14/05/07
Texte repris du site de Israel Magazine.
"Le rap, c'est le bras armé du djihad" ; "Quand les jeunes de banlieue voient des fours et des charniers, ils adorent cela!"
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Doc Gynéco ne tait rien de ce qu'il a envie de dire. Pour lui, né justement à la périphérie de Paris, les "jeunes de banlieue ont besoin de tuer en vrai. De voir le sang", tandis que pour Christine Angot [1], "nous sommes encore dans la France du Chagrin et de la Pitié" [2].
Après le meurtre d'Ilan Halimi, la vague d'antisémitisme, l'opprobre jeté au visage de la petite nation israélienne, il paraît clair que le monde, après lecture de cet entretien, a déclaré la guerre aux Juifs. Et chacun va devoir choisir son camp, le refus de choisir étant lui-même un engagement.
Sartre disait qu'"on n'avait jamais été aussi libre que sous l'Occupation".
On peut lire ces propos dérangeants avec détachement ou alors se dire : et si c'était vrai ? On n'a jamais été aussi libre.
David Reinharc [3] : Le rap est-il devenu un instrument de propagande ?
Doc Gynéco : En réalité, il ne milite plus ni pour le hip hop ni pour le public : le rap sest aujourdhui islamisé. Akhenaton est musulman, comme de plus en plus de rappeurs. Ils sont en guerre : le rap, cest un peu le bras musical armé du djihad.
Christine Angot : Quand des gens prennent la parole, certains peuvent simaginer que le fait de dénoncer les met hors du processus violent
Doc Gynéco : Ils gardent le sentiment dêtre des artistes, même sils sont manipulés. Ils se sentent tous communistes, éducateurs du peuple, professeurs des jeunes de banlieue. Ils ne savent pas ce que parler veut dire. Ils portent un tee-shirt du GIA ou de Ben Laden comme on porte un tee-shirt du Che. Par contre les rappeurs qui sen sont sortis ont con
David Reinharc : Diams, on a plutôt le sentiment que ce quelle pense est en adéquation avec ce quelle chante
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Doc Gynéco : Oui, elle y croit. Elle ne se rend pas compte de ce quelle dit. Mais I AM , il sait ce quil fait. Pourtant, ils font un art entièrement inspiré des Noirs Américains. Mais ça ne les intéresse plus depuis dix ans. Ils sont manipulés par la violence, par les films daction, mais cest une violence organisée et structurée de kamikazes, pas une violence de vrai révolutionnaire. Je baise la France : tous les rappeurs de Marseille à Paris chantent ça comme un seul homme.
David Reinharc : Se faire dynamiter sapparente à de la résistance : le groupe de rap Sniper
Doc Gynéco : Vous citez une phrase plutôt gentille. Ca me rend triste. Je suis contre lislamisation du rap.
David Reinharc : Il existe malgré tout des groupes, doués et militants, qui savent très bien ce quils font : Médine, lalbum Jihad, Kamelancien, Keny Arkana, qui vient de lextrême-gauche, instrumentalisent le rap à des fins de propagande politique
Doc Gynéco : Moi, le terrorisme, jai fini dy croire quand une bombe a explosé à Tati Barbès.
David Reinharc : Parce quavant, vous y croyiez ?
Doc Gynéco : Je pouvais croire, oui, à une forme de révolte par les armes.
David Reinharc : Contre qui ?
Doc Gynéco : Jean Moulin ! Vichy. « Pour plus de justice » etc. Mais lattentat à Barbès ma profondément heurté : des arabes tuaient des arabes. Ceux dAlgérie dil y a pas longtemps. Je peux comprendre lattentat de Port-Royal, même la prise dotage des Juifs par les Palestiniens mais la bombe à Tati Barbès, là, je ne saisis plus.
David Reinharc : Des « victimes innocentes » ?
Doc Gynéco : On peut dire ça comme cela
On ne comprend plus leur combat.
