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Lettre d'excuses d'un député bruxellois à George W. Bush
Lettre d'excuses publiques, adressée par Monsieur Albert M. Mahieu *, député de la région de Bruxelles-capitale, à MM. G.W. Bush et T. Blair, pour déplorer la conduite irresponsable du ministre des Affaires Etrangères de son pays à l'égard des Etats-Unis et de leur Président[Ceux qui soupçonneraient l'auteur d'être mu par des arrières-pensées électorales doivent savoir que M. Mahieu n'est pas candidat aux prochaines élections belges. Sa prise de position courageuse, surtout dans le contexte global actuel de contestation systématique des initiatives américaines, m'a paru digne d'être mise en ligne sur notre site. M. Macina]
11 avril 2003
Monsieur George W. Bush
Président des États-Unis d'Amérique
Aux bons soins de Son Excellence
l'ambassadeur des États-Unis d'Amérique à Bruxelles
Monsieur le Président,
«Soldiers, Sailors and Airmen of the Allied Expeditionary Force, you are about to embark upon the great crusade toward which we have striven these many months. The eyes of the world are upon you. The hopes and prayers of liberty-loving people everywhere march with you.» General Dwight Eisenhower, June 6, 1944 - D-Day.
«Soldats, marins et aviateurs des Forces Expéditionnaires Alliées, vous êtes sur le point de vous embarquer pour la grande croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. Les yeux du monde sont braqués sur vous. Les espoirs et les prières de tous les peuples épris de liberté vous accompagnent .» Général Dwight Eisenhower, le 6 juin 1944 - Jour du débarquement en Normandie.
C'est en ces termes que les forces alliées écrivaient l'histoire, il y a près de 60 ans. Depuis lors, le monde est devenu plus complexe. D'autres périls sont apparus, que l'on ne peut conjurer en feignant naïvement de les ignorer.
Face au terrorisme aveugle, l'absence de recours adéquat et ciblé à la force expose immanquablement les États démocratiques à un déferlement incontrôlable de violence. Votre coalition, Monsieur le Président, a lancé, le 20 mars 2003, une opération visant à sortir d'un chaos géopolitique préoccupant et à assurer la paix aux générations futures. Votre courage politique et votre détermination, au risque d'une impopularité temporaire, forcent le respect.
***
Le Ministre belge des Affaires Étrangères, Monsieur Louis Michel, a délibérément provoqué une crise virtuelle entre alliés de toujours.
Alors qu'aucun élément objectif ne justifiait d'adopter à votre égard une attitude hostile et injurieuse, il a poussé cette crise jusqu'à son paroxysme afin que son parti en recueille les dividendes à l'occasion des élections fédérales belges du 18 mai 2003.
Cette récupération pourrait, à son estime, lui permettre de décrocher le poste de Premier Ministre.
Brocardant le prétendu «suivisme» de certains à votre égard, Monsieur Louis Michel s'est, en réalité, comporté en véritable vassal de la France.
En se soumettant à ses diktats, espère-t-il secrètement que sa servilité sera récompensée à l'Union européenne, où le mandat de Monsieur Romano Prodi s'achèvera prochainement ? Par ailleurs, Monsieur de Villepin n'aurait-il pas lâché incidemment que «le Premier Ministre belge, Monsieur Guy Verhofstadt remplirait à merveille la nouvelle fonction de président du Conseil européen» ? Monsieur Louis Michel n'a pas hésité à sacrifier les relations entre nos pays sur l'autel de ses ambitions politiques personnelles. Son ton faussement moralisateur - «La guerre aurait pu, voire dû être évitée» - tranche avec l'opportunisme forcené et à courte vue dont il fait montre sans vergogne.
En réalité, le bon sens ne commandait-il pas que la Belgique, petit pays de 10 millions d'habitants, adopte une position de neutralité qui ne l'expose pas inconsidérément ? Au lieu de vous apporter un soutien moral inconditionnel, Monsieur Louis Michel a préféré exhorter la population à manifester contre vous.
