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Pourparlers de Paix
Arafat: «Un État juif ? Absolument !», D. Landau & A. Eldar
Tout celà est bien beau, mais qu’il le dise clairement en arabe à son peuple au lieu de le distiller en anglais à l’opinion publique occidentale.Traduction française de l'upjf. Reproduction interdite sans autorisation expresse.
Version originale : "A Jewish state ? 'Definitely' !", par David Landau et Akiva Eldar
www.haaretz.com/hasen/spages/440479.html
Ha'aretz, 18 juin 2004
« Un État juif ? Absolument ! »
Arafat est prêt à signer un accord qui donnerait aux Palestiniens 97% de la Cisjordanie et de Gaza - les 3% restant étant à échanger -, et le droit au retour, sinon de tous les réfugiés, au moins d'une partie. Dans un entretien à bâtons rompus avec le quotidien Haaretz, mené dans les ruines soigneusement conservées de la Mouqataa, le président de l’Autorité palestinienne a également évoqué les liens familiaux historiques entre les deux peuples.
« Absolument » est un terme qui est revenu plusieurs fois au cours de la libre conversation de deux heures, qui s’est déroulée presque entièrement en anglais, avec le président de l’Autorité palestinienne ,mardi, dans la Mouqataa, son quartier général/prison de Ramallah. Mais Arafat était loin d’être aussi précis sur les détails cruciaux des sujets essentiels. En dépit de nos efforts pour obtenir de lui des prises de position sans ambiguïté, il a souvent noyé ses pensées exactes dans un flot de souvenirs tumultueux et de digressions. Hôte attentionné et conteur éloquent, il semblait apparemment souhaiter garder quelques cartes en main pour la dernière manche décisive, qu’il est manifestement persuadé d’avoir à jouer, lui et lui seul, face à Ariel Sharon, ou un autre dirigeant israélien.
C’est peut-être la raison pour laquelle la polémique qui a éclaté dans les colonnes de Haaretz entre anciens dirigeants des services de renseignement a suscité tant d’attention et d’intérêt. Bien qu’il se trouve à une demi-heure de Jérusalem, accueillant et disert, il faut être un professionnel du renseignement pour dissiper le halo de mystère et d’ambiguïté qui l’enveloppent. Et [ces professionnels] ne sont même pas d’accord entre eux.
Amos Gilad, ancien numéro 2 du Renseignement militaire, qui anime aujourd’hui le Club de réflexion stratégique du ministère de la Défense, affirme qu’Arafat n’a jamais voulu la paix avec Israël. Il a toujours pour objectif la défaite démographique finale de l’État juif. Amos Malka, qui dirigea le même service, déclare que le président Arafat aurait conclu un accord à Camp David, ou à Taba, si Israël s’était montré encore plus généreux que le Premier ministre d’alors, Ehoud Baraq. Malka dit que le dirigeant palestinien est toujours dans les mêmes dispositions, si les mêmes propositions lui étaient faites aujourd’hui.
Interpellés par ces divergences sur des questions d’un tel poids, nous avons essayé nous-même d’élucider l’énigme Arafat. Certaines de ses réponses, chacune formulée avec soin - le matois et chevronné président connaît le sens des mots - semblent aller plus loin que par le passé. Mais il subsiste beaucoup de brouillard.
Extraits
Haaretz - Comment allez-vous ?
Arafat – Pas mal !
- Mais vous avez connu des jours meilleurs. Ces temps sont difficiles ?
- Absolument.
- Avez-vous suivi le compte rendu que Haaretz a fait de la polémique au sein de la communauté du Renseignement ?
- Oui
- Et pensez-vous que ça contribue aux discussions ?
- Voici les faits et les réalités. À ne pas oublier : c’est nous qui avons initié le processus de paix, avant même les accords d’Oslo. Vous vous souvenez, à Vienne, nous avions commencé ces pourparlers de paix par l'entremise [du chancelier autrichien d’alors] Kreisky et de [Shimon] Peres. Vous vous souvenez? Et avec la participation des dirigeants de l’Internationale socialiste, et après ça, en Suède. Vous vous souvenez? Cela avait été très fructueux...
- Mais votre décision la plus importante fut à Alger, en 1988.
- Oui, Alger, oui, très importante... Et pas seulement moi, tout le Conseil National Palestinien l’accepta.
- Aurait-il seulement été possible pour un dirigeant palestinien, y compris vous-même, de s’engager dans une autre voie que celle décidée en 1988 ?
