08/09/08
Intérieur
La police recommande dinculper Ehud Olmert
Les trois grands quotidiens israéliens consacrent une place importante à la recommandation faite hier par la police dinculper le Premier ministre Ehud Olmert de corruption passive, dabus de confiance, de blanchiment de fonds et de fraude fiscale dans deux affaires : laffaire Talansky et laffaire RishonTours. Il revient maintenant au parquet de décider quelle suite donner au dossier.
Haaretz reprend et résume le communiqué publié hier par la police et dans lequel elle fait part de ses recommandations au parquet : Dans laffaire Talansky, M. Olmert est soupçonné davoir, pendant plusieurs années, illégalement reçu des sommes importantes de lhomme daffaires et leveur de fonds américain Morris Talansky. En échange de ces versements, M. Olmert aurait contribué à promouvoir les affaires commerciales de M. Talansky. La police estime avoir suffisamment de preuves pour inculper le Premier ministre dans cette affaire de corruption passive, dabus de confiance et de violation de la loi sur le blanchiment de fonds.
Dans laffaire RishonTours, M. Olmert est soupçonné davoir, entre 2002 et 2006, chargé plusieurs établissements publics de couvrir ses frais de déplacement à létranger en se faisant rembourser plusieurs fois les mêmes dépenses. Il aurait ensuite utilisé les sommes reçues en double pour financer ses vols privés à létranger, ainsi que ceux des membres de sa famille. La police estime avoir suffisamment de preuves pour linculper dans cette affaire dabus de confiance et de fraude fiscale.
Dans une troisième affaire, celle du Centre des investissements, M. Olmert est soupçonné davoir accordé, lorsquil était ministre de lIndustrie (2003-2006), des allégements fiscaux à des usines qui étaient représentées alors par son ancien associé et ami personnel, Me Uri Messer. La police a décidé de ne pas transmettre à ce stade les éléments de cette enquête au parquet, estimant quun interrogatoire supplémentaire de M. Olmert est requis avant de pouvoir décider sil y a suffisamment déléments pour linculper.
La police a également annoncé avoir suffisamment de preuves pour inculper lancienne assistante dEhud Olmert, Shula Zaken, de complicité de corruption passive et de blanchiment de fonds, dans les affaires Talansky et RishonTours. Quant à Me Ouri Messer, il devrait lui aussi être inculpé dans laffaire Talansky.
Le parquet sest refusé hier à commenter les recommandations de la police. Selon des sources au parquet, la décision dans ce dossier devrait être rendue dici quelques semaines, probablement après les fêtes juives (fin octobre). Selon Yediot Aharonot, au ministère de la Justice on estime quen fin de compte, le Premier ministre sera inculpé, mais on émet des doutes quant à la validité du chef daccusation de corruption. « La recommandation dinculper le Premier ministre de corruption dans laffaire Talansky me paraît très exagérée », a déclaré un responsable du parquet cité par le journal.
Les conseillers dEhud Olmert se sont empressés de réagir aux recommandations de la police, écrit Haaretz. Son conseiller en communication a déclaré que « la police na pas tiré la leçon des affaires passées dans lesquelles elle avait fait de grandes déclarations qui ont fini par se dissiper. Le seul objectif de la police est de faire sa propre promotion auprès de lopinion publique ».
Les avocats dEhud Olmert ont publié un communiqué dans lequel ils affirment « La seule personne légalement habilitée à décider sil faut inculper le Premier ministre est le Conseiller juridique du gouvernement. Cest sa prérogative et cest une décision qui est de sa responsabilité. Les recommandations de la police nont aucune signification. La police ferait mieux de sabstenir de sexprimer sur des sujets qui ne sont ni de ses compétences, ni de ses attributions. Rappelons que, par le passé, la police a recommandé à trois reprises de faire comparaître en justice un Premier ministre en exercice et, que dans aucun de ces trois cas, le Conseiller juridique du gouvernement na suivi ses recommandations ».
Commentaires :
Olmert sait quune inculpation lattend, écrit Nahum Barnéa, léditorialiste de Yediot Aharonot. Le conseiller juridique du gouvernement pourra effacer des chefs daccusation, corriger et alléger mais il ne pourra pas empêcher linculpation. Le chef daccusation le plus spectaculaire évoqué par la police est celui de corruption passive. Si la contrepartie offerte par Ehud Olmert à Morris Talansky se résume aux trois lettres de recommandation quil a écrites, cette accusation paraît bien exagérée. Quoi quil en soit, les accusations sont bien assez graves, même sans ce chef daccusation.
