Michel Gurfinkiel, «Un devoir de mémoire», présentation par Anne-Catherine Fouillet
Il n'est pas courant qu'une catholique observante présente le livre d'un auteur juif avec tant de sensibilité et de conviction. Je ne pense pas me tromper en disant que ce témoignage est représentatif de l'état d'esprit d'un nombre non négligable de chrétiens que la perception de ce qu'a réellement été la Shoah a bouleversés au plus profond d'eux-mêmes. Pour certains, la prise de conscience a été fugace et n'a guère marqué leur démarche spirituelle. Pour d'autres, il a bouleversé sinon leur vie, du moins leur conception du rapport entre la foi chrétienne, trop longtemps triomphante et substitutionniste, et l'immémoriale et inébranlable foi juive, dont ni les hommes ni le temps ne sont venus à bout. A.-C. Fouillet a raison d'insister sur le caractère diabolique de la volonté d'Hitler d'exterminer les Juifs "parce qu'ils étaient Juifs". Pour les Juifs, c'est l'évidence même, bien sûr. Mais il a fallu des décennies pour que des non-Juifs, chrétiens ou non, l'intériorisent. En ce sens, tant le témoignage de l'auteur juif, que celui de la présentatrice catholique de son livre, sont une contribution de plus, de nature à mener la perception chrétienne de la Shoah au seuil critique qui la fera basculer définitivement de la simple commémoration compassionnelle, à la prise de conscience que tout mal fait aux Juifs d'aujourd'hui, quelle qu'en soit la justification - droit-de-l'hommiste ou "politique" - prolonge l'horreur de la Shoah et appelle la réprobation divine sur ceux qui le commettent. (Menahem Macina).
Mise en ligne : 19/12/2008