- Absolument pas, puisque c’était une résolution du Conseil National Palestinien, valable pour tous les Palestiniens à travers le monde. Et elle fut confirmée en présence du président Clinton, en 1996.
- Dans le débat entre officiers du Renseignement, certains ont dit que M. Arafat pouvait conclure un accord sur la base des déclarations d’Alger en 1988, c’est à dire les frontières d’avant 67 avec Jérusalem-Est et une solution pour les réfugiés, maintenant...
- Et ne pas oublier, nous étions d’accord pour un échange de terre de 'qualité et quantité' équivalentes.
- Oui, cela aboutirait à 100% des territoires...
- Oui... Car, ne pas oublier, c’était la plateforme de la conférence de Madrid [en 1991].
- Si votre ami, votre partenaire pour la paix des braves, M. Rabin, pouvait revenir aujourd’hui et vous disait : Mon ami, président Arafat, je vous offre le document de Genève, c’est à dire 100% des territoires avec l’échange, la solution prévue à Genève pour les réfugiés, Jérusalem et le Mont du Temple, répondriez-vous 'mabrouk' [OK] ?
- À ne pas oublier: j’ai envoyé mon représentant spécial, Manuel Hassassian [pour faire un discours à la cérémonie de signature de Genève]...
- Pour y faire un discours... oui, mais le public israélien voudrait savoir si cela signifie que le président Arafat est désireux de conclure un accord sur la base de Genève.
- Assurément, nous l’avons apprécié, ce n’est pas un accord officiel, je l’ai apprécié et j’ai délégué mon envoyé spécial, le Dr Hassassian pour y lire mon discours.
- Si nous prenons le problème principal, celui des réfugiés, le droit au retour, êtes-vous d’accord pour accepter la proposition de la Ligue arabe, c’est-à-dire une solution équitable et concertée, sur la base de la résolution 194 des Nations unies ?
[Arafat fait remarquer dans sa réponse que la proposition de la Ligue arabe était d’origine saoudienne, et que les Palestiniens, comme les autres Arabes, l’avaient acceptée. Il remarque, au passage, qu’ils ont accepté les différentes initiatives américaines : rapport Tenet, mission Zinni et rapport Mitchell.]
Haaretz - Le problème, pour l’opinion publique israélienne, est la question du droit au retour, le droit au retour des réfugiés palestiniens. Les gens en Israël ont peur de l’afflux d’un grand nombre de réfugiés. Par exemple notre journal, Haaretz, a toujours soutenu le principe d’un accord de paix avec le peuple palestinien. Nous avons constamment soutenu le processus de paix. Mais lorsque Camp David-Taba a échoué sur... les réfugiés...
Arafat - Non, réellement, non, non et non. Il n’a pas échoué du fait du droit des réfugiés, pas du tout. Vous vous souvenez qu’après Camp David, nous avons eu l’accord de Charm a-Cheikh avec la participation du président Clinton, du président Moubarak, du roi Abdallah, de [Javier] Solana, de Kofi Annan et des délégations palestinienne et israélienne. Plus tard, et avant Taba, nous sommes aussi allés à Paris, et il y avait [Madeleine] Albright, Kofi Annan, Solana, nous avons commencé à l’ambassade des États-Unis et sommes allés pour terminer dans le bureau du président Chirac.
- Et là vous avez refusé de rencontrer Peres, Clinton vous a demandé...
- Laissez-moi la possibilité de terminer...
- Excusez-moi. [suit une longue digression sur ce qui s’est passé à Paris] Et qui a pris l’initiative d’interrompre les pourparlers de Taba ?
- Les Israéliens. Pas les pourparlers de Taba, les accords de Taba. Il y avait les Égyptiens, les Européens, à Taba.
- Que diriez-vous d’une solution qui pourrait dissiper la crainte des Israéliens d’être submergés par les réfugiés ?
- Écoutez, j’ai débattu de cette question clairement et visiblement avec le président Clinton et avec Baraq. [Après un long aparté sur ses années d’études au Caire, Arafat fait mention d’un supposé article, paru dans Haaretz, qu’il a sur lui.]
- Il est toujours dans ma poche, je vais vous le montrer : 62% de ceux qui sont venus d’Union soviétique [en Israël] ne sont pas juifs, 90% d’entre eux sont chrétiens et 10% musulmans. Et j’ai dit à Clinton, Ok, s’ils acceptent ces 62%, qui sont devenus 70% maintenant, pourquoi ne pas aussi donner sa chance à notre peuple ? En particulier ceux qui vivent à Beyrouth, au Liban, dans des conditions extrêmement difficiles.
