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Abou Mazen: 'L'Intifada dans sa totalité était une erreur' (MEMRI)
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THE MIDDLE EAST MEDIA RESEARCH INSTITUTE


Dépêche Spéciale n° 793 – Autorité Palestinienne

Pour lire ce document en format HTML (version anglaise), cliquer ici : memri.org/bin/french/latestnews.cgi?ID=SD79304


Le quotidien jordanien Al-Rai a récemment publié une interview de l’ancien Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas (Abou Mazen). (1)

Voici quelques extraits de cette interview :



« Nous devons mettre de l’ordre chez nous »

Question: «Pourquoi n’avez-vous pas conclu les négociations avant [l’élection de Netanyahou], alors qu’il était notoire que Netanyahou avait une chance raisonnable de gagner ?»

Abbas: « […] Oslo n’a pas progressé à cause des actions des divers gouvernements israéliens ; puis il y a eu Camp David, et enfin, l’Intifada. La visite de Sharon [sur le Mont du Temple] fut un mauvais début, à la suite duquel l’Intifada a été déclenchée, mais sa poursuite fut la pire des choses. Je pense aujourd’hui que l’Intifada dans sa totalité était une erreur et qu’elle n’aurait pas dû perdurer, et en particulier ce qu’on a qualifié de militarisation de l’Intifada» […] ».

Question: «Les négociations n’ayant donné aucun résultat, pourquoi pensez-vous que l’Intifada était la plus mauvaise option ?»

Abbas: «Si nous devions faire le bilan de la situation à laquelle nous aurions abouti après quatre ans d’Intifada, [nous nous rendrions compte] qu’il existait trois opinions : La première était qu’après le meurtre de 1000 Israéliens au cours de l’Intifada, Israël s’effondrerait, tout comme Sharon ; la deuxième était que l’Intifada armée allait libérer la mère patrie ; la troisième opinion était que l’Intifada mettrait un terme à la colonisation.

Un examen [de la question] montre que Sharon n’est pas tombé. Au contraire, il est devenu le [leader le] plus populaire de l’histoire d’Israël, après avoir fait l’objet de condamnations en Israël. De même, toutes les terres palestiniennes sont aujourd’hui occupées et en danger, et les colonies ont presque doublé. Nous avons détérioré nos relations avec les Américains et avec l’opinion publique israélienne ; la dernière déclaration du Quartet est une illustration supplémentaire de ce qu’il est advenu de nous».

Question: «Vous avez fait allusion à une quatrième opinion à propos de l’Intifada, quelle est-elle ?»

Abbas: «La quatrième opinion dit : mettez un terme à la militarisation de l’Intifada. Nous devons remplir nos obligations telles qu’elles ont été détaillées dans la Feuille de route et dans la Loi fondamentale, et nous devons convaincre le monde que nous avons rempli nos obligations et que Sharon doit remplir les siennes. Dans la mesure où aujourd’hui le monde entier nous condamne au lieu de condamner Sharon.»

Question: «Que doit faire la partie palestinienne afin de se sortir de cette situation ?»

Abbas: «Nous devons mettre de l’ordre chez nous. C’est la première condition. Cela n’a pas encore été fait, et la quatrième voix est restée faible et n’a pas été entendue»


« Si Israël a liquidé le Fonds des propriétaires absents « alors les décisions d’Hitler étaient justifiées »

Question: «Qui est à blâmer pour l’échec de Camp David, et Yasser Arafat y a-t-il une part de responsabilité ?»

