe…
© J-Ph. Katz et upjf.org
Mis en ligne le 23 mars 2005 sur le site www.upjf.org.
Les pacifistes, tenants de cette thèse, ont-ils cité un seul exemple à l’appui de leur conviction? Les pauvres Kurdes ou Chiites qui ont tenté de renverser, plus ou moins violemment, le régime de Saddam peuvent témoigner de ce que ce despote n’était prêt à aucun compromis. Que les diplomates du Quai d’Orsay préfèrent les salons feutrés des ambassades aux champs de bataille est une chose, mais qu’ils tentent de nous faire accroire que les Iraniens souhaitent développer une industrie nucléaire «civile» tout en étant assis sur des tonnes de barils de pétrole est une insulte à la raison. Rappelons que ces mêmes Iraniens ont réussi à économiser une belle somme en faisant annuler une dette, liée au pétrole, d’ailleurs, en menaçant la république française à coups d’attentats.
Car, hélas ! des morts innocents jalonnent cette histoire diplomatique hexagonale, et le dernier tour de passe-passe en date est le soi-disant revirement de Chirac, suite à l’assassinant de Rafic Hariri. Que le ressentiment conduise le chef de l’Etat à durcir le ton face à la Syrie, on s’en réjouira ici. Mais nous faire croire qu’il s’agit d’un changement de politique, voilà l’escroquerie. Le pillage continu du Liban par la Syrie existe depuis plus de vingt ans, l’appui syrien aux milices terroristes aussi, et l’impunité des assassins du diplomate Delamarre et de nos soldats à Beyrouth n’est pas près d’être remise en cause.
Et voilà donc que les amis de Assad, Arafat, Mohammed VI, et autres potentats nous expliquent inlassablement que la démocratie ne peut être imposée de l’extérieur. Qu’il faut laisser le temps au temps, autrement dit compter les décennies de sang et de larmes avec la certitude que la démocratie vient à qui sait l’attendre… en cellule. Il a suffi pourtant qu’Arafat disparaisse pour qu’une première élection palestinienne inaugure une certaine liberté d’expression politique. Le peuple libanais tire prétexte de l’assassinat de Hariri pour manifester son désir d’indépendance, et voilà le Quai d’Orsay qui feint d’organiser ces événements qui le dépassent. Il a suffi que Sharon mette en pratique le désengagement qu’il avait annoncé, pour que Chirac et Védrine restent muets devant l’événement, si éloigné de la vision onusienne du Proche-Orient où tout s’arrange à coups de grandes conférences et de casques bleus. Ces mêmes casques bleus si inutiles au Liban, si humiliés en Bosnie, si absents en Côte d’Ivoire.
La démocratie peut s’imposer de l’extérieur, les Japonais et les Allemands s’en souviennent, et bien des peuples la mériteraient. Mais, par définition, un peuple tyrannisé ne peut s’exprimer. Cette évidence échappe à nos chiraco-védriniens qui continuent de penser que, Moubarak un peu, et Ben Laden beaucoup, parlent au nom «des peuples arabes» que personne n’entend jamais. Même les manifestations de masse attendues en réaction à l’action américaine en Irak n’ont pas eu lieu. Cette mystification n’a qu’un seul but : la sacro-sainte «stabilité du Proche-Orient», que les Etats-Unis ont justement mise à mal pour que fleurissent un peu de démocratie et de liberté des peuples. Vue de Paris, la stabilité du Proche-Orient c’est, à la vérité, celle des accords économiques, des amitiés de salon et de Sciences-po, des contrats d’armement. Bref, le véritable néo-colonialisme c’est bien de discuter avec le caïd ou le raïs en place, plutôt qu’avec un Premier ministre élu.
Il n’y a qu’une voie, c’est l’appui aux démocrates qui militent avec un courage, qui a disparu sous nos latitudes, pour qu’existe chez eux la liberté politique. Même si, à en juger par les années écoulées, ils se tournent plus naturellement vers les Etats-Unis que vers l’Europe…
© J-Ph. Katz et upjf.org
Mis en ligne le 23 mars 2005 sur le site www.upjf.org.











