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Cesser d'investir en Israël pour conquérir, Alan M. Dershowitz
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31/05/2002

Forward

Original anglais : Disvest and Conquer
www.forward.com/issues/2002/02.05.31/oped2.html

Traduction française : Menahem Macina.

Une méchante et immorale campagne est menée dans le monde pour causer des dommages à l'économie d'Israël en contraignant des universités et d’autres institutions de retirer leurs fonds investis en Israël, comme certaines d'entre elles le firent à l’égard de l'Afrique du Sud durant le régime de ségrégation. La comparaison entre les deux phénomènes n’a aucune justification, et quiconque soutient la cause des droits de l’homme devrait s’opposer à cet effort de désinvestissement.

Comme les observateurs impartiaux peuvent le comprendre, les deux cas sont totalement différents. La ségrégation sud-africaine était un système raciste, dans lequel une minorité dirigeait et maintenait sous sa dépendance une majorité, privée de droit électoral. La campagne pour le désinvestissement en Afrique du sud a été inspirée et soutenue, du début à la fin, par les avocats de longue date d’un soutien neutre des droits de l'homme.

Israël, en revanche, est une démocratie qui fonctionne, et garantit la pleine égalité devant la loi à tous ses citoyens, indépendamment de la race, de l'appartenance ethnique, ou de la religion. La campagne anti-israélienne de désinvestissement a été inspirée par des plaideurs remplis d’une animosité particulière envers Israël et peu engagés dans le combat pour les droits de l'homme en général.

Le leader intellectuel de cette campagne n'est autre que Noam Chomsky, le linguiste de L’Institut de Technologie du Massachusets, qui a longtemps milité pour l'abolition de l'Etat d'Israël afin de lui substituer un "Etat binational laïc" basé, semble-t-il, sur le modèle du Liban. C'est le même Chomsky qui a défendu les 'découvertes' de l'antisémite et négateur français notoire de l'Holocauste, Robert Faurisson, lequel prétend que "les Juifs" furent responsables de la Seconde Guerre Mondiale. Chomsky a déclaré qu'il ne voyait "aucune trace d’implications antisémites dans les travaux de Faurisson", y compris dans sa dénégation de l’Holocauste, dont Chomsky prétend qu’elle est fondée sur "une recherche historique approfondie". Chomsky est allé jusqu’à rédiger une introduction à l’un des livres antisémites de Faurisson.

Bien sûr, Chomsky n'est pas seul dans sa campagne de désinvestissement en Israël. Son entreprise immonde a reçu l’appui d’une brochette bigarrée d'antisionistes aux réflexes pavloviens, de haïsseurs rabiques de l'Amérique, de gauchistes radicaux, telle la ligue trotskyste-spartakiste, et même de quelques-uns des anciens étudiants de Chomsky, qui enseignent maintenant en Israël. Certains adeptes de ce mouvement parlent de prendre l'argent, aujourd’hui investi dans la seule démocratie du Moyen-Orient, pour l’envoyer aux Etats 'progressistes' — à savoir, des pays tels que l'Irak, la Libye, la Syrie, Cuba et l'Autorité palestinienne, qui soutiennent et financent le terrorisme.

Heureusement, l'effort de désinvestissement a obtenu jusqu'ici peu d'appui auprès des avocats respectables des droits de l'homme [1]. Ici, à Cambridge, Massachusetts, dans le pré carré de Chomsky, une pétition appelant au désinvestissement de Harvard et du MIT [Massachusetts Institute of Technonology] n’a recueilli que 412 signatures parmi les étudiants, le corps enseignant, le personnel et les anciens élèves des deux institutions, alors que plus de 5.300 ont signé une pétition s'opposant au désinvestissement. Le résultat ne devrait étonner personne.

Il y a aucun point de droit intellectuellement ou moralement défendable qui autorise à choisir Israël comme cible d’un désinvestissement. Les universités investissent dans une large palette de sociétés qui font des affaires dans tous les pays du monde, y compris dans beaucoup de ceux qui violent systématiquement les droits de l'homme de millions de personnes. Et ces autres pays ne se défendent pas [comme Israël] contre ceux qui veulent les détruire et prennent pour cible leurs civils. Et pourtant, cette pétition vise seulement l'Etat juif, à l'exclusion de tous les autres, y compris ceux qui — à l’aune de toute norme raisonnable — sont parmi les pires violateurs des droits de l'homme.

En tant qu'avocat, enseignant et étudiant des droits de l'homme durant près de 40 ans, j'affirme, avec pleine assurance que le palmarès d'Israël en matière de droits de l'homme est parmi les meilleurs au monde, particulièrement dans les nations qui sont confrontées à des menaces comparables.

