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La recomposition du monde. La doctrine Bush (extraits), Guy Millière
Ci-après, reproduits avec la permission de l'auteur, exclusivement pour reinfo-israel.com, de larges extraits du prochain livre de Guy Millière. La reproduction totale ou partielle de ces pages est interdite, à l'exception de quelques lignes de présentation, suivies d'un lien au présent document sur notre site.
PRÉLIMINAIRE
Plus que jamais, "l’obsession anti-américaine", dénoncée par Jean-François Revel, voici peu, semble battre son plein en France.
Les devantures des libraires regorgent de livres où on vous explique pourquoi il faut haïr l’Amérique ou se défier d’elle. Certains parlent d’un "djihad américain" qui, tout bien pesé, ne vaudrait pas mieux que le djihad islamique. Vient de paraître, au moment où j’écris ces lignes, un "Livre noir de l’Amérique", où les Etats-Unis se trouvent accusés de quasiment tous les maux de la terre, et ce sur un mode proche du délire.
La presse écrite, bien sûr, ajoute sa voix au concert. "Faut-il avoir peur de Bush?", titrait, l’hiver dernier, un hebdomadaire. Tandis qu’un quotidien demandait, au même moment, si l’actuel président des Etats-Unis était dangereux.
Les manifestants qui défilent dans les rues, mois après mois, en se parant du nom de pacifistes, répondent à ces questions par l’affirmative, et les panneaux qu’ils brandissent parlent de "busherie".
Dans les débats télévisés, la haine et le mépris des Etats-Unis semblent faire l’unanimité, et si l’on se divise concernant George W. Bush, c’est uniquement autour du fait de savoir si c’est un imbécile ou un fieffé salaud.
Ceux qui sont imprégnés de ce qu’il faut bien appeler le conformisme ambiant, ceux qui préfèrent les réflexes pavloviens à l’examen des réalités, et qui choisissent de saliver ensemble plutôt que de penser par eux-mêmes, ceux qui préfèrent les dogmes creux à la pensée, ceux qui, parce qu’ils ne connaissent les Etats-Unis qu’au travers de leurs préjugés, sont incapables de voir que, dans un pays encore profondément chrétien, on peut raisonner dans le domaine politique en termes éthiques, ceux-là peuvent s’abstenir de lire ce livre et s’abstiendront, j’en suis sûr. Ils n’ont rien à apprendre. Ils savent tout.
Ceux qui savent résister au conformisme et à la cécité imbécile qu’il implique, ceux qui ont soif de savoir et qui connaissent l’humilité et le scrupule, ceux qui comprennent que nous vivons une période cruciale de l’histoire de l’humanité et qui souhaitent comprendre le rôle vrai des Etats-Unis et de l’administration Bush dans cette phase cruciale sont ceux à qui je m’adresse.
Je ne doute pas qu’ils sauront se reconnaître. Je leur dédie ce livre.
G. M.
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COMMENCEMENT
New York. Décembre 2002. South Manathan. Les cauchemars s’effacent. L’abominable odeur de métal brûlant et de chair calcinée, qui régnait encore voici quelques mois, s’est dissipée. Les décombres et les restes de cadavres ont été emmenés ailleurs. Ground Zero est calme. Il reste une plaie vive que les curieux viennent contempler en silence. Il reste les photos des disparus et la douleur des familles.
Les drapeaux ne sont plus aussi nombreux, mais ils sont là, déployés au vent ou au revers des boutonnières. Les inscriptions persistent. Proud to be American. Fier d’être Américain. Chez Schwartz, le plus grand magasin de jouet du monde, les modèles réduits de pompiers et de marines se vendent sans discontinuer. Dans les librairies, les livres parlent de la guerre en cours, car personne ne l’oublie, le pays est en guerre.
La campagne d’Afghanistan n’a été qu’une étape. Il faudra, chacun le sait, aller plus loin, beaucoup plus loin... Les stratèges, à la télévision, parlent d’une ou deux décennies.
