Bitterlemons 46 - 17 décembre 2007 -
Texte original anglais : "A reaction to Palestinian positions".
Traduction française : Kol Shalom
Le Premier ministre Ehud Olmert et dautres personnalités israéliennes, tant du gouvernement que de lopposition, ont demandé aux dirigeants palestiniens de reconnaître Israël comme Etat juif, et cela en tant que partie intégrante du processus de paix naissant. De la part dOlmert, le moment semble surtout motivé par le besoin de calmer laile droite de sa propre coalition. On peut toutefois espérer quil comprenne que, certainement à ce stade-ci du processus, la requête est superflue. Elle est même contre-productive.
Néanmoins, le concept dIsraël comme Etat juif est extrêmement important pour saisir lévolution de lopinion dominante israélienne, à propos tant de la paix avec le Mouvement national palestinien, que de la coexistence avec les citoyens palestiniens dIsraël.
Pour la majorité des Israéliens, Israël a toujours été un Etat juif. Ou, pour adopter une formulation plus laïque, lEtat du peuple juif. Après tout, du point de vue du droit international, cest la définition la plus légitime dIsraël. La déclaration Balfour de 1917, ratifiée ultérieurement par la Société des Nations, déclare que « la Palestine sera reconstituée comme le Foyer national du peuple juif ». La Résolution 181, de 1947, de lAssemblée générale des Nations Unies crée un Etat arabe et un Etat juif en Palestine mandataire. La définition dIsraël comme un « Etat juif » a été inscrite dans la Déclaration dIndépendance dIsraël de 1948, précisément pour se conformer au droit international.
Pour limmense majorité des Juifs, la seule raison dêtre du sionisme est lexistence dun Etat juif. La majorité des Israéliens ne voient non plus aucune contradiction, pour cet Etat, entre le fait dêtre « juif » et celui dêtre « démocratique ». Ni un problème dans le fait dériger le statut des citoyens arabes dIsraël en minorité nationale dans un Etat juif. Et cela même si cela crée aujourdhui dépineux problèmes.
La reconnaissance palestinienne du caractère juif dIsraël, comme composante dune formule de fin de conflit, était secondaire lors des négociations de Camp David en 2000. Quand il a signé des traités de paix avec lEgypte et la Jordanie, Israël na jamais exigé dêtre reconnu comme Etat juif. La demande est devenue centrale ces dernières années. Depuis Camp David, lopinion dominante israélienne a conclu, des revendications et comportements palestiniens, que lidéal palestinien dune solution à deux Etats se résumait de la manière suivante : un Etat arabe aux côtés dun autre, nommé Israël, lequel est compris comme un futur Etat bi-national juif-arabe. Comme les Palestiniens lenvisagent, Israël inclurait une population arabe indigène en forte croissance démographique. Il serait en plus mis sous pression pour absorber des réfugiés palestiniens. Ceci, selon la conception palestinienne que lacceptation dune responsabilité dans les événements de 1948 constitue, pour Israël, la reconnaissance de facto dun soi-disant « péché originel », à savoir lexpulsion des réfugiés Palestiniens.
Aujourdhui, au vu de cette perception israélienne de la conception ultime palestinienne dune solution à deux Etats, Israël ne peut se permettre, lors de négociations sur un statut final, daccepter fût-ce le retour symbolique de quelques milliers de réfugiés. Sauf si les Palestiniens renoncent au droit au retour et acceptent Israël comme Etat juif. En dautres termes, dans sa majorité, lopinion israélienne a conclu que la revendication palestinienne quIsraël reconnaisse le droit au retour, même « théorique », pour accorder une « satisfaction psychologique » aux Palestiniens, est contradictoire avec la solution à deux Etats, telle que les Israéliens la comprennent et que la communauté internationale la conçue.
La posture de négociation palestinienne, qui a généré la demande israélienne dêtre reconnu comme Etat juif ne sexprime pas seulement sur la question du droit au retour. Son origine profonde réside, apparemment, dans la perception palestinienne et, plus largement, arabe, que les Juifs ne sont pas même un peuple. Ou que, sils le sont, ils ne sont pas autochtones du pays aujourdhui nommé Israël.
Prenons le cas de Jérusalem. Cest à Camp David et par la suite que les principaux porte-parole palestiniens, de Yasser Arafat et Mahmoud Abbas et leurs collaborateurs, informèrent leurs interlocuteurs quil « ny a jamais eu de temple juif au Mont du Temple ». Selon des sources autorisées palestiniennes, cest seulement à Camp David que la partie palestinienne saisit pour la première fois limportance capitale actuelle du Mont pour les Juifs !
Peu importe quavant le conflit, lhistoriographie arabe ait volontiers reconnu que les mosquées du Mont du Temple / Haram al-Sharif ont été délibérément bâties sur les ruines du Temple, faisant ainsi bénéficier lislam de la perception de sa continuité avec le judaïsme. Aujourdhui, les Palestiniens sont incapables daccepter une solution qui reconnaisse les racines hébraïques du Mont et, en conséquence, en garantisse laccès aux Juifs. Et la majorité dIsraël est incapable daccepter moins. Elle refuse daccréditer la fable palestinienne selon laquelle les Juifs dIsraël ne sont quune bande de colonialistes sans racines, établis dans un pays accaparé par la force.
La position palestinienne sur cette question se traduit également dans les déclarations de principe de lopinion majoritaire arabe israélienne, publiées dans le courant de lannée dernière. Elles revendiquent en effet quIsraël devienne un Etat bi-national. Ceci signifie que le futur statut des citoyens palestiniens dIsraël est désormais directement lié au résultat des négociations israélo-palestiniennes sur la question de lEtat juif.
De laveu général, il était vain et inutilement provocateur, de la part dOlmert, de soulever ce problème maintenant. De même, la Ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, navait-elle pas à déclarer aussi carrément que les citoyens palestiniens dIsraël pourraient trouver leur identité nationale dans lapparition dun Etat palestinien. Mais les Palestiniens doivent comprendre ce qui suit :
- Primo, ces affirmations israéliennes constituent une réaction directe à leurs propres positions relatives à la nature ultime dIsraël.
- Secundo, il sera impossible de mettre un point final au conflit sans que les positions palestiniennes sur des questions comme les réfugiés et Jérusalem reconnaissent quIsraël est édifié sur lhistoire et la tradition juives dans la patrie historique du peuple juif.
Observons que les Israéliens, qui soutiennent, dans leur majorité, une solution à deux Etats, néprouvent aucune difficulté à offrir une reconnaissance parallèle aux Palestiniens quant à leur histoire, à leurs traditions et à leur patrie.
Yossi Alpher
© Bitterlemons.org
Yossi Alpher est codirecteur de bitterlemons.org et bitterlemons-international.org. Il est ancien directeur du « Jaffee Center for Strategic Studies » et ancien conseiller principal du Premier Ehud Barak.
Source : www.bitterlemons.org
Mis en ligne le 18 janvier 2008, par M.