Abbas: «La vérité est que, tout au long des 16 jours de Camp David, il n’y a jamais rien eu de tel qu’un "plan Clinton", mais [seulement] des idées. Durant les deux dernières journées de Camp David, seuls trois thèmes furent abordés : les frontières, les réfugiés et Jérusalem.
La première erreur a consisté à organiser Camp David sans préparation […] De plus, pas une seule rencontre n’a eu lieu entre Arafat et Barak. Cela s’est résumé à Clinton venant nous voir, puis [allant voir les Israéliens] pour échanger quelques idées […]
Concernant les frontières, Clinton a suggéré la solution suivante : 80% de la Cisjordanie pour vous [i.e. pour les Palestiniens] et le reste pour les Israéliens, duquel 8% resteront [sous contrôle israélien] et une concession de 20 ans pour les terres restantes, sur une partie desquelles existeraient des postes militaires. Nous avons commencé à discuter de la question : "Pour quelle raison [devons-nous] perdre 20% ?" Après un long débat, Clinton proposa 92%. Nous avons refusé cette offre et leur avons dit que notre position était que nous étions enclins à accepter les frontières de 67 avec quelques modifications réciproques mineures. Clinton revint nous voir et nous dit que la proposition était de 92% et un autre 1% supplémentaire dans le cadre d’un échange de territoires. Nous avons de nouveau refusé. Nous ne devons pas accepter [une telle proposition], ni aujourd’hui ni à l’avenir […]
Puis nous en sommes venus à la question des réfugiés. Les Israéliens ont formulé l’idée suivante : "150 000 réfugiés sont partis, dont 100 000 sont morts, et nous envisageons de permettre aux 50 000 restants de revenir". Nous avons tenté de les convaincre que le nombre de ceux qui étaient partis s’élevait à 950 000, et nous sommes parvenus à [un accord sur] 600 à 700 000. Les Israéliens prétendaient que les juifs des pays arabes étaient venus à leur place [i.e. à la place des réfugiés palestiniens] « alors c’est un pour un et nous voulons 40 millions de dollars d’indemnités, dont la moitié sera pour vous, les Palestiniens, et dont l’autre moitié sera pour Israël". Nous leur avons apporté des preuves et des documents établissant que les juifs avaient repris leurs biens avant de quitter les pays arabes et qu’en tant que négociateur palestinien, je n’étais concerné par aucun pays arabe d’où les juifs ont émigré, et que ce n’était pas ma responsabilité.

Nous étions parvenus à convaincre Clinton que des Palestiniens avaient le droit au retour et que c’était un droit qu’ils pouvaient choisir d’exercer, à l’instar du droit à l’indemnisation. Nous leur avons expliqué tous les détails et leur avons proposé de débuter avec [les réfugiés du] Liban. De plus, nous avons interrogé Elyakim Rubinstein [le ministre de la Justice d’alors] à propos du Fonds des propriétaires absents et il a reconnu qu’Israël "l’avait liquidé", suite à une décision du gouvernement. Je lui ai dit : "si c’est le cas, alors les décisions d’Hitler étaient justifiées". Cela vous donne une idée de la nature du raisonnement et du dialogue qui avaient cours avec les négociateurs israéliens à Camp David […]».


Question: «[Je vous le demande] une nouvelle fois, qui est responsable de l’échec [du sommet de Camp David] ?»

Abbas: «Clinton nous a dit, à Abou Ammar [Yasser Arafat] et à moi, qu’il projetait de diffuser un communiqué [à ce sujet], mais il nous avait promis de ne pas faire porter la responsabilité de l’échec de camp David sur quelqu’un en particulier. Puis il est parti et a mentionné Arafat [comme responsable de cet échec]. Quoi qu’il en soit, la vérité est que Yasser Arafat était plus flexible que je ne l’étais, à Camp David, mais aucune proposition sérieuse n’a été faite […]».


Oslo a été la plus grande réussite des Palestiniens – «C’est ce qui a a fait, de Yasser Arafat, un président»

Question: «Oslo fut-il une erreur ?»

Abbas: « Non. Après tout, je suis le "père d’Oslo". Si Rabin était encore en vie, il aurait peut-être fait ce qu’aucun autre, avant lui ou après lui, n’a été capable de faire. Cela tient au fait qu’il était prêt à prendre des mesures, qu’il appelait "mesures douloureuses", pour parvenir à la paix […]».

Question: «Pensez-vous qu’Oslo fut la plus grande réussite des Palestiniens ?»

Abbas: « Sans nul doute. C’est ce qui a fait, de Yasser Arafat, un président».


Les trois causes principales de la chute de mon gouvernement

Question: «Certains prétendent que l’Amérique et Israël ont tiré profit de votre démission pour justifier l’agression israélienne contre le peuple palestinien, en alléguant que le Président Arafat avait fait tomber votre gouvernement».

Abbas: «Disons qu’il y a eu trois causes principales à la chute de mon gouvernement : la première c’est qu’Israël n’a fait aucune concession ; [la seconde est que] les Américains ont traîné les pieds ; et [la troisième est que] les Palestiniens m’ont attaqué. S’il n’y avait eu aucun problème dans nos rangs [nous aurions pu dire] que le problème provenait seulement de la partie israélienne. Nous sommes parvenus à obtenir 52 jours de calme complet dans les territoires palestiniens, et, le 53ème jour, il y a eu un attentat, en août, à Jérusalem. Pire, [les Palestiniens] l’ont revendiqué, et la trêve [hudna] a pris fin […]».

