mardi, 11 février 2003
Lhistoire peut sans doute se réécrire, encore faut-il que la mémoire vivante ait succombé et nait laissé quaux livres de ceux daprès, le soin décrire ce que fut le temps davant. Mais ceux qui voudraient changer nos esprits et nous convaincre que ce que ce qui a été, navait que semblé lêtre sans quil fût réellement, aujourdhui dominent le monde de leurs interprétations fallacieuses, de leurs mensonges et de cette lâche infamie qui les pousse à manipuler quand la vérité leur est contraire.
Jamais je naurais imaginé quun jour je puisse user de ces mots qui me font si mal: je ressens un terrible sentiment de honte quand je vois ce quest devenu ce pays qui fut le mien, avant de nêtre plus que cela, que ce quil est, ces derniers jours, comme une blessure profonde en moi, qui salit tout, et fait saigner ma mémoire.
Je ne suis pas dici, certes, et, pour tout dire, je ne lavais pas ressenti avant ce jour. Il mavait donc fallu toute une vie dillusions, ou presque, pour me sentir, en un instant, étranger à ce que je croyais être ma terre et qui ne la peut être jamais été tout à fait. En effet, en ces temps, le choix de la France non seulement nest pas le mien, mais il touche à lessentiel dun équilibre que javais cru inné, naturel, évident. Le présent contre le passé, cette France haineuse contre mon passé et mon sang, ma terre, mon continent natal.
Je suis de lautre continent, donc, de cette terre maudite que les dieux sont appelés à bénir à chaque moment de ces autres vies qui se passent là-bas, si étrangères aux miennes, si lointaines, et dont je partage pourtant, aujourdhui, la solitude ; en ces temps où le mensonge, la lâcheté et la traîtrise sont les maîtres de votre impuissance et de vos discours. Je ne suis quun pro-Américain, dites-vous, parce que je dis simplement que cest bien lAmérique quon a frappée le 11 septembre, après avoir refusé la paix à Camp David, et que lIrak nest quune étape, préalable aux autres, du processus de défense et de lutte contre lislamo-terrorisme, quelle oppose en réaction à cette agression sauvage dont New-York fut le théâtre.
Pro-Américain: si vous saviez comme je suis bien plus que cela. Si vous pouviez imaginer, comme moi je sais, ce que lavenir nous réserve à tous. Vous trembleriez comme je mapaise et me donne au temps qui me laisse tant de temps pour vivre encore, au vent des mots dailleurs et de leur espérance messianique.
Cest comme si je pouvais traverser locéan, et toucher le ciel du bout de mes doigts, plus haut que les tours quils ont abattues et qui se relèveront bientôt, plus belles et remplies de lumière. On nabat pas les rêves: on ne tue que des vies, mais pas la vie elle-même, ni lespérance qui la fait "être".
Le lien sest rompu. Sans douleur, je regarde la rive sestomper, disparaître peu à peu, à chaque ligne écrite avec ces mots. La musique est belle et je me nourris de ce vent venu de louest, Ce vent que vous naimez généralement pas, doux et humide, comme une nuit damour où les amants se quittent, une dernière fois. Je ne sais que trop bien que vous êtes dici et que je suis dailleurs: vous me lavez tant dit, ces derniers mois. Je sais quau fond, nous ne sommes pas, nous navons jamais été, et jamais nous ne serons dun même écho. Je ne suis pas triste, juste mélancolique, puisque lhistoire se termine, simplement.
Oh ! bien sur, direz-vous, notre amitié ne peut pas être morte. Nous resterons sûrement amis, et mon amitié vous importe tant, que rien ne saurait être plus important à votre cur que de la garder près de vous. Parce que vous croyez en cette amitié, vous pouvez léprouver durement, linsulter même, comme vous le faites chaque jour de ces temps difficiles : de deuil pour nous, de parade pour vous, de Beyrouth à New-York, certain quelle ne rompra pas, cette amitié qui nous unit depuis si longtemps, dites-vous encore. Comme si vous y croyiez du plus profond de vous. Navez vous pas pleuré, le 11 septembre ? Ne vous êtes vous pas dit «Américain», le 12 ? nêtes-vous pas venu survoler les ruines de nos illusions dantan, en hélicoptère ?
Si vous saviez comme vos mots ne me touchent plus, comme je ne les crois plus, et comme je sais deviner, derrière chacun deux, votre vrai visage, votre mensonge et votre perfidie. Il y a longtemps que votre regard sest détourné vers le sud, vers lorient, comme unique horizon de votre déclin et de vos rêves de grandeur déchus. Mais, sachez bien que vous nêtes rien. Vous avez été de ces amours inoubliables, de ces maîtresses qui marquent toute une vie. Mais, aujourdhui, vous nêtes rien. Bien moins que ça même.
Vieille femme, vieille France, je vous regarde faire le deuil de vous-même dans la rancur et le mépris de vos amitiés et de votre propre histoire, crachant même sur ce baptême civil de 1905, que vous voudriez bien aujourdhui défaire, pour vous offrir à vos nouveaux soupirants. Que vos mots sont beaux, pourtant, si beaux encore, même sans la splendeur dautrefois, je ne peux mempêcher décrire dans votre langue, si belle, si expressive, comme un legs universel, le plus beau des joyaux laissé au monde, qui grandit sans vous et vous regarde succomber dans cet ultime sursaut dorgueil, avec ce dernier amant qui vous entraîne dans sa chute névrotique.
France, permettez moi de dire votre nom, encore une fois, je vous ai trouvée si belle, et vous létiez plus que je ne saurai jamais le dire. Plus belle encore que ma propre terre. Oh ! Dieu sait - sil existe, lui seul sait - combien je vous ai aimée et combien jai souffert de devoir vous perdre à cause de ce gigolo qui vous tourne la tête par ses tromperies et ses formules fallacieuses.
Je vais vous quitter bientôt. Il est déjà tard, le temps passe plus vite quon ne le croit au début. Je voudrais encore vous dire tout le bien et la peine que je ressentirai encore longtemps, quand je parlerai de vous sous cet autre ciel vers lequel je me tourne désormais. Il nest dadieu pire que celui-là.
Dans tes jardins repose mon père. Je garderai ce nom que lon ma donné quand je fus adopté ici, qui est celui dun homme mort pour votre liberté dans un de ces camps allemands, où vivre était le pire des châtiments.
Mais qui se soucie encore de cela, de nos jours ? Puisque, France, vous avez renoncé à vous battre, sans doute lâge venant, vous vous résignez à la nuit qui revient du plus profond des années 30. Plutôt lIslam de France que Mac Donald, plutôt palestinienne quisraélienne, plutôt arabe que juive en somme, plutôt irakienne quaméricaine donc...
Votre avenir mapparaît sombre. Je ne pourrai vous empêcher de vous laisser mourir. Je garderai le silence dans chaque pleur, quand vous vous éteindrez. Je vous ai tant aimée, France. Laissez moi vous le dire encore, une dernière fois: Vive la République !
Jose M Gonzales
© 2003 Revue-politique











