Vous êtes :
Accueil » International» Etats-Unis
Etats-Unis
Les intellectuels et Saddam, par Salama Ahmed Salama
Un grand nombre d'intellectuels, dont des personnalités éminentes, ont signé un communiqué appelant l'opinion publique arabe à exercer des pressions sur Saddam Hussein pour qu'il se retire, lui et le groupe de responsables qui l'entourent, du pouvoir. Et ce, afin d'éviter à l'Iraq et à la région tout entière une guerre destructrice. Selon le communiqué, le règne de Saddam est un cauchemar dont souffre le peuple iraqien depuis 3 décennies. Plus encore, pour les signataires, la démission immédiate du président iraqien est à même d'ouvrir la voie à l'instauration d'un véritable régime démocratique au terme d'une phase transitoire. Au cours de cette période et sous les auspices de l'Onu, une transition pacifique du pouvoir aura lieu en Iraq.
Il est à noter que cette invitation à la démission n'est pas la première du genre, elle était déjà faite par des hommes politiques arabes et américains, dont le secrétaire à la Défense américain Donald Rumsfeld. Selon ce dernier, les Etats-Unis peuvent fournir au président iraqien ainsi qu'à sa famille une terre d'asile et s'engagent à s'abstenir de toute poursuite judiciaire à son encontre, tout en épargnant à son pays les horreurs de la guerre.
Cependant, cette invitation est en quelque sorte illusoire, voire impossible à concrétiser dans notre monde arabe. Jamais dans l'histoire de notre région un leader a renoncé, de son plein gré et en toute connaissance de cause, au luxe du pouvoir quels que soient les dangers et les catastrophes qui l'entourent. Chaque dirigeant reste attaché au pouvoir jusqu'à son dernier souffle. Et ce, afin de maintenir l'empire qu'il a instauré au détriment de son peuple qui a souffert de toute sorte d'oppression.
Il faut donc avouer que Saddam Hussein ne fait pas exception à la règle et que beaucoup de ces mêmes intellectuels, qui appellent aujourd'hui à la démission du président iraqien, portent une part de responsabilité dans son maintien au pouvoir tout au long de ces trente dernières années. S'ils étaient des hommes honnêtes, ils auraient réclamé sa démission avant l'invasion du Koweït, ou avant la guerre Iraq-Iran ou même au moment où il avait décidé de liquider ses ennemis politiques afin de concentrer le pouvoir entre les mains de ses proches originaires de sa ville natale, Tikrit.
Or, le fait que cette invitation soit faite dans le cadre de la compagne américaine et sous les armes des forces d'invasion mobilisées autour de l'Iraq et du monde arabe, la dépouille de toute crédibilité et de toute consistance.
Nul ne peut nier le droit de tout peuple de se débarrasser d'un tyran. Mais que nos intellectuels se mettent à l'avant-garde des forces américaines d'invasion, c'est ce que nous refusons tous, en tant que peuples. Nous refusons cette attitude aussi douloureuse que notre souffrance puisse être. Mais tant que les pays arabes n'arrivent pas à dominer leur propre destin, laissons donc aux Américains le soin de décider du sort de Saddam Hussein et des autres leaders !
Al-Ahram Hebdo
[Nouvelle communiquée par J. Schemba.]