Christine Angot : Dans un propos artistique, la question de la complaisance se pose toujours, mais je ne pense pas que les textes des artistes soient responsables des actes réels. Même la musique militaire nest pas responsable des guerres.
David Reinharc : Jai posé une allumette près dune flaque dessence, mais ce nest pas moi qui ai mis le feu
?
Doc Gynéco : Médine, cest pourtant le genre de personne qui poserait une bombe à Tati Barbès. LHistoire, contrairement aux jeunes, il la connaît. Il sait, lui, ce que veut dire Jihad, pas les jeunes. Il utilise des moments essentiels pour les islamistes et il les met en musique. Cela a un impact latent, vicieux, sournois.
Christine Angot : Avoir un propos sur une réalité violente, cest intéressant. En revanche, esthétiser cette réalité, ce nest intéressant ni pour la société ni pour lart.
Doc Gynéco : Sous couvert des idées communistes, le rap met en musique lislamisme et les actions dAl Qaïda.
David Reinharc : Dans le rap, on trouve le vocabulaire de lislam contre lOccident et aussi, paradoxalement, le culte de la société de consommation
Doc Gynéco : Cest là quils sont de droite. Ils ont oublié ce quest le rap américain. Mais cest vrai que la tendance, dans le rap, est la conversion à lislam. On se convertit à lislam pour entrer dans le rap. Ce quils aiment toujours, dans le rap des Noirs Américains, cest la flambe et les femmes. Mais le message de paix sest effacé. Le rap intello, ça nexiste pas.
David Reinharc : A lexception dAbd Al Malik soufi, et qui nest donc pas salafiste
Doc Gynéco : Oui, lui je laime bien, mais il est arrivé en 2007.
David Reinharc : Vous-même, faites-vous un « rap de droite » ?
Doc Gynéco : Ce qui fait dire que tu es de droite quand tu es rappeur, cest la façon dont tu vas gérer ton argent. Ne pas oublier quon nen a jamais eu. On a donc un rapport avec largent, lié à la flambe.
Christine Angot : Oui, mais la flambe ce nest pas une attitude bourgeoise
Doc Gynéco : Les nouveaux rappeurs ont tous les codes des gens de droite : le cigare, le champagne, la bagnole
David Reinharc : On trouve dans les textes de rap Kamelancien, I AM, Sniper
- beaucoup de textes haineux contre Israël et les Juifs. Avec aussi un clip qui met en
Doc Gynéco : On est en train de rendre les jeunes de banlieue complètement fous. Scorcese, les Affranchis, etc., ça pouvait se situer dans une esthétique quon naime pas, mais il y avait au moins des valeurs.
Christine Angot : Est-ce que cest lapanage du rap ? Cest lensemble de la société qui est concerné par lantisémitisme.
David Reinharc : Mais pourquoi le rap est-il venu se cristalliser sur la question juive ?
Doc Gynéco : On utilise lextrême gauche à de mauvaises fins. Ils critiquent largent, la bourgeoisie, les riches et donc, dans limaginaire collectif, les Juifs. On a réussi à opposer les Juifs à toutes les races : bientôt, même les Chinois seront de la partie. Avant, dans les quartiers, cétait Juifs versus Arabes. Maintenant, ça ne fait plus rire personne. Toutes les communautés sont en guerre contre les Juifs et je naccepte pas ça.
Christine Angot : Lair du temps veut imposer lidée que la violence faite aux Juifs nest pas plus grave que la violence commise contre dautres groupes. Sauf quil y a une spécificité particulière. Personne ne veut plus lentendre. Cette volonté de nier la spécificité juive et la spécificité de la Shoah nest pas propre au rap. Cette musique est juste un reflet de ce déni.
