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1938-2003: L'histoire est un éternel recommencement, Jose M Gonzales
15/02/03La Revue Politique : www.revue-politique.com/6_01_06544.htm
Les munichois triompheront donc une nouvelle fois. Soixante-cinq ans après le triomphe de Daladier accueilli en «sauveur de la paix» par une foule en liesse, probablement la plus importante depuis la fin de la première guerre mondiale, convaincue que la paix avait été sauvée par la signature des accords de Munich. Chamberlain rencontrait la même liesse populaire dans les rues de Londres, bien loin de la campagne anglaise où le vieux Churchill sétait retiré, sa carrière politique apparemment arrivée à son terme, dépassé par lhistoire, devait-on penser dans les salons de la capitale britannique.
La clameur de la foule nétouffait-elle pas une de ces nouvelles colères dont le vieux lion avait le secret, en voyant cette Angleterre en liesse, cette Europe aveugle qui sétait cru sauvée en sacrifiant le petit peuple des Sudètes, après avoir laissé succomber lEspagne républicaine ?
«Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre», lança le déjà vieil homme, au crépuscule de sa vie politique, alors que rien ne laissait présager quil deviendrait un jour premier ministre, lui qui avait hanté pendant tant dannées les palais de lEmpire, de ministère en ministère, sans jamais entrer au 10 Downing street.
Ce 15 février 2003, la foule battra le pavé des plus grandes villes du monde. Des millions de gens, célébrant la paix, de Paris à Londres, de Berlin à Rome, jusquaux cités des nouveaux mondes, de Melbourne à Los Angeles, dans toute lAmérique où sont attendues les plus grandes manifestations depuis la guerre du Vietnam, avec une Madonna improvisée en Jane Fonda des porte-jarretelles, ne sachant plus comment relancer une carrière sur le déclin, à linstar de quelques autres acteurs sur le retour. Mais ne nous moquons pas, navions-nous pas chez nous Pierre Arditi jouant les Jean Moulin de salon, au soir du 21 avril 2002, et qui défilera, cet après midi, dans le même cortège que Jean-Marie Le Pen. Le 12 septembre 2001, tous Américains, et aujourdhui tous Irakiens ! La pensée des élites prend parfois des raccourcis qui nous surprennent.
Les Américains justement, eux dont New York fut le Guernica dune nouvelle guerre qui avait commencé bien avant le 11 septembre en vérité, dont Israël fut le premier front, le Cachemire un autre, et lAfrique noire une terre conquise en moins de vingt ans, de façon spectaculaire, par lIslam, seront bien seuls aujourdhui. De lincompréhension à la haine, voilà même la droite mêlant sa voix à celle des ennemis irréductibles de lAmérique : trotskistes et gauchistes de toutes les tendances, depuis la secte dArlette jusquà la Ligue Communiste Révolutionnaire, en passant pas les Verts, qui, de dérapage en paroles malheureuses, ont montré, ces dernières semaines, leur véritable visage, leur haine des juifs et dIsraël. Etrange convergence dune classe politique dont la corruption et la démagogie sont devenues sans limite, sombrant désormais dans un populisme attelant la peur à la lâcheté.
Et de manipuler les peuples depuis des mois, de leur bourrer le crâne des pires mensonges, de tronquer lhistoire elle-même en la réécrivant. Ainsi, dans telle émission, faussement présentée comme un débat, où Del Valle se retrouve seul contre six, tandis quun quelconque «expertologue», soudainement promu au rang de «personnalité parfaitement informée», détentrice la «vérité», explique quau fond, ceux qui ont toujours déclenché les guerres, ce sont les Etats-Unis, et à chaque fois pour servir leurs intérêts économiques. Et de nous suggérer même que, finalement, Hitler est lui-même une «invention» américaine, ayant servi de prétexte pour déclencher la seconde guerre mondiale en Europe, et ainsi laffaiblir, la déposséder de ses empire coloniaux, et dominer le monde (leur but suprême). Dailleurs, ajoute-t-il, IBM na-t-il pas équipé les Allemands pour planifier lextermination des juifs ? En réalité, il sagissait dimposants calculateurs, ancêtres de nos ordinateurs, vendus à tous les pays européens qui nen possédaient pas la technologie, et qui servaient, entre autres, à la gestion de fiches perforées! Mais peu importe, plus le mensonge est gros, plus il passe, telles ces allusions, à peine voilées, qui laissent entendre, au vingt heures de telle ou telle chaîne, que le message de ben Laden est arrivé si «opportunément» pour Georges W. Bush, que lon peut se demander si... (La thèse de Meyssan nest pas loin !)