- Tous ?
- Pas tous, une partie de ceux qui sont encore dans des camps de réfugiés.
- Amos Malka pense, je le cite précisément, dites-moi s’il se trompe, que «M. Arafat a toujours, et même jusqu’à aujourd’hui, désiré signer un accord qui lui octroierait la Cisjordanie et Gaza... 97% avec un échange.»
- Entre 97 et 98%.
- Oui, et le reste, avec un échange.
- Oui.
- Avec Jérusalem-Est comme capitale, le Mont du Temple, sous souveraineté palestinienne ; il n’en a pas parlé, mais nous savons que le Mur des Lamentations...
- Le Mur des Lamentations, et ne pas oublier, quand je vivais dans le quartier, chez mon oncle, j’avais l’habitude de rester avec ceux qui priaient au Mur des Lamentations. Et à chaque fois, mon oncle venait me chercher pour m’emmener chez lui en haut des marches...
- Et la chose la plus importante que dit Malka est que M. Arafat a besoin d’une sorte de reconnaissance par Israël de sa responsabilité pour les réfugiés, ceux de 1948. Israël pourrait accepter 20 000 ou 30 000 d’entre eux. Il estime que vous accepteriez de signer un tel accord.
- D’abord, nous avons eu un accord, après Oslo, un accord permettant aux réfugiés de 1967 de revenir librement, s’ils souhaitaient revenir en Palestine.
- Dans le nouvel État de Palestine ?
- Oui, et avec une commission regroupant l’Égypte, la Jordanie, Israël et la Palestine [pour contrôler leur retour].
- Mais dans votre pays?
- Mais malgré ça, ils ne sont pas tous revenus. Ils vivent un peu partout, en Jordanie, en Égypte, en Europe, en Allemagne. Ils ne reviendront pas.
- Quel est le rapport ? Tous les réfugiés de 67 ne sont pas revenus, alors tous les réfugiés de 48 qui vivent dans des conditions difficiles au Liban ne voudront pas revenir non plus. Est-ce ce que vous voulez dire ?
- Quand nous avons quitté le Liban, un grand nombre d’entre eux ont suivi... Le président Clinton me demandait combien ils étaient. Je lui ai répondu que je l’ignorais, mais qu’ils étaient environ 480 000. Mais maintenant, ils sont moins nombreux... ils sont moins de 200 000 en tout.
- Pouvez-vous dire au public israélien que votre stratégie, votre objectif, n’est pas de modifier la répartition démographique ni de changer le caractère juif de l’État d’Israël ? Pouvez-vous assurer aux Israéliens que vous ne voulez pas utiliser les réfugiés pour modifier l’équilibre démographique et le caractère juif de l’État ?
- Pourquoi je ne parle pas des autres réfugiés ? Je parle des réfugiés du Liban, parce qu’ils vivent dans des conditions très difficiles. Sans notre aide, il leur serait très difficile de subsister.
- Pourquoi ne dites-vous pas que ces 200 000 Palestiniens du Liban sont invités, tous ou quelques-uns, à revenir dans l’État de Palestine, la Cisjordanie et Gaza, et quelques-uns, un petit nombre dans l’État juif d’Israël ?
- D’abord nous ne refusons, et vous non plus, à aucun Palestinien, déplacé ou réfugié, de revenir dans les territoires palestiniens, ce n’est pas un problème. Et comme je vous l’ai dit, il existe une commission qui suit le rapatriement des réfugiés. Mais je parlais de la tragédie de nos Palestiniens qui vivent au Liban, qui avaient été acceptés par Baraq et le président Clinton, et pour lesquels il faut trouver une solution.
- Mais cette solution doit être acceptée aussi par Israël.
- Baraq disait que nous devions trouver une solution pour eux avec les Israéliens, les Américains et nous.
- Et vous acceptez une formule, une solution qui dirait « ceci ne change pas le caractère d’Israël... »
- Nous l’avons fait en 1988, lors de notre Conseil National Palestinien, c’est clair et visible, nous avons accepté les [résolutions [de l’ONU] 242 et 338... et absolument, nous parlons d’une partie de notre peuple, de nos réfugiés... Pourquoi un musulman de Russie a droit au retour et pas un musulman de Palestine ? Et pourquoi un chrétien de Russie a droit au retour et pas un chrétien palestinien ?