Doc Gynéco : Je veux en revenir à ce que représente la mort pour les jeunes de banlieue. Quand ils voient des fours et des charniers, ils adorent cela ! Dans leur portable, ils conservent les
David Reinharc : Vous étiez le seul goy à la manifestation après la mort dIlan Halimi, premier meurtre antisémite après Au
Doc Gynéco : Pas un rappeur na regretté cet acte de barbarie. Jamais Skyrock na fait passer un message. Ils utilisent tous ça : faites attention à eux. A cette époque, dans les banlieues, personne navait encore réussi à mobiliser les Noirs contre les Juifs. Mais dès le meurtre dIlan Halimi, jai su que ceux qui attisent la haine avaient gagné : ils ont montré le visage noir de Fofana, le «chef des Barbares».
David Reinharc : On connaît aussi votre attachement à Israël
Doc Gynéco : On ne peut plus revendiquer dans un quartier lattachement à la France, mais à Israël, cest pire. Cest dur davoir un ami feuj en banlieue : tu vas te battre au moins dix fois pour lui
.
Christine Angot : Cest dur dans un quartier mais aussi partout ailleurs. Dans toutes les situations difficiles, il y a un choix à faire : à chaque fois que des gens sopposent, quil y a un conflit douloureux, il faut choisir son camp
Or, des tas de gens refusent de choisir. Mais on choisit quand même : les gens qui nont pas choisi Israël ont forcément choisi lautre camp.
Doc Gynéco : Si dans un quartier, je marche avec un Juif qui répond à cette violence, sil sin
David Reinharc : Vous préconisez la violence comme moyen légitime pour les Juifs de répondre à lhostilité ?
Doc Gynéco : Pour avoir pratiqué ces gens-là, je peux vous dire quils sont en guerre.
David Reinharc : Cest qui, « ces gens-là » ?
Doc Gynéco : Ceux qui ont besoin de tuer du Juif. Pour ceux-là, cest la guerre à lintérieur de nos frontières. Regardez Ilan : tout le monde savait. Des filles, des garçons : on va loin, là. Tous complices : des trentaines de personnes étaient là, personne na bronché. Les Juifs doivent savoir se défendre comme ils lont toujours fait : cest la guerre, vous savez. A un moment donné, il faut se battre : il ne faut pas avoir peur de se montrer violent. Jai connu des Juifs réputés parce quils se sont défendus chaque fois. Tout le temps. Ils sont respectés.
Christine Angot : Si vous regardez "Le chagrin et la pitié", on est encore dans la même France.
David Reinharc : Il y aurait une violence plus légitime que la violence légale, celle de lEtat ?
Doc Gynéco : Par exemple, au stade du Parc des Princes, lorsquils ont trié les spectateurs et quils se sont rangés en deux files pour les enserrer. Ils demandaient à chacun : « Êtes-vous Juif ? » ; et selon moi, il fallait dire : « oui ».
David Reinharc : « Oui », ça voulait dire se battre
Doc Gynéco : Voilà. Mais je ne sais pas si cest physiquement ou autrement. Cest les deux.
David Reinharc : Cest dailleurs un policier noir qui a sauvé un supporter Juif de la mort
Doc Gynéco : Je suis fier de ça.
David Reinharc : Comment expliquer que les Juifs ont déserté la guerre qui leur est faite ?
Doc Gynéco : Il faut le savoir : les humains en face de vous nont pas nécessairement les mêmes données que vous dans le cerveau et sont peut-être plus portés sur la violence que vous
. Il faut revenir à lépoque du Roi David. Car, en face de vous, ils ont compris que vous parlementez, négociez, pinaillez. Il ny a pas à se justifier. Il vaut mieux se battre, cest certain. Ilan Halimi est mort, premier meurtre après Au
David Reinharc : En hébreu, face à la violence qui monte toujours dun cran, on dit : on leur pisse dessus, ils disent quil pleut. Cest votre impression ?
Doc Gynéco : Après le meurtre dIlan Halimi, jattendais au moins une chanson. Je pensais que les rappeurs allaient sexprimer là-dessus. Rien. Omerta.
David Reinharc : Au lieu du « Jusquici, tout va bien » des Juifs, concrètement, que feriez-vous ?
Doc Gynéco : Cest la guerre contre le silence.