Et pour ne pas faire dans laméricanophobie - dont, bien sûr, chacun se défend, tant tous ces hommes politiques de gauche comme de droite aiment «profondément» lAmérique, «noublient pas tout ce quelle a fait dans le passé», certains avouant même quils se «passionnent» pour Ella Fitzgerald, Samuel Becket, et le gospel (et pourquoi pas Britney Spears ?) - on nous présente tout de même quelques citoyens américains méritants ayant réussi à se distancer de "lénorme machine de guerre médiatique et de propagande de Washington », et qui manifesteront, cet après-midi, à New-York - quel symbole ! et Georges Clooney, le Pierre Arditi américain, star de la télé qui a raté sa reconversion cinématographique, de savouer «chiraquien» ! Et cet autre américain, noir, comme il se doit - sous-entendu : pauvre noir dans cette Amérique blanche, dont le racisme est bien connu - venu exprès à Paris - ce doit être un «pauvre» de Brooklyn probablement - pour dire que «tous les Américains ne sont pas derrière Bush». Cest vrai, ils ne sont que 90% derrière leur président, mais ce ne sont pas ceux-là que nous verrons et entendrons sur France 2, la voix de la France, le «Radio Paris» du XXIe siècle. Vous vous souvenez du leitmotiv de la Résistance française : «Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand» ?
Car, au fond, le grand schisme qui a vaincu loccident, divisé profondément lAmérique du reste du monde libre - dont elle fut pourtant le socle qui permit à ce dernier de subsister face au nazisme et au communisme -, ce schisme nest que celui de la peur et de la lâcheté.
Oui, Ben Laden a profondément changé le cours de lhistoire. Il a efficacement remodelé le monde, en instaurant le règne de la peur et de la terreur, dans lequel sengouffrent aujourdhui les foules en liesse pour célébrer lisolement américain, fustiger le courage exemplaire de Tony Blair et de José Maria Aznar. Pourtant, seuls ces derniers pourront regarder lhistoire en face, comme le fit Winston Churchill quand les mensonges de Chamberlain et Daladier furent avérés, quand sera démasquée la forfaiture de Jacques Chirac et celle de Gerhard Schroeder, qui ont conduit leurs peuples et lOccident vers le gouffre, en les aveuglant de paroles lénifiantes sur la paix dans le monde, alors quils ne défendent que leur intérêts. Pour mémoire, ces intérêts sont de deux ordres: sauvegarder leurs avantages pétroliers - ce qui nest plus à démontrer; et surtout sattirer lâchement la clémence des islamistes, en espérant quils leur épargneront le prix de la liberté, qui est aussi celui du sang, celui des attentats.
Comme en 1938, la peur et la lâcheté lont emporté. Le déshonneur et la guerre viendront plus tard, le chemin est inéluctable. Lhistoire nest quun éternel recommencement, et seuls des hommes éclairés savent quel sera le prix de leur isolement et de leur responsabilité à venir, quand le monde défait se tournera vers eux, qui lavaient pourtant averti sans être entendus ni compris, tant la clameur des foules est portée par le vent irrésistible des discours rassurants, qui voudraient nous faire croire que la paix est possible.
Et comment en vouloir à ces millions de gens, à ces jeunes dont la vie est devant eux et qui préfèrent la perspective dun monde apaisé à celle du sang et des larmes ? Comment en vouloir à ces adultes qui ont déjà payé cher le prix des guerres passées ? Comment ne pas éprouver de la compassion pour ces millions de gens qui fêteront leur Munich, croyant que la paix peut être sauvée, aveuglés par des hommes politiques irresponsables, démagogues et lâches qui leur mentent en leur faisant croire à leurs rêves et en leur dissimulant la réalité de létat du monde de laprès 11 septembre 2001. La géopolitique peut-elle prévaloir contre les discours faciles?
La réalité, c est que nous venons doffrir une victoire denvergure au terrorisme des Ben Laden et consort islamistes. La vérité, cest que lOccident ressort de là considérablement affaibli comme les démocraties, en 1938, face à lextension du nazisme. La guerre contre lislamisme sera longue et cruelle. Nous le savons maintenant, comme dans la France de lOccupation, malgré lhéroïsme de quelques-uns, la lâcheté et la faiblesse seront nos premiers adversaires, bien plus que lennemi lui-même.
Jose M Gonzales
© 2003 La Revue Politique