Ses maladresses ont terni l'image de la Belgique sur la scène internationale. En violation flagrante d'un traité bilatéral conclu en 1971, n'a-t-il pas prétendu vous interdire les droits de transit et de survol du territoire ? Loin d'être échaudé par cette première bévue, n'a-t-il pas voulu dénoncer unilatéralement ledit traité, sans respecter, de surcroît, le préavis de six mois ? Le Premier Ministre belge n'a-t-il pas dû le désavouer publiquement ?
Non seulement cette crise est totalement artificielle mais, qui plus est, elle met singulièrement à mal les intérêts essentiels de la Belgique. Dans cette affaire, les Belges ont été désinformés, grugés et instrumentalisés.
***
Depuis le 11 septembre 2001, s'agissant de faire pièce aux ennemis de la démocratie et de combattre le terrorisme, l'attentisme n'est plus de mise.
En temps de crise tout particulièrement, un homme politique responsable évite les excès de langage et les prises de position gratuitement provocatrices, surtout vis-à-vis d'alliés traditionnels. Notre ministre n'a, quant à lui, pas exprimé son opinion dissidente avec la correction et la pondération requises.
Le tort causé à la Belgique par l'attitude démagogique, les gesticulations et les anathèmes de son Ministre des Affaires Étrangères sera-t-il irrémédiable? Ce dernier ne trahit-il pas son opinion publique ?
Cette question, une frange large, mais par trop silencieuse, de la population belge se la pose. En effet, d'après un sondage publié dans le quotidien «Le Soir», du 4 avril 2003, si «dès avant le déclenchement des hostilités», 30% des sondés étaient favorables, voire très favorables «à une intervention militaire avec l'accord de l'ONU», et donc 70% opposés, désormais la tendance s'est inversée.
Aujourd'hui, il n'y a plus que 38% des Belges qui considèrent que l'intervention militaire menée par la coalition doit, immédiatement, être interrompue sans condition. Ce pourcentage tombe même à 28% du côté francophone.
C'est donc bien une très large majorité de 62% en Belgique, 72% du côté francophone, qui s'oppose fermement à «stopper la guerre sans condition» comme le réclame un Louis Michel, bien isolé.
Parmi ces 62% :
- 30% estiment que votre intervention doit continuer jusqu'au renversement de Saddam Hussein et de son gouvernement.
- 32% estiment qu'elle ne devrait être interrompue que si certaines conditions sont réalisées (l'exil de Saddam par exemple, en conformité avec votre proposition ?).
Me faisant l'interprète de cette majorité de 62% des Belges - 72% dans la partie francophone à laquelle appartient Louis Michel -, je souhaite, Monsieur le Président, vous présenter des excuses sincères pour cette méprise et ce comportement regrettables.
Vous pouvez compter sur l'indéfectible amitié et le soutien actif de cette frange de la population qui vous est acquise.
C'est pourquoi, il me semble indiqué de créer un comité de soutien visant à rétablir des relations respectueuses entre États-Unis, Royaume-Uni et Belgique, le B4U - Belgium for U.S. & U.K.
Un courrier semblable est adressé ce jour à Monsieur le Premier Ministre du Royaume-Uni Anthony Blair.
Je prie Monsieur le Président de bien vouloir agréer l'expression de ma plus haute et très respectueuse considération.
Bruxelles, le 9 avril 2003.
* Albert Mahieu est administrateur de sociétés et député bruxellois indépendant
La page Web décrivant sommairement sa carrière est www.parlbru.irisnet.be/fr/deputes/MAHIEU.htm
Son adresse électronique : albert.mahieu@usa.net
[color=red[Vous pouvez, bien sûr, exprimer votre appréciation éventuelle directement à A. Mahieu.]
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Ce texte nous a été communiqué par info@desinfo.be