David Reinharc : Sur Israël, vous pensez quil y a une paix possible avec le Hamas ? Ou bien quaujourdhui comme hier et demain, la paix naura jamais lieu parce que le monde est en guerre contre les Juifs ?
Christine Angot : La vulgate, aujourdhui, cest dêtre contre Israël. Dans une conversation ordinaire, le rejet dIsraël, cest ce quon peut dire à haute voix, sans problème.
Doc Gynéco : Il fallait bien pour les Juifs un endroit pour se réfugier. Un terrain leur a été offert. Cest dommage que ce soit là, au niveau géographique, entouré de pays hostiles.
David Reinharc : Ailleurs que dans le berceau du peuple juif, ça aurait changé quelque chose...?
Doc Gynéco : Cest là quon voit quil faut se battre.
Christine Angot : Mais pourquoi les Juifs devraient se battre seuls, pour eux-mêmes? Les Juifs représentent tout le monde, toute spécificité, la spécificité de lhumain.
David Reinharc : Pourquoi les Juifs plus que les autres ?
Christine Angot : Parce que. Cest un peuple à part, que ça plaise ou non. Ils ne sont pas pareils, il y a une spécificité qui nest pas comparable aux autres spécificités. Quelque chose dunique qui nous représente tous.
David Reinharc : Et dès quils ont voulu toucher à luniversel, ils ont accosté sur les rivages nauséeux du communisme
Christine Angot : Nauséeux ! Quelle bizarre expression ! [4].
Doc Gynéco : Tous les peuples qui ont souffert ont commis cette erreur.
Christine Angot : Mais moi, je ne parle pas duniversel. Mais de spécificité. Il ne faut accepter ni le déni de la spécificité du peuple juif ni celui de la Shoah.
Doc Gynéco : Les Juifs sont un peu, par la force des choses, errants. Mais à un moment, ils se sont posés, parfois plus de trois cents ans. A un autre moment, ils ont trouvé Israël. Parfois, il fallait se battre, parfois ce nétait pas la peine. Aujourdhui, cest une époque où les Juifs doivent se battre. Cest clair. Sinon, vous reviendrez à lépoque de Salomon.
Christine Angot : Ce nest quand même pas un hasard si le génocide intervient après linvention de la psychanalyse par Freud. Tout sest passé comme si cétait ça quon était venu punir. La découverte de lincon
David Reinharc : Cest important de dire cela, car la vague dantisémitisme actuel coïncide avec lattaque en règle contre la psychanalyse. Le Livre noir de la psychanalyse se réfère au Livre noir, ce recueil de témoignages sur les atrocités nazies contre les Juifs d'URSS et de Pologne, rassemblés par Vassili Grossman. La boucle est bouclée.
Christine Angot : Je navais pas pensé au fait que le Livre noir de la psychanalyse se référait explicitement au Livre noir de Grossman. Donc, là, cest la preuve.
© Israël Magazine
Texte libre est de droits si sont cités la source et lauteur.
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Notes de la Rédaction dupjf.org
[1] Un blogue est consacré à cette écrivaine.
[2] Le Chagrin et la Pitié : Chronique d'une ville française sous l'Occupation, film documentaire épique de quatre heures et demie sur l'occupation allemande de la France pendant la seconde guerre mondiale, fut projeté récemment au festival du film de Sydney. Sorti il y a trente ans à Paris, ce film qui est maintenant distribué en DVD, est considéré à juste titre comme un des documentaires les plus importants du cinéma et parmi les rares films qui révèlent la collaboration de la classe dominante française avec l'Allemagne nazie de 1940 à 1944. (Extrait de "Collaboration et Résistance dans la France de Vichy : Le Chagrin et la Pitié, de Marcel 0phuls", sur le World Socialist Website). Voir aussi le bref article de Wikipedia sur ce film.
[3] David Reinharc est responsable, pour la France, d'Israël Magazine, correspondant du Jerusalem Post à Paris, directeur littéraire d'une maison d'édition parisienne, et journaliste.
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