Pour Sima Kadmon, de Yediot Aharonot, il est pratiquement impossible que le parquet rejette les recommandations, car cela reviendrait à admettre que tout ce qui a été fait jusquà présent était une erreur et quun Premier ministre a été destitué sans raison valable.
Emmanuel Gross, lexpert juridique de Maariv note quun représentant du parquet était présent tout au long des différentes enquêtes et que, de ce fait, les recommandations de la police ont en quelque sorte déjà le soutien du parquet.
Sur le plan juridique, la situation dEhud Olmert na pratiquement pas changé, écrit Amir Oren, dans Haaretz. Il nest toujours pas inculpé. Toutefois, sur le plan de la morale politique, il ne peut rester à son poste ne serait-ce quune minute supplémentaire. Un Premier ministre dont la police affirme officiellement quil a escroqué des organisations caritatives doit se retirer, honteux, et se terrer chez lui.
Jusquà présent, Ehud Olmert na saisi aucune des occasions qui lui ont été données pour présenter une autre version des faits. Peut-être y parviendra-t-il face aux représentants du parquet, mais ce serait un rebondissement inattendu. Pour linstant, plus Ehud Olmert séloigne du poste de Premier ministre, plus il se rapproche du banc des accusés.
Ari Shavit, de Haaretz, rend, lui, hommage au courage de la police qui na pas craint de sen prendre à Ehud Olmert, « le Nixon israélien ». Jamais il ny avait eu de Premier ministre tel quEhud Olmert et il faut espérer quil ny en aura plus jamais. Ce matin, les citoyens dIsraël peuvent être fiers de ces policiers courageux qui, enfin, sonnent le glas de cette période sombre, écrit-il.
Le gouvernement approuve une loi qui limite une des prérogatives de la Cour suprême
Le gouvernement a approuvé hier à la majorité de treize voix contre douze un projet de loi soumis par le ministre de la Justice, Daniel Friedmann, visant à limiter le pouvoir qua la Cour suprême dannuler des lois votées par la Knesset. A lheure actuelle, explique Haaretz, la Cour suprême peut, selon la jurisprudence, annuler toute loi qui serait contraire à une « loi fondamentale ». Le projet de loi prévoit de limiter cette possibilité aux lois qui contrediraient la loi fondamentale sur le respect de lêtre humain et sa liberté, ou la loi fondamentale sur la liberté doccupation, deux lois qui protègent plus particulièrement des droits fondamentaux. De même, selon le projet de loi, la Knesset pourra, à la majorité absolue, rétablir des lois annulées par la Cour suprême.
Le nouveau projet de loi a été vivement critiqué par certains juristes qui craignent quil porte atteinte aux droits fondamentaux protégés par les lois fondamentales. Le ministre de la Justice affirme, quant à lui, que ce projet de loi renforce la Cour suprême, en inscrivant dans la loi la capacité de la Cour à annuler des lois, tout en rendant sa prééminence à la Knesset. Le journal note que, même sil a été approuvé par le gouvernement, il est peu probable que le projet soit voté en première lecture par la Knesset actuelle et presque impossible quil soit approuvé en deuxième et troisième lecture. En effet, hier, cinq ministres du parti Kadima, dont les quatre candidats à la présidence du parti, ont voté contre le projet de loi.
Le débat au conseil des ministres sest accompagné dattaques personnelles du Premier ministre contre le président du parti travailliste, Ehud Barak, quil a qualifié notamment de « comploteur » et d« insolent ». Ehud Olmert a accusé M. Barak dêtre à lorigine de fuites dans la presse et de violer les accords de coalition. Auparavant, cest le vice-premier ministre, Haïm Ramon, qui a accusé le parti travailliste davoir violé la règle de base de laccord de coalition en décidant de destituer le Premier ministre et en votant contre le gouvernement dans lequel il siège. « Le parti travailliste ose encore parler de respect daccords, il sagit là du record du monde dhypocrisie », a déclaré M. Ramon.
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Mis en ligne le 08 septembre 2008, par M.











