Vous êtes :
AccueilNoeudRacine
Union européenne
Exaspérante Europe des Lumières, Alouf Ben (Haaretz)
20/12/2004Haaretz
| www.haaretz.com/hasen/spages/516536.html | |
| www.haaretz.co.il/hasite/pages/ShArtPE.jhtml?itemNo=516603 |
Inutile d’aller jusqu’à mentionner la shoah pour expliquer la suspicion et les accès d’hostilité manifestés par Israël envers l’entité informe mais au poids croissant qu’on appelle l’Europe. Il n’est pas non plus nécessaire de remonter aux persécutions contre les Juifs dans le monde chrétien, dont le récit forme la base des leçons d’histoire de chaque écolier israélien. Il y a un fait beaucoup plus récent : le refus de tous les pays européens de laisser les avions du pont aérien américain, qui apportaient à Israël un approvisionnement vital, faire escale sur leur territoire pendant la guerre de Kippour [1]. Seul le Portugal, dont le régime dictatorial était sur le point de s’effondrer, autorisa les avions gros porteurs "galaxy" à faire le plein sur une île éloignée (les Açores N.D.T.) La fermeture de l’espace aérien fut interprétée comme le consentement des pays d’Europe à la liquidation d’Israël, qui se battait pour son existence, en échange du plat de lentilles du pétrole arabe.
Fort heureusement, Israël ne s’est plus, depuis lors, retrouvé dépendre du bon vouloir européen. Et l’égoïsme cynique de 1973 a cédé la place à des prêchi-prêcha moralisateurs. L’Europe libérale et laïque qui s’est détournée du fanatisme religieux et des idéologies meurtrières du passé sacrifie maintenant à la religion de la diplomatie et de la légalité internationale. C’est une religion qui considère tout usage de la force, même contre un dictateur meurtrier ou un terrorisme cruel, comme une manifestation d’arriération. C’est une religion dont la ferveur missionnaire n’est pas moindre que le zèle de celles qui l’ont précédée.
Il est difficile de contester les valeurs que l’Europe veut promouvoir, comme la démocratie, l’État de droit, le respect des droits de l’homme et le souci des minorités. L’exigence du retrait d’Israël des territoires et de l’acceptation de l’indépendance des Palestiniens est aussi légitime, de même que la reconnaissance des valeurs européennes comme condition à l’amélioration des relations entre Israël et l’Europe. Ce bras de fer a été efficace, et Israël est plus attentif à l’Europe. Mais pourquoi faut-il que les européens persistent à insulter Israël, même lorsqu’ils prétendent le soutenir ? Il est exaspérant d’entendre les ministres des Affaires étrangères des pays d’Europe parler du « droit à l’existence d’Israël » comme s’il était en question [2]. Un ministre israélien des Affaires étrangères a-t-il jamais évoqué le droit à l’existence de la France ou de l’Allemagne ? Et tiennent-ils le même discours au Caire ou à Damas ? Les votes des pays européens aux Nations unies sont un modèle de pleutrerie diplomatique, de même que leurs mesures d’autoprotection contre le terrorisme, qui ne les empêchent pas de condamner les moyens qu’Israël doit déployer aux mêmes fins. Sans oublier la méprisable déclaration sur « la façon dont le droit au retour pourrait être mis en œuvre » publiée par l’Union européenne en réplique à la lettre de George W. Bush à Ariel Sharon, reconnaissant les zones d’implantation juive dans les territoires.
L’Europe veut-elle un Moyen-Orient sans guerres, comme chez elle ? Avec plaisir ! Mais les voisins d’Israël sont-ils prêts à l’accepter comme partenaire à part entière, comme la France et l’Allemagne ? Leurs régimes et leurs économies sont-ils adaptés à de tels rapports ? Et qu’ont fait les Européens pour encourager des réformes dans les États arabes accablés de tyrannie et de pauvreté ?
Aujourd’hui, Joschka Fischer, ministre allemand des Affaires étrangères et l’un des plus importants amis d’Israël en Europe, mène une offensive diplomatique contre l’attaque des installations nucléaires iraniennes. Joschka Fischer a expliqué aux dirigeants israéliens que l’efficacité des efforts diplomatiques contre la bombe iranienne était limitée, mais qu’il n’y avait pas d’alternative. Ses mises en garde concernaient une invasion, comme en Iraq, et négligeaient l’éventualité d’attaques ciblées sur des maillons faibles de la chaîne de production qui feraient perdre au programme iranien de précieuses années.