- Vous comprenez qu’Israël doive rester un État juif ?
- Absolument.
- Absolument ?
- Absolument. Je leur ai dit que nous l’avions accepté ouvertement et officiellement en 1988 lors de notre Conseil National Palestinien...
'Nous sommes restés, vous êtes partis'
Haaretz - Nous voudrions approfondir ce point. Vous savez que Shlomo Ben Ami vient de publier un livre dans lequel il explique principalement qu’il échoua à conclure un accord avec vous, avec votre peuple, à Camp David et à Taba, et qu’il croit qu’il est impossible d’y parvenir avec vous. Il y a un point sur lequel il insiste énormément dans son livre. Il écrit qu’Israël, du temps de Baraq, était prêt à concéder la souveraineté sur le Mont du Temple à l’État palestinien, et on achoppait sur la question des fouilles archéologiques. Et il raconte que la partie palestinienne, à Taba, était prête à envisager de renoncer à creuser sous le Mont du Temple, mais pas à ce que le document mentionne un lien historique entre le peuple juif et cet endroit. Ben Ami explique que, pour lui, cela signifie que vous, Yasser Arafat, refusez de reconnaître le lien historique entre le peuple juif et ce pays.
Arafat - Joseph, son père et ses frères vivaient à côté de Naplouse. Que ce soit historique ou non...
- C’est dans la Bible.
- C’est dans le Coran. L’histoire sainte de Joseph avant qu’il aille en Égypte, dans notre Coran, dans les récits. Qui peut alors dire qu’il n’y a pas de lien [entre les Juifs et ce pays] ? Avez-vous oublié que nous vous appelons nos cousins ? De fait, vous êtes mon cousin. Je descends d’Abraham et Hagar, mon aïeule était Hagar, et vous descendez de Sarah... oui ou non ?
- Oui, c’est ce que je crois, et vous, le croyez-vous ?
- Absolument. C’est mon aïeul – Abraham... votre ancêtre, et le mien aussi. Vous venez... d’Isaac et de Jacob. C’est historiquement clair...
- Ainsi, c’est historiquement clair, mais étendez-vous ce point de vue historique à Jérusalem... Naplouse ne pose pas de problème concret, à l’inverse de Jérusalem.
- Le problème concret, Jérusalem, veut dire Salem, le roi qui y régnait quand Abraham arriva, avec Lot... hein ? Il les accueillit très amicalement, en frères...
- Melchisedeq, dans la Bible, on l’appelle Melchisedeq, roi de Salem.
- Et vous, quand Sarah est morte, il donna la grotte de Hébron pour l’y enterrer, et c’est encore dans l’accord entre nous, que vous avez le droit de vous rendre dans cette grotte qui fait partie de la mosquée d’Abraham, à Hébron... Vous l’oubliez...
- Que dites-vous - permettez-moi d'entrer un peu plus dans le détail - que dites-vous au sujet du roi de Salem ? Que sous-entendez-vous ? Que vous vous identifiez au roi de Salem ? Mais vous avez dit auparavant que vous descendiez d’Abraham, d’Abraham par Ismaël ?
- Oui, oui, mais vous et nous étions cousins.
- Descendants d’Abraham.
- Abraham, oui, mais nous sommes devenus des résidents. Nous sommes restés, et où êtes vous allés ?
- En Égypte.
- En Égypte !
Accord pour que les Juifs puissent prier
Haaretz - À propos de Jérusalem et du Haram a-Sharif ['le noble sanctuaire' - le Mont du Temple, pour les Juifs], si Yitzhak Rabin était venu vous dire, vous pouvez avoir la souveraineté sur le Haram a-Sharif, quel genre de dispositions, d’arrangements concrets, seriez-vous disposé à accorder aux Juifs qui voudraient y prier ?
Arafat - Ce que j’avais accepté à Camp David est clair : Le Mur des Lamentations, le quartier juif, avec un libre passage sous votre contrôle.
- Et qu’en serait-il de ce que nous appelons, nous, le Mont du Temple et vous, le Haram a-Sharif ? Accepteriez-vous, sous votre contrôle, que des Juifs y prient, ou seulement au Mur des Lamentations ?
- Jusqu’à ce jour, on n’a rien trouvé [lors de fouilles archéologiques] qui se rapporte au Temple [de Salomon]... On a trouvé le temple d’Hérode.
