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Propagande
Un professeur de Paris VI proteste contre sa motion de boycott scientifique
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les membres du comité d'administration de l'université Pierre et Marie Curie C'est avec stupeur que j'ai appris la motion que vous avez votée collégialement le 19 décembre dernier et selon laquelle vous demandez à l'Union européenne de ne pas renouveler son accord-cadre de coopération universitaire avec Israël. Je suis d'abord surpris de cette prise de position politique très engagée qui ne correspond pas à l'idée que je me faisais du rôle du conseil d'administration d'une grande université, qui plus est d'une université scientifique. Au delà de la surprise, s'ajoute le choc, car étant moi-même professeur à l'université Pierre et Marie Curie je ne me reconnais pas du tout dans cette motion et en conséquence je me sens trahi dans la confiance que j'avais mise dans mes collègues et dans mes représentants à ce comité.
En effet, il y a au moins trois raisons pour lesquelles je désapprouve fermement cette motion. La première, c'est que ne n'est pas la vocation du comité d'administration d'une université de porter des jugements sur la politique des Etats. À ce propos, j'aimerais savoir si cette déclaration est le reflet des positions politiques de tous les institutions représentées dans le comité d'administration, en particulier de la mairie de Paris, représentée par Madame Lyne Cohen-Solal, de la mairie du cinquième arrondissement, du SNIP (Syndicat National des Industries Pharmaceutiques), du conseil général d'Ile-de-France et du MEDEF.
La seconde raison, c'est que, quoi que l'on pense de la politique Israélienne, ce ne sont pas les scientifiques israéliens qui en sont les responsables; bien au contraire, nous savons que la plupart des projets scientifiques auxquels participent les chercheurs palestiniens sont montés en collaboration avec des chercheurs israéliens. La science est un terrain neutre où la discussion s'engage, au delà des passions. Pour oeuvrer à la paix, il conviendrait donc plutôt d'encourager ces échanges que de les condamner.
La troisième, c'est que, s'il y a espoir d'une réconciliation possible, en dépit de toutes les tragédies vécues, en dépit des haines tenaces, en dépit des crimes irréparables qui hantent les coeurs de pères, de mères, de fils, de frères, de soeurs, d'amis endeuillés, c'est en regard de notre commune humanité et non de nos différences. Or, la patiente et passionnante recherche de vérité que poursuivent les scientifiques témoigne tous les jours de cette commune humanité; l'argumentation scientifique ignore les frontières et les religions; elle ne les dénie pas, mais elle montre qu'un dialogue mutuel est toujours possible au delà de ce qui nous sépare. Et, c'est toujours sur la voie de ce dialogue, qui substitue le conflit des arguments au combat des armes, que l'on est en mesure d'instituer la paix civile. Les chercheurs scientifiques du monde entiers, et les universitaires en particulier, doivent montrer la voie de ce dialogue et non la condamner.
L'université doit rester un sanctuaire, où les hommes pourront continuer à travailler, à réfléchir et à échanger, indépendamment de leurs appartenances et de leurs singularités. L'exclusion de scientifiques au prétexte, non pas de ce qu'ils disent ou de ce qu'ils font individuellement, mais de ce qu'ils représentent est antinomique avec la vocation universelle de l'université.
À ces trois points, ajoutons une remarque: il y eu bien peu de précédents dans l'histoire, où une communauté scientifique était exclue en raison de la seule appartenance ethnique, religieuse ou nationale de ses membres. Que l'on songe aux boycotts contre l'Afrique du Sud, l'Union Soviétique, la Yougoslavie ou l'Irak, ils frappaient les Etats, mais non des scientifiques. Les seuls exemples de telles pratiques remontent aux années trente et quarante du vingtième siècle et à l'exclusion des universitaires et des chercheurs juifs des universités allemandes sous le nazisme et italiennes sous le fascisme, puis des institutions scolaires françaises sous le gouvernement de Vichy, ce qui rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire.
Pour toutes ces raisons, j'appelle le comité d'administration de l'université Pierre et Marie Curie à reconsidérer au plus vite la motion qu'il a votée le 19 décembre, et je demande à la conférence des présidents d'université française de ne pas se saisir de la question, comme le comité d'administration de l'université Paris VI le lui recommande.
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Jean-Gabriel Ganascia
LIP6 - Laboratoire d'Informatique de Paris 6
Université Pierre et Marie Curie (Paris VI)
8, rue de Capitaine Scott
75015 Paris FRANCE
tél. +33 (0) 1 44 27 37 27
secr. +33 (0) 1 44 27 47 23
fax. +33 (0) 1 44 27 70 00
www-poleia.lip6.fr/~ganascia
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Cette lettre nous a été communiquée par Norbert Lipszyc.