"Ce qui est enclenché", notait Peggy Noonan, dans le Wall Street Journal, “concerne la planète entière. Nous sommes au pied du mur. Nous ne pouvons pas reculer”.
Rudy Giuliani, ce maire républicain conservateur en fin de mandat, devenu, en quelques jours cruciaux, le héros de tout un pays, l’avait dit, déjà, dès le 12 septembre 2001: "Nous ne pouvons pas reculer".
Nous ne pouvons pas reculer, répète-t-on en écho, depuis, à Washington, D.C. dans les bureaux des ministres ou les salles de conférence des plus importants think tanks de Capitol Hill.
Au fil des semaines et au fil de ses discours depuis quinze mois, George W. Bush, a peu à peu défini l’action qui se mène, et qui n’en est qu’à son commencement.
C’est, a-t-il dit, “la première guerre du XXIe siècle”. C’est aussi vraisemblablement la guerre qui définira les contours que le monde prendra au vingt et unième siècle. Historiquement. Technologiquement. Politiquement. Stratégiquement.
Michael Ledeen, chercheur à l’American Enterprise Institute, parle de guerre révolutionnaire.
"Au terme de la guerre", écrivait-il voici peu, "dans une ou deux décennies, la carte du monde se trouvera redessinée, des transformations que nous ne faisons encore qu’apercevoir, et d’autres que nous n’imaginons même pas, se seront opérées"....
Il dit, lui aussi que nous n’avons pas le choix: "Les choses sont claires et brutales comme elles ne l’ont jamais été depuis longtemps. Ou nous vaincrons, et la civilisation occidentale et tout ce qu’elle a fait naître sera sauvée, ou nous succomberons, et le monde rentrera à nouveau dans un âge de barbarie. C’est simple, tellement simple que des esprits trop embrumés par les illusions pour comprendre ce qui se joue, disent que c’est simpliste"...
Nous vivons la fin de l’histoire, affirmait, voici dix ans à peine, Francis Fukuyama, dans un livre remarqué et quelque peu controversé, où il annonçait le triomphe du capitalisme démocratique... Fukuyama en 2002, malgré les effractions survenues et l’émergence d’un terrorisme sans précédent, persiste et signe...
Il dit, dans un entretien récent, que ce à quoi nous assistons n’est que l’une des péripéties, conflictuelles, douloureuses, convulsives, violentes, de la fin de l’histoire. Et que cela ne change rien au fait que les dés sont jetés.
"Le capitalisme démocratique occidental l’a emporté, ceux qui refusent de regarder les choses en face se sentent très logiquement frustrés d’avoir été vaincus et expriment leur frustration avec une extrême violence. Ils continueront si nous ne les arrêtons pas". Mais ajoute-il, "nous les arrêterons. Nous avons sur eux plusieurs longueurs d’avance"...
Conflit de civilisations, notait de son côté Samuel Huntington, dans un livre plus récent, tout aussi remarqué, et tout aussi controversé (1) . "La disparition des idéologies fait ressortir des oppositions plus anciennes et plus difficilement réductibles".
Huntington pourrait sembler avoir raison, au sens où c’est l’islamisme militant qui prétend aujourd’hui ressusciter la djihad au sens le plus strict contre l’Occident...
Lutte sans trêve et sans merci, alors?...
Disons plutôt que la fin de l’histoire n’empêche pas le conflit de civilisations, mais au contraire l’aiguise, peut-être, le rend plus acéré, change ses paramètres, et provoque soubresauts, crispations, transes et meurtres, d’autant plus vifs, qu’ils ont été longtemps inhibés.
Les choses sont peut-être un peu plus complexes aussi, plus difficiles à regarder en face quelquefois...
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Pour expliquer ce qui se joue depuis le onze septembre et l’enclenchement de la guerre, ou pour au moins tenter de le faire, pour essayer de voir quel monde disparaît et quel monde vient affleurer, et comment l’un disparaît tandis que l’autre affleure, j’ai voyagé. Beaucoup. Et bien au delà des Etats-Unis et de l’Europe...