Question: «Si Israël a fait échouer [les négociations] et que les Américains ont traîné les pieds, comment les choses se sont-elles détériorées au point que les Palestiniens aient participé à la chute de votre gouvernement ?»

Abbas: « Je vais vous donner un exemple. Avant que je me rende au Sommet d’Akaba, la Feuille de route avait été établie. J’avais accepté les obligations qui nous avaient été imposées, et, dans le même temps, les Américains ont exigé que je "n’oublie pas" de mentionner, dans mon discours au Sommet d’Akaba, qu’"Israël est un Etat juif". Je pensais que ce n’était pas mon rôle [de dire cela] et c’est ce que je leur ai dit.
Puis j’ai prononcé mon célèbre discours, à Akaba, qui provoqua des réactions assez irrationnelles de scandale et de colère, accompagnées d’une foule de questions : "Pourquoi avez-vous parlé de la souffrance des juifs ?" Je leur ai alors répondu que j’avais aussi parlé de la souffrance des Palestiniens. "Pourquoi n’avez-vous pas mentionné les réfugiés ?" Je leur ai dit que j’avais mentionné les questions du statut final, qui sont au nombre de six, et dont l’une est la question des réfugiés, sans avoir mentionné cette question [explicitement] dans un discours de 15 minutes. Les critiques n’avaient pour but que la critique et la condamnation. Chaque action fut accueillie par une réaction opposée. Voilà pour le niveau politique.
Au niveau intérieur [palestinien], nous avons entamé les réformes internes jusqu’au 4 septembre où alors que je venais [au Conseil législatif] on m’a accueilli avec une manifestation armée à l’entrée du Conseil et toutes les fenêtres ont été brisées […]. J’ai présenté ma démission et je ne sais pas comment Israël et l’Amérique ont tiré profit de cette situation […].
Certains disent que [le Premier ministre actuel Ahmad Qorei, [alias] Abou Alaa a échoué. Je pense qu’il n’a pas échoué, dans la mesure où il n’a rien fait et n’a pas exercé son autorité. Il y a également ceux qui décrivent le ministre de l’Intérieur, Hakam Bal’awi, comme étant faible. Je pose la question : a-t-il essayé [de faire quoi que ce soit] ? Jusqu'à présent, le gouvernement d’Abou Alaa n’a pas tenté d’agir, de même qu’il n’en a pas eu l’opportunité. Lorsqu’ils feront quelque chose, alors nous les jugerons […]».

Question: «Pouvez-vous nous dire pourquoi le Président Arafat tient tant à ne pas céder des pouvoirs au Premier ministre et pourquoi il ne permet pas aux Palestiniens de mettre de l’ordre chez eux ?»

Abbas: «Je ne sais pas. Il pense probablement que s’ils lui retirent ses pouvoirs, ils se débarrasseront alors de lui».

Question: «Pourquoi Abou Ammar refuse-t-il de vous accorder des pouvoirs ainsi qu’aux autres ministres, en dépit des exigences arabes et internationales ?»

Abbas: « Je n’en sais rien. Lorsque nos affaires intérieures seront réglées, Abou Ammar ira à la Maison Blanche».

Question: «Vous insistez en permanence sur le fait que satisfaire cette exigence internationale [de reforme intérieure] relancera la situation [au sein de l’Autorité Palestinienne], des lors, pourquoi Arafat refuse-t-il obstinément ?»

Abbas: «Si cela se produisait et qu’il y avait un réexamen de la façon de régler les questions de sécurité et s’il y avait des élections, je peux vous affirmer qu’Abou Ammar serait reçu à la Maison Blanche dans les 5 mois».

Question: «Sur quoi mise l’Autorité Palestinienne ?»

Abbas: «Probablement sur le résultat des élections américaines, mais je vous affirme que ce pari est une perte de temps, car, en ce qui nous concerne, Bush ou Kerry, c’est la même chose».


Note:

(1) Al-Rai (Jordanie), 27 septembre 2004.


© MEMRI

Mis en ligne le 07 octobre 2004 sur le site www.upjf.org.

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