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Pendules françaises et russes remises à l'heure par Glucksmann
Oui, l'ami américain, par André GlucksmannLe Monde
07.06.04
Extraits :
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On parle à tort et à travers, par les temps qui courent, de "légitimité internationale". La seule, la vraie, fut inaugurée sur les plages normandes.
Si l'ONU, malgré son côté capharnaüm, ne ressemble pas tout à fait à la triste Société des nations, c'est que ses fondateurs à San Francisco avaient juré que le Japon et l'Allemagne ne seraient ni conquis ni colonisés, mais purement et simplement libérés du fascisme. D'où deux principes qui, étayant silencieusement la Charte des Nations unies, commandent ses inévitables ambiguïtés et contradictions :
1. - le droit des peuples à être libérés ;
2. - l'autolimitation du droit du vainqueur, interdit de conquête, mais introducteur de démocratie.
Le droit des peuples à être libérés d'un despotisme extrême -droit au Jour J- prime sur le respect ordinaire des frontières et le principe séculaire de souveraineté. Eu égard à la Déclaration universelle des droits de l'homme, expérience des totalitarismes aidant, le très essentiel droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ne doit ni garantir ni impliquer le droit des
gouvernants à disposer de leurs peuples.
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Les Etats-Unis peuvent-ils encore se réclamer du droit d'ingérence baptisé dans le sang versé pour libérer l'Europe? Oui. Malgré les ignominies récentes commises dans les prisons irakiennes, insupportables moralement, politiquement contreproductives et stratégiquement absurdes, dont ils portent l'entière responsabilité ? Oui.
Car dans le pire comme pour le meilleur, les Etats-Unis demeurent une démocratie. Et même la plus exemplaire des démocraties. La seule à ma connaissance qui n'ait pas censuré, en pleine guerre, la publication des crimes commis par ses soldats. La seule où la presse et la télévision dévoilent en quelques semaines l'ampleur des exactions et scrutent librement
les tenants et les aboutissants du désastre accompli. La seule où les commissions d'enquête parlementaires citent à comparaître un président, des ministres, des généraux, les chefs des services secrets en les interrogeant sans ménagement ni restriction.
Je rappelle que la France, si généreuse donneuse de leçons, n'a jamais, en quarante ans, inculpé, jugé ou condamné un seul des militaires qui torturèrent pendant la guerre d'Algérie.
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Voilà qui nous élève, nous, Français, à des hauteurs morales inaccessibles aux rustres yankees affligés d'une presse insolente, d'un Sénat questionneur et de gouvernants contraints d'ouvrir leurs dossiers pour s'expliquer en temps réel.
Ailleurs, écoutez la différence, l'omerta règne. Avril 2004. Première vidéo : tortures systématiques,yeux énucléés,membres arrachés de présumés combattants, pyramide de corps. Deuxième vidéo : exécution délibérée d'une mère et de ses 5 enfants (de 12 mois à 7 ans) dans les environs de Chatoï (Tchétchénie). Deux témoignages filmés par des soldats russes écoeurés devant les hauts-faits de leurs compagnons d'armes. Un seul journal de Moscou,
Novaïa Gazeta, publie les photos. Aucune vague. Silence radio, silence télé, silence de la justice, pas un mot côté hiérarchie militaire et politique, mutisme mondial. Bush est accueilli sous les protestations, Poutine comme un frère.
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André Glucksmann, philosophe.
© Le Monde 2004
[Article aimablement signalé par N. Lipszyc.]
On peut lire l'intégralité de l'article sur le site laminutedusablier.
Mis en ligne le 09 juin 2004 sur le site www.upjf.org.