Même si l’on dispose des documents, des livres et de tous les moyens de la connaissance factuelle, il est des choses qui ne sont déchiffrables que pour celui qui met ses thèses et ses pensées à l’épreuve de l’expérience la plus concrète et, parfois, la plus brute, la plus âpre....
Au fil des voyages, j’ai rencontré des hommes et des femmes, de tous âges et de toutes conditions.
J’ai mis en perspective, en outre, et je suis revenu plusieurs fois vingt années en arrière, persuadé que le basculement qui s’opère aujourd’hui ne peut se déchiffrer qu’à la lueur d’un autre basculement...
J’ai repensé de nombreuses fois à un homme que j’estime et que j’aime, Ronald Reagan, qui, en son temps, déjà, avait compris l’essentiel. Et faute de pouvoir le consulter encore directement, lui qu’une effroyable maladie de l’esprit broie peu à peu, j’ai consulté ses textes, et tout ce qui se trouve sur les hauteurs de Simi Valley, à l’abri des murs de pierre grise et de bois sombre de la Reagan Library.
J’ai conversé longuement avec mon vieil ami Martin Anderson, si cher à mon coeur, si longtemps proche confident de Ronald Reagan, et qui, aujourd’hui, a rejoint l’équipe de George W. Bush et Don Rumsfeld, aux fins de contribuer au dessin des stratégies à venir.
Je ne prétends pas avoir réussi à tracer de façon exhaustive les contours du futur.
Nul ne pourrait prétendre y parvenir dans une situation aussi mouvante.
Je pense être parvenu, cela dit, à cerner quelques traits marquants du présent, avec tout ce que ces traits indiquent en direction de ce qui reste à écrire.
Et je pense humblement que ces traits peuvent donner à comprendre pour qui saura les déchiffrer...
1. WASHINGTON, D.C.
Décembre 2001, je m’en souviens. Le taxi que je prends au National Airport passe à proximité du Pentagone. Sur le bâtiment meurtri, les traces encore de la blessure, mais aussi celles de la fierté. United we stand, est-il écrit sur un immense tissu blanc déployé. Juste à côté d’un drapeau géant.
Je vais plus loin. Georgetown. M Street. Garrett’s Saloon. First floor. Charles Krauthammer est éditorialiste au Washington Post. Son travail, sa lucidité, son style acerbe, lui ont valu le prix Pulitzer, voici quelques années. Il est aussi l’un des analystes les plus lus et les plus écoutés lorsqu’il s’agit de la situation géopolitique mondiale. Dans un article publié voici quelques semaines, il a, le premier, défini ce qu’on appelle désormais aux Etats Unis, la "doctrine Bush".
Le statut des Etats-Unis
"Bush", dit-il, "peut-être à cause des circonstances, ou grâce à elles, est le premier Président à prendre réellement la mesure du statut des Etats-Unis après la fin de la guerre froide. Il est aussi le premier Président à comprendre ce que doit être désormais le rôle des Etats-Unis... Peut-être les Européens ont-ils du mal à le percevoir ou peut-être s’en inquiètent-ils, mais c’est un fait: aucun pays n’a jamais eu la puissance que nous avons aujourd’hui. Aucun pays n’a eu un tel pouvoir de décision. Les Etats-Unis sont maîtres du jeu. Ils ont les technologies, l’armement, le poids économique et diplomatique, et surtout maintenant, ils ont vraisemblablement la volonté."
Le 11 septembre 2001? "A disaster and a wake up call. Un désastre et un signal de réveil". Le désastre est en train d’être réparé. Le signal de réveil, lui, quoi qu’on dise ici ou là, n’a pas fini de se faire entendre.
George W. Bush l’a affirmé dans plusieurs de ses discours : la guerre sera longue. Elle prendra des formes diverses. Certaines de ces formes seront visibles, d’autres le seront moins, d’autres beaucoup moins encore. Les Etats-Unis ne peuvent pas renoncer.
"Nous savons tout simplement que nous n’avons pas le choix".