- Bien, et alors ? Est-ce que ça n’est pas assez ancien pour vous ? Le temple d’Hérode se dressait là il y a 2 000 ans. C’est ce temple où Jésus s’est rendu, c’était le temple des Juifs. Où est la différence pour vous... Qu’est-ce qui ne va pas, en quoi le temple d’Hérode serait-il inférieur, à vos yeux, à celui de Salomon ? Les Juifs priaient au temple d’Hérode il y a plus de 2 000 Ans. C’est un fait historique !
- Le Mur des Lamentations, sous votre contrôle... J’ai accepté à Camp David pour le Mur des Lamentations...[la discussion sur ce point s’est prolongée]
Mettre en jeu l’unité
Haaretz - Êtes-vous satisfait du plan de désengagement actuel d’Ariel Sharon ? Serez-vous en mesure de prendre pied à Gaza et de montrer à l’opinion israélienne que l'on peut vous prendre au mot, que vous pouvez contrôler Gaza ?
Arafat - Nous l’avons fait bien des fois. Nous l’avons fait à Gaza quand j’y étais, et vous vous souvenez de tous les heurts que nous avons eus avec le Hamas et d’autres, et à Bethléem, nous avions totalement réussi à prendre le contrôle.
- Alors vous n’hésiterez pas, si Israël se retire, même à mettre en jeu l’unité de votre camp, c’est à dire à combattre le Hamas ?
- Même contre quiconque au Fatah se mettrait hors-la-loi. Je ne pourrais fermer les yeux. Vous savez que je respecte ma parole et mon rang.
- Vous travaillez avec les Égyptiens sur la sécurité à Gaza après le retrait israélien ?
- Nous avons collaboré avec l’Égypte, ne pas oublier, depuis notre retour, avant même les accords d’Oslo. Nous avons continué au Caire, par les accords de sécurité du Caire, qui ont été détaillés dans le bureau du président Moubarak lui-même.
Comme exemple de sa capacité à exercer l’autorité et à assurer la sécurité d’un secteur, Arafat cite le cas de Bethléem. Après le siège de l’église de la Nativité, rappelle-t-il, l’Autorité palestinienne a scrupuleusement appliqué l’accord de fin de siège, expulsant les militants à Gaza et en Europe, et s’assurant qu’ils y restent. L'ordre à Bethléhem proprement dit fut pleinement restauré et maintenu par les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne. Il était parfaitement injustifié que Tsahal reprenne le contrôle de la ville ces dernières semaines.
Le président détaille aussi plusieurs incidents récents où des attaques terroristes en Israël ont été déjouées par les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne. Ces incidents ont été méticuleusement répertoriés et publiés par les services britanniques, qui surveillent la situation sécuritaire pour le compte du Quartet. Dans un cas, une jeune bédouine de 17 ans, qui projetait de se faire exploser en Israël, a été arrêtée.
« J’ai envoyé mes policiers, après avoir contacté les Israéliens, pour leur permettre d’aller l’arrêter. J’ai contacté les chefs des Bédouins et leur ai demandé d’accepter de la livrer. À 5h, nous l’avons amenée et remise, tout cela sous le contrôle total de la sécurité israélienne. Israël est parfaitement informé des efforts de l’Autorité palestinienne contre le terrorisme, mais ne semble pas pressé de transmettre cette information à son opinion publique. »
Haaretz - Après le déclenchement de l’Intifada, pourquoi ne pas avoir donné clairement l’ordre à votre peuple de l’arrêter ?
Arafat - Mais si, je l’ai donné.
- Vous savez qu’Amos Gilad le présente comme ça : M. Arafat appelle Barghouti, lui donne de l’argent et lui dit: Allah ma‘ak [D.ieu soit avec toi], et Barghouti comprend qu’il doit lancer une action terroriste.
- D’abord, d’abord c’est un gros mensonge, car Barghouti ne traite pas directement avec moi. C’est un ami proche. Savez-vous pourquoi ? Parce que son cousin, Bashir Barghouti, était dans ma fac, quand nous étions ensemble étudiants en Égypte, au Caire. Et nous étions ensemble. Il était communiste, moi pas, mais malgré ça j’avais insisté pour qu’il participe, avec moi, à l’élection des représentants des étudiants palestiniens. Nous étions, à cette époque, 26 000 étudiants palestiniens au Caire... [suivent de longs retours en arrière]. Voilà le lien entre Marwan Barghouti et moi.
- Mais vous ne lui avez jamais donné...