Israël est le seul Etat de tout le Moyen-Orient à posséder un système judiciaire indépendant. Sa Cour Suprême, l’une des plus hautement estimées du monde, est le seul tribunal du Moyen-Orient, dont un Arabe ou un Musulman peut espérer obtenir justice, comme c’est le cas de dizaines de victoires remportées contre le gouvernement israélien, des militaires et des citoyens israéliens. Il n'existe aucune composante plus importante en matière de protection des droits de l'homme et des libertés civiles qu'un dispositif judiciaire indépendant, prêt à tenir tête à son propre gouvernement. Je mets au défi les partisans du désinvestissement de donner le nom d'une cour de justice de n'importe quel pays arabe ou musulman, qui soit comparable à la Cour Suprême israélienne.

En tant que seule véritable démocratie au Moyen-Orient, Israël est l’unique pays de la région où la liberté d’expression est pratiquement illimitée. En Israël, n’importe qui — Juif, Musulman, ou Chrétien — peut critiquer le gouvernement israélien et ses dirigeants. Aucun citoyen de tout autre Etat moyen-oriental ou musulman ne peut le faire sans craindre d'être emprisonné ou mis à mort. Comme un farceur l’affirmait récemment, les citoyens d'Israël et de l'Autorité palestinienne ont exactement le même droit à la libre expression — les uns et les autres peuvent critiquer Israël et louer Yasser Arafat.

Israël est le seul pays au monde qui a ouvertement affronté le difficile problème consistant à protéger les libertés civiles de la bombe à retardement du terrorisme. La Cour Suprême israélienne a récemment statué qu'en dépit des avantages potentiels de l'utilisation de "la pression physique" (c'est-à-dire la torture non-mortelle afin d’obtenir des renseignements), une telle pression est désormais illégale en Israël. La torture brutale, y compris la torture mortelle, est chose courante dans presque tous les autres pays moyen-orientaux et musulmans. D'ailleurs, les autorités américaines envoient parfois des suspects en Egypte, en Jordanie et aux Philippines, précisément parce qu'elles savent qu'ils y seront torturés.

On pourrait allonger la liste indéfiniment, et constater qu’au regard de chaque norme, Israël surpasse d'autres pays à l’encontre desquels aucune pétition de désinvestissement n'a été rédigée. Bien sûr, Israël est loin de la perfection. J'ai critiqué certaines de ses politiques, comme l’ont fait d’innombrables citoyens israéliens. Mais ce qui est décisif, c’est qu’il y a, en Israël, des mécanismes qui lui permettent d’améliorer son palmarès en matière de libertés civiles et de droits de l'homme. Ces mécanismes n'existent pas dans d'autres nations moyen-orientales et musulmanes.

Même à l’aune des nations européennes, la note d’Israël en matière de droits est très honorable. Elle est bien meilleure que celle de la France sur pratiquement chaque critère, même si l’on oublie la guerre d’Algérie, au cours de laquelle les militaires français ont torturé et assassiné des milliers de personnes. Elle est au moins aussi bonne que celle des Britanniques dans leur confrontation avec le terrorisme en Irlande du Nord. Le système judiciaire israélien est de loin supérieur à celui de l'Italie, de l'Espagne et de beaucoup d'autres pays européens.

Il y a, bien sûr, des problèmes difficiles à résoudre entre Israël et les Palestiniens, dont l’avenir des implantations, l’établissement d’un gouvernement palestinien souverain, et la prévention du terrorisme. Ces problèmes exigeront des compromis entre les deux parties. Les Américains sont et doivent être libres de critiquer Israël quand ils sont en désaccord avec ses politiques ou avec ses actes, comme ils critiquent tout autre pays du monde dont le comportement n'est pas parfait. Mais montrer du doigt le seul Etat juif d'Israël, comme s’il était le pire contrevenant aux droits de l’homme, c’est du sectarisme pur et simple. Ceux qui signent la pétition de Chomsky devraient avoir honte d'eux-mêmes. Si ce n’est pas le cas, libre aux autres de les couvrir de honte.

Voici une alternative au fait de privilégier le désinvestissement en Israël : que les universités choisissent des pays pour leurs investissements en fonction des mérites de ces derniers en matière de droits de l'homme. Si l'on procédait ainsi, l'investissement en Israël augmenterait considérablement, tandis que les investissements en Arabie Saoudite, en Egypte, en Jordanie, aux Philippines, en Indonésie, dans l'Autorité palestinienne, et dans la plupart des autres pays du monde, diminueraient nettement.

Je mets au défi Noam Chomsky de débattre publiquement de la question de savoir si les universités doivent investir dans des compagnies qui font des affaires avec Israël et d'autres pays, ou s'ils doivent cesser d’y investir.

Alan M. Dershowitz

© Forward pour l’original anglais, et upjf.org pour la version française.


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Note de la Rédaction d’upjf.org

[1] Hélas ! la situation est tout autre aujourd’hui. Ce mouvement gagne inexorablement du terrain, jusque dans les Eglises. Voir, par exemple : "Une Église protestante : cessons d'investir en Israël"; "L'église Presbytérienne déshonore le christianisme".

Mis en ligne le 11 décembre 2004 sur le site www.upjf.org.
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