Ce qui est Américain
American. Unamerican. Américain. Non Américain. Il y a ce qui est Américain et ce qui ne l’est pas. Les mots s’entendent dans les conversations et se lisent dans les journaux. Ils ne sont pas toujours définis. Il n’est pas utile de les définir.
Américains : le courage de se battre pour la liberté, l’esprit d’héroïsme et l’esprit d’entreprise, la fierté d’appartenir à une civilisation de pionniers. Non américain: tout ce qui s’inscrit dans la colonne adverse... La lâcheté, le ressentiment, la honte d’être soi...
"Face à l’épreuve, les Américains qui l’auraient oublié ont compris à nouveau ce que c’est qu’être américain", dit Krauthammer. "Ils ont compris que, s’ils n’assumaient pas leurs responsabilités, personne ne les assumerait à leur place... Ils ont compris, surtout, que s’ils n’assumaient pas leurs responsabilités, le monde serait plus chaotique, plus dangereux, plus destructeur".
"There is a special task and a special burden. Il existe une tâche spéciale et un fardeau spécial"...
Reagan...
Puis-je le dire? La compréhension dont me parle Krauthammer était là, déjà, au temps de Ronald Reagan, je m’en souviens très bien....
Reagan avait su, au début des années 80, faire comprendre aux Américains que le combat avec l’Union Soviétique était un combat à mort, qui ne permettait pas de coexistence pacifique durable et sereine et, surtout, pas d’attitude d’apaisement... "Les Soviétiques aimaient la course aux armements quand ils étaient seuls à la mener", avait-il dit dans l’un de ses discours...
Reagan avait suscité le réarmement militaire et moral du pays, après les désastreuses années Carter.
Et il l’avait si bien suscité que les Etats-Unis avaient fini par gagner la guerre froide....
Dans son livre-somme sur la période, Revolution, Martin Anderson (2), notait, de façon très lucide: "Cela peut prêter à sourire de songer que la révolution la plus féconde et la plus lourde de conséquences du vingtième siècle aura été le fait non de Lénine et des communistes, mais de Reagan et des capitalistes".
Après...
Après Reagan était venu George Bush-père, et l’espoir fugace d’un nouvel ordre mondial où les cartes seraient profondément et radicalement redistribuées.
George Bush-père a été "trop magnanime", me disait Martin. On pourrait dire peut-être aussi, et moins respectueusement, qu’il s’est fait des illusions, voire même qu’il s’est trompé, avais-je ajouté aussitôt....
George Bush-père a voulu faire confiance à l’ONU. Il a voulu tisser des alliances fortes, contraignantes pour les Etats-Unis.
Et il s’est peu à peu emprisonné lui-même dans les liens qu’il avait noués.
La guerre du Golfe a été significative en ce sens.
Commencée pour abattre Saddam Hussein, elle s’est achevée par le maintien au pouvoir d’un Saddam Hussein affaibli, mais toujours là... Enclenchée en fanfare et dans une démonstration de supériorité américaine sans faille, elle s’est terminée dans une confusion triste et sanglante où des Kurdes, que l’Amérique avait appelés à se soulever s’étaient trouvés abandonnés à Saddam, peu de temps après... On avait alors envoyé quelques aides humanitaires en guise de piteuse compensation, et on avait dessiné, un peu plus tard, des zones d’exclusion où l’armée de Saddam ne pourrait s’aventurer... On avait bricolé, plus tard encore, dans les officines des Nations-Unies les accords "pétrole contre nourriture et médicaments"...
Le discours sur le nouvel ordre mondial avait brusquement laissé la place à une politique à courte vue, sans perspective stratégique...
No sense of leadership, avait conclu l’opinion américaine. Pas de sens du commandement et de la décision. Ajoutez à cela une politique économique hésitante, une hausse d’impôts et une cassure de la croissance économique, et attendez le verdict.
George Bush-père ne fut pas réélu.