- Non, pas comme membre du Fatah, c’est un ami personnel, mais son contact avec le Fatah, ce n’est pas moi, et je ne donne pas d’ordres... de ce genre. Jamais.
Vains efforts
À l’annonce du déjeuner, les magnétophones furent éteints et chacun se déplaça du bout de la longue table, jusqu’à son milieu. Arafat fit asseoir Eldar à côté de lui et Landau en face. La conversation continua. Les reporters du Haaretz soulignèrent que la plus grande partie de l’opinion publique israélienne était persuadée qu’il n’était pas possible « de traiter avec vous ».
Alors, répondit Arafat, pourquoi Ariel Sharon participa-t-il aux négociations de Wye River (pendant le mandat de Netanyahu) et se prononça-t-il pour signer avec lui l’accord sur Hébron ? Pourquoi, en tant que Premier ministre, Sharon a-t-il, plusieurs fois, envoyé son fils Omri pour me rencontrer ? Pourquoi a-t-il avalisé le rapport de la commission Mitchell (sans toutefois, selon Arafat, en mettre en œuvre les recommandations) ? Pourquoi a-t-il suivi les efforts du directeur de la CIA de l’époque, George Tenet, pour mettre un terme à la violence en coopération avec Arafat ? Pourquoi Sharon a-t-il adhéré à la road map [1] américaine (encore que, selon Arafat, les réserves d’Israël en 14 points sont plus que la road map elle-même).
Cette longue série d’efforts diplomatiques (ratés) impliquant le gouvernement Sharon et l’Autorité palestinienne prouve, aux yeux d’Arafat, qu’Israël sait bien qu’on peut traiter avec lui, en dépit des discours qui affirment le contraire. Au bout du compte, ajoute-t-il, c’est lui qui a signé Oslo, c’est lui qui a négocié à Camp David. La conclusion qu’il en tire est sans équivoque : Lui vivant, il est le seul avec qui on puisse traiter.
Aurions-nous la paix, aujourd’hui, si Yitzhak Rabin avait vécu ? « Absolument !»
répond Arafat, presque en criant. « Il ne faut pas oublier », ajoute-t-il doctement, que la paix avec l’Égypte a peu apporté à Israël en termes de reconnaissance internationale, alors que les accords d’Oslo avec les Palestiniens eurent des effets plus considérables, « de la Chine à l’Inde, de la Malaisie à l’Indonésie. » Le chemin d’Israël vers la reconnaissance et la prospérité passe par la paix avec le peuple palestinien. La vie, pendant ces deux années de siège, n’a « pas du tout été facile !», s’écrie le raïs. Il travaille mange, dort et reçoit ses hôtes dans cette unique vaste pièce. Malgré cette détention prolongée et indigne de leur dirigeant aux mains d’Israël, « notre peuple insiste toujours pour aller vers la paix des braves. .»
La pièce mériterait bien une couche de peinture, de même que les petites pièces adjacentes et la cage d’escalier qui y mène. Il y a peu d’air et de lumière, entre autres à cause des sacs de sable qui colmatent les fenêtres du couloir. À côté de ce bâtiment principal, un immeuble neuf a été construit l’année dernière. Mais Arafat et ses collaborateurs sont restés dans leurs locaux à moitié en ruines, accentuant ainsi l’impression d’un dirigeant emprisonné de fait, privé de sa liberté de mouvement. Aux alentours, des monceaux d’immondices soigneusement laissés en place et des carcasses de véhicules calcinés attestent des violences passées et de la précarité présente de la situation d’Arafat.
« Un musée de ruines », dit en souriant Nabil Sha'ath. L'aimable diplomate s’est joint au repas vers la fin, et ne tarde pas à s’étendre sur ses souvenirs des pourparlers de Taba et comment on échoua à parvenir à un accord qui semblait si proche. Oui, rappelle Arafat, les deux bords s’étaient mis d’accord sur un communiqué commun à la fin de la conférence, s’engageant « à conclure un accord après les élections... »
© Haaretz pour la version originale et Upjf.org pour la version française.
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[1] road map 'carte routière', que les journalistes francophones ont généralement traduit par 'feuille de route' (qui serait, en anglais : travel warrant). Ce glissement sémantique n’est pas innocent : une carte routière aide les égarés à se retrouver, une feuille de route enjoint à un subordonné de se rendre là où on le requiert. [Note du Traducteur].
Tous droits de reproduction réservés pour la version française.
Mis en ligne le 20 juin 2004 sur le site www.upjf.org