L’horreur des Européens pour le recours à la force n’est pas une valeur sacrée. Elle implique le risque de résignation face à un agresseur déterminé comme les dirigeants iraniens. Il ne faut certes pas bombarder de manière précipitée les installations nucléaires iraniennes, mais renoncer a priori à la menace militaire affaiblit les efforts diplomatiques de Joschka Fischer, et en fin de compte laissera Israël seul avec les ogives nucléaires de l’Iran. Mais après tout, ce qui importe, c’est d’être en accord avec le droit international et les résolutions de l’ONU !
Fort heureusement, Israël ne s’est plus, depuis lors, retrouvé dépendre du bon vouloir européen. Et l’égoïsme cynique de 1973 a cédé la place à des prêchi-prêcha moralisateurs. L’Europe libérale et laïque qui s’est détournée du fanatisme religieux et des idéologies meurtrières du passé sacrifie maintenant à la religion de la diplomatie et de la légalité internationale. C’est une religion qui considère tout usage de la force, même contre un dictateur meurtrier ou un terrorisme cruel, comme une manifestation d’arriération. C’est une religion dont la ferveur missionnaire n’est pas moindre que le zèle de celles qui l’ont précédée.
Il est difficile de contester les valeurs que l’Europe veut promouvoir, comme la démocratie, l’État de droit, le respect des droits de l’homme et le souci des minorités. L’exigence du retrait d’Israël des territoires et de l’acceptation de l’indépendance des Palestiniens est aussi légitime, de même que la reconnaissance des valeurs européennes comme condition à l’amélioration des relations entre Israël et l’Europe. Ce bras de fer a été efficace, et Israël est plus attentif à l’Europe. Mais pourquoi faut-il que les européens persistent à insulter Israël, même lorsqu’ils prétendent le soutenir ? Il est exaspérant d’entendre les ministres des Affaires étrangères des pays d’Europe parler du « droit à l’existence d’Israël » comme s’il était en question [2]. Un ministre israélien des Affaires étrangères a-t-il jamais évoqué le droit à l’existence de la France ou de l’Allemagne ? Et tiennent-ils le même discours au Caire ou à Damas ? Les votes des pays européens aux Nations unies sont un modèle de pleutrerie diplomatique, de même que leurs mesures d’autoprotection contre le terrorisme, qui ne les empêchent pas de condamner les moyens qu’Israël doit déployer aux mêmes fins. Sans oublier la méprisable déclaration sur « la façon dont le droit au retour pourrait être mis en œuvre » publiée par l’Union européenne en réplique à la lettre de George W. Bush à Ariel Sharon, reconnaissant les zones d’implantation juive dans les territoires.
L’Europe veut-elle un Moyen-Orient sans guerres, comme chez elle ? Avec plaisir ! Mais les voisins d’Israël sont-ils prêts à l’accepter comme partenaire à part entière, comme la France et l’Allemagne ? Leurs régimes et leurs économies sont-ils adaptés à de tels rapports ? Et qu’ont fait les Européens pour encourager des réformes dans les États arabes accablés de tyrannie et de pauvreté ?
Aujourd’hui, Joschka Fischer, ministre allemand des Affaires étrangères et l’un des plus importants amis d’Israël en Europe, mène une offensive diplomatique contre l’attaque des installations nucléaires iraniennes. Joschka Fischer a expliqué aux dirigeants israéliens que l’efficacité des efforts diplomatiques contre la bombe iranienne était limitée, mais qu’il n’y avait pas d’alternative. Ses mises en garde concernaient une invasion, comme en Iraq, et négligeaient l’éventualité d’attaques ciblées sur des maillons faibles de la chaîne de production qui feraient perdre au programme iranien de précieuses années.
L’horreur des Européens pour le recours à la force n’est pas une valeur sacrée. Elle implique le risque de résignation face à un agresseur déterminé comme les dirigeants iraniens. Il ne faut certes pas bombarder de manière précipitée les installations nucléaires iraniennes, mais renoncer a priori à la menace militaire affaiblit les efforts diplomatiques de Joschka Fischer, et en fin de compte laissera Israël seul avec les ogives nucléaires de l’Iran. Mais après tout, ce qui importe, c’est d’être en accord avec le droit international et les résolutions de l’ONU !
Alouf Ben correspondant Haaretz
© Haaretz pour l’original et Upjf.org, pour la version française.
(Les mises en relief sont de la rédaction d’Upjf.org)
Notes de la Rédaction d'upjf.org
[1]Voir : The Economist, "America versus Europe", 22 avril 1999.
[2]C’est l’existence d’Israël qui est parfois en jeu (guerre de Kippour, prétendu "droit au retour" des Palestiniens, bombe iranienne) et que ses amis ont raison de soutenir, mais pas le droit d’exister, qui n’a pas à être remis en question.
Mis en ligne le 20 décembre 2004 sur le site www.upjf.org.