Après lui vint Clinton, "Boy Clinton", comme le dit ironiquement Emmett Tyrell, de The American Spectator (3), qui, dès avant l’élection, avait fait le tour du personnage, de son charme adolescent, de sa vacuité. Crimes and Misdemeanors, notera, avec férocité, l’éditorialiste Ann Coulter dans un livre retentissant (4) . Crimes et délits, en tant que résumé d’une action politique.
"Clinton", écrit Tyrell, "a eu la chance d’être élu à une époque où plus aucun pays bien armé ne menaçait la paix du monde. Il a cru qu’en parlant d’amour, de paix et de fraternité, il empêcherait le retour sur le devant de la scène de tout esprit belliciste. Il s’est trompé et il a trompé les autres"...
Sous Clinton (comment le nier?) tous les dangers qui menacent le monde aujourd’hui ont grandi et prospéré sans que les Etats-Unis fassent quoi que ce soit.
La Chine s’est armée, et la Corée du Nord aussi. Ben Laden a tissé ses réseaux. L’Arabie saoudite a propagé de plus belle le wahhabisme. Saddam a expulsé les derniers observateurs de l’ONU et a repris ses programmes d’armement, tout en continuant à affamer le peuple irakien. Les talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan. Al Qaida, l’organisation de Ben Laden, a même pu faire sauter des ambassades américaines en Afrique, un cuirassé américain, l’USS Cole, au large du Yemen...
Clinton a laissé faire, et n’a presque pas réagi. Deux missiles tirés sur les fesses d’un chameau, dira George W. Bush plus tard, ne constituent pas une riposte appropriée et encore moins une riposte efficace...
Clinton, pour des motifs qui restent à expliquer, mais qui d’ores et déjà semblent inquiétants, a pratiqué, vis-à-vis de la Corée du Nord, une politique d’"engagement constructif", dont on voit aujourd’hui les fruits amers, et a même permis la vente de technologies avancées à la Chine. Confronté à la possibilité d’éliminer Ben Laden, il a, comme l’a révélé depuis Dick Morris (5), documents à l’appui, choisi de ne rien faire. Au Moyen-Orient, il a fortement contribué à impulser et à faire exister les accords d’Oslo, qui ont eu les résultats que l’on sait...
George W. Bush a été élu pour succéder à Clinton. D’extrême justesse.
Et la compréhension du rôle nécessaire des Etats Unis est revenue, quelques mois plus tard, de façon brutale et âcre...
Un Président de guerre
"George W. Bush a changé depuis le 11 septembre", me dit Krauthammer, "et, en même temps, il n’a pas changé. Il s’est adapté aux circonstances et il a dû devenir un Président de guerre. Il a dû affronter l’extrême urgence. Dès le départ et dès son élection, cela dit, il avait compris"...
"On n’a pas assez remarqué que, pendant la campagne, il parlait déjà de rogue states, états-voyous, ou de bouclier spatial anti-missiles. On n’a pas vraiment prêté attention au rôle que jouaient, dans son cabinet, des reaganiens, tels Don Rumsfeld, Condi Rice, Dick Cheney, ou Paul Wolfowitz. Tout cela est maintenant en pleine lumière".
Dans son discours sur l’état de l’union du 30 janvier 2002, George W. Bush a, de fait, repris une thématique très reaganienne.
Si Reagan, face à l’Union Soviétique, parlait de celle-ci comme de l’empire du mal, Bush parle lui d’"axe du mal".
L’axe en question n’est pas organisé comme le fut, voici soixante ans, un autre axe délétère et meurtrier, bien sûr, mais, n’en déplaise à divers commentateurs, il n’en existe pas moins. Simplement, les réseaux de la guerre moderne sont différents, plus complexes... Le mal ne s’énonce pas de la même façon qu’au temps d’Hitler ou de Brejnev, mais il n’en est pas moins le mal.
Les Européens ne perçoivent pas, non... Ou bien...
Les Européens
"Les Européens", notait récemment Paul Wolfowitz (6), vice-ministre de la Défense, "se sentent mal à l’aise quand nous invoquons les valeurs du bien et du mal. Ils oublient, semble-t-il, un peu ce qui fonde leur civilisation, qui est aussi la nôtre. L’Occident s’est imposé à lui-même des interdits moraux, il a défini les droits de l’homme, la démocratie, le marché, le contrat, l’individu... Si nous n‘étions plus capables de faire la distinction entre ceux qui respectent les droits de l’homme et ceux qui ne les respectent pas, ceux qui aspirent à la démocratie et ceux qui veulent la détruire, ceux qui comprennent l’importance de l’idée de contrat volontaire et ceux qui ne comprennent que la force, nous serions très malades, et nous ne mériterions pas de survivre. Les Etats Unis savent encore faire la distinction".
Mes autres interlocuteurs, d’ailleurs, n’ont cessé, au fil des mois, de revenir sur le thème: le bien et le mal...
Dans la tête...
"La victoire se dessine d’abord dans la tête", m’a dit Ed. Meese, dans son bureau de la Heritage Foundation. "Nous gagnerons parce que nous avons déjà gagné dans nos têtes. Les Américains savent que si les Etats-Unis sont ce qu’ils sont aujourd’hui, c’est qu’ils se sont construits sur des valeurs. Ce sont ces valeurs qui ont fait venir ici des chercheurs, des entrepreneurs, des financiers. C’est parce que ces valeurs fonctionnent que nous avons créé autant de prospérité. C’est parce qu’ils savent le prix de ces valeurs que nos soldats se battent. C’est parce qu’ils haïssent ces valeurs que nos ennemis nous attaquent et nous détestent".
"Il existe désormais en ce pays une certitude morale inébranlable ou presque", dit de son côté, Wes Pruden, rédacteur en chef du Washington Times.
Recomposition
"La globalisation", note de son côté Michael Novak, "est, en fait, une recomposition profonde du monde, et la guerre actuelle, sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions, est un accélérateur de la recomposition"...
"Le centre, le point d’impulsion, ce sont les Etats-Unis. Quand l’économie américaine va bien, l’économie du monde va bien. Quand les Etats-Unis sont stables et assument leur position, ce qui implique la puissance militaire, le reste du monde est rassuré et tourne mieux".
"Ce que les Européens ne supportent pas, c’est de ne plus être le centre. Et en particulier, c’est ce que les Français ne supportent pas. Dans ces conditions, les Européens et les Français s’aigrissent ou se font donneurs de leçons. Nous écoutons jusqu’à un certain point. Nous tentons d’expliquer, mais si cela n’a aucun résultat, nous avançons quand même. Vous appelez cela unilatéralisme? J’appellerais cela assumer un leadership qui doit être assumé”...
Je dis à Michael Novak que les Européens ne sont pas les seuls à ne pas supporter. Je pense en moi-même que c’est l’éternelle opposition entre le ressentiment et l’amour de la réussite, qu’a si magistralement décrit, dans un essai de 1985, mon ami Robert Sheaffer...
Face à quelqu’un qui entreprend et qui réussit ce qu’il entreprend, on peut adopter deux attitudes et deux seulement. Admirer la réussite, s’en réjouir et chercher soi-même à suivre l’exemple. Envier, vouloir rabaisser celui qui réussit et finalement le haïr. La seconde attitude est beaucoup plus facile à adopter que la première, et c’est pourquoi elle est adoptée si souvent.
C’est aussi parce qu’elle est adoptée si souvent que nombre de peuples vivent dans la misère et la violence...
Lors du voyage qu’il fera en mai 2002 jusqu’aux cimetières militaires américains de Normandie, George W. Bush tentera de rappeler la signification du leadership américain... Nombre de journalistes européens lui reprocheront d’exploiter abusivement la situation et de comparer deux situations incomparables...
L’axe de la Seconde Guerre Mondiale n’a, bien sûr, rien à voir avec l’axe défini aujourd’hui par George W. Bush. La distinction démocratie-totalitarisme, elle, n’a pas changé...
Guy Millière
Nota : Les notes ne sont pas encore disponibles.
© Guy millière et www.reinfo-israel.